Tout est parti d'une fondue au chocolat dans le désert

Sports extrêmesTrois Vaudois vont disputer la course la plus froide du monde: 500 km à pied par des températures entre -20 et -40 degrés.

Patrick Sumi, Victor Hugo Docarmo et Hervé Acosta se sont lancé un nouveau défi. Après le Marathon des Sables, il vont s’attaquer au Grand-Nord canadien.

Patrick Sumi, Victor Hugo Docarmo et Hervé Acosta se sont lancé un nouveau défi. Après le Marathon des Sables, il vont s’attaquer au Grand-Nord canadien. Image: DR

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Vous leur demandez l’heure, ils vous racontent l’histoire de l’horlogerie. Avec eux, difficile d’en placer une, une fois lancés ces passionnés sont intarissables, inarrêtables. C’est l’histoire de trois Vaudois, de Lausanne, Bex et Lutry, qui vont participer, à fin janvier, à la Montane Yukon Arctic Ultra. Il s’agit, dans le Grand Nord du Canada, de la course la plus froide du monde: 500 km à pied à parcourir en sept jours par des températures oscillant entre -20 et -40 degrés. Sans oublier le traîneau qu’ils doivent tirer.

Un nouveau défi pour ces aventuriers, un de plus dans leur trajectoire, ils ne les comptent plus. Leur objectif: réunir pour leur association OUT’CHA (une contraction de out of challenge) le montant de 10'000 francs pour organiser deux week-ends sportifs à une centaine d’enfants vivant en Suisse. Cette somme sera remise à la fondation Freude herrscht créée par Caroline et Adolf Ogi

À peine leur a-t-on donné la parole, qu’ils sont partis au quart de tour pour un marathon, mieux, un ultra, beaucoup plus long. Une heure et quinze minutes d’entretien, à un tempo d’enfer, top chrono.

«Casser des barrières»

«On est des barjots!», reconnaît d’entrée Victor Hugo Docarmo, qui n’a rien d’un misérable mais tout d’un visionnaire ou d’un homme qui rit tout le temps. «Vous savez, j’ai un parcours assez atypique, sourit ce Portugais né en Angola d’une mère brésilienne. J’ai connu la guerre dans un pays où mes parents étaient riches avant de tout perdre, la vie ne me fait pas peur.» Cet ancien joueur des espoirs du Lausanne-Sport, désormais technicien dentiste, a couru son premier 42 km à 40 balais. Huit ans plus tard, il comptabilise déjà plus d’une quinzaine de trials à son actif. «Mon rêve est de participer aux dix courses les plus dures du monde, lâche-t-il, bien décidé à franchir le mur du songe. Mais au-delà du côté sportif, c’est surtout le contact avec les autres qui m’intéresse, de sentir l’autre quand ça ne va pas, de casser des barrières. Ce n’est pas du tout une religion, juste l’envie de transmette un dépassement de soi, de partager en allant à l’essentiel.»

Victor Hugo Docarmo est surtout une force de la nature, tout comme ses deux camarades de route, Hervé Acosta et Patrick Sumi, dit le «Grand Schtroumpf». Un trio infernal fou de ces compétitions où l’on va au-delà de ses limites. Ils se sont trouvés comme par enchantement, une trace dans leur destin. «Je sais que si un jour je suis coincé dans la misère ils s’arrêteront et prendront mon sac à dos pour m’aider, renchérit Hervé. Cette notion de partage est très très forte entre nous.»

Aller de l’avant, l’un vers l’autre, c’est dans leur ADN, leur philosophie. «On a tous de bons jobs qui nous permettent de faire certaines choses que d’autres n’ont pas, reconnaît-il. Mais on a travaillé dur pour mériter cela...» Et puis, l’appel du large ne s’explique pas, il se vit. Comme ce coup de sang d’Hervé cet été, après une soirée à la Fête des Vignerons quand il a décidé de prendre son vélo pour aller au mariage de Victor Hugo. De Bex à Faro, un périple de 1500 km. «Je suis arrivé au Portugal après une semaine de brousse, en m’arrêtant dans des campings», se souvient ce Franco-Espagnol marié à une Polonaise et vivant en Suisse. «On aime mettre du piment dans notre vie pour sortir du conventionnel», pouffe son ami, qui aime lui aussi les choses simples.

