Entre plaisir et ambition, Atcho espère bien virer

AthlétismeLa Lausannoise dispute ce vendredi les demi-finales du 200 m. Elle est prête à surfer sur la vague lancée par Mujinga Kambundji.

Rayonnante de nature, Sarah Atcho n’échappe toutefois pas aux sacrifices qu’impose la course au succès.

Rayonnante de nature, Sarah Atcho n’échappe toutefois pas aux sacrifices qu’impose la course au succès.

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C’est un virage délicat, qu’il faut négocier à la fois en puissance et en souplesse, sans trop se prendre la tête. Sur la piste, Sarah Atcho (23 ans) en maîtrise l’art et la manière. Elle ne détient pas le 10e chrono européen de la saison – 22’’ 80 à La Chaux-de-Fonds – par hasard. Non, l’exercice est plus complexe