Tout est en fait parti d’une phrase lancée, un soir, au milieu du désert, autour d’une fondue... au chocolat. C’est Hervé qui raconte l’histoire. Il se trouvait avec ses deux camarades au Marathon des Sables, dans les dunes, sac au dos collé sur une peau irritée. «On avait posé le téléphone et on était bien. Je nous revois d’ailleurs encore dans cette tente berbère avec notre lampe frontale sur la tête et nos cuillères en plastique trempées dans le caquelon, se marre le Bellerin. C’est là qu’un gars qui travaille dans la finance à Genève nous a parlé de cette course de fou dans le Yukon. On s’est dit que cet écart de température entre le Maroc à +40 et le Canada à -40 ce serait un délire incroyable à vivre. Et puis on s’est tous tapé dans les mains!» Tope là, ils en étaient quitte pour un nouveau défi hors norme aussi excitant que cette aventure dans le Grand Canyon, un autre désert dans l’Utah, que ces trois lascars s’étaient aussi offert.

Pas des têtes brûlées

Entre le feu et la glace, la transition s’annonce brutale pour les trois intrépides. «C’est surtout dans la tête qu’il faut être prêt, précise Victor Hugo Docarmo. On prend tous les jours des douches froides et des cours de respiration. C’est comme une montée de l’Everest, il faut bien se préparer.» À l’instar d’une ascension dans l’Himalaya, il y a toutes les années plus de 60% d’échec dans une course de l’extrême qui ne pardonne pas le manque de sérieux. «On a aussi appelé l’alpiniste et guide de montagne Jean Troillet pour qu’il nous parle de ses expériences avec ces températures en dessous de zéro, ajoute Hervé Acosta. On est monté dans son chalet de la Forclaz avec deux sachets de fondue et trois bouteilles de blanc et on a fini à 2heures du matin à boire de l’abricotine dans sa cave. Mais c’était très instructif.» Comme ne pas oublier les polaires à placer entre deux vestes pour éviter de transpirer.

Avec leur «Grand Schtroumpf», Patrick Sumi, rien n’a été négligé. Alors qu’ils s’entraînent entre 15 et 18 heures par semaine, ces trois grands sportifs ont également sorti des pneus qu’ils ont tractés comme un traîneau! «On a couru avec lors de Morat-Fribourg et des 20 km de Lausanne, explique Hervé. C’était également excellent pour le gainage. Moralement on sera très forts!» Et Victor Hugo de préciser que le résultat n’est pas leur priorité, qu’ils ne prendront aucun risque démesuré. «Nous ne sommes pas des têtes brûlées, on a tous des familles, tous des enfants. Ce qu’on veut, c’est y aller, finir et récolter 10'000 francs pour les mômes de l’association d’Adolf Ogi. On espère aussi ramener des images qui nous permettront de raconter notre aventure dans des écoles. On aimerait laisser un message. Mais on vous rassure, après le Yukon, on ne va pas s’arrêter là.» Ils ont déjà plein d’autres projets en tête...


Ils suent pour Adolf Ogi

C’est formidable! Ce n’est pas seulement la phrase favorite d’Adolf Ogi. C’est devenu le slogan de sa fondation, «Freude herrscht». Elle a été créée en mémoire de son fils, Mathias, décédé en 2009, à juste 35 ans, après un long combat de dix mois contre le cancer. En l’honneur de son garçon, qui était un grand sportif, l’ancien président de la confédération et ex-directeur de la Fédération suisse de ski, veut transmettre aux générations futures, à travers «Freude herrscht», les cinq valeurs de Mathias aux générations futures: la joie de vivre, l'efficacité, la persévérance, la disponibilité et la camaraderie. Le but de cette fondation est que les enfants bougent, découvrent la nature, fassent du sport, qu’ils rencontrent leurs camarades et construisent la camaraderie au lieu de rester devant leur écran ou jouer à la PlayStation. «La joie l'emporte» soutient des programmes qui favorisent l'estime de soi et la performance physique chez les enfants.

Créé: 27.11.2019, 06h55

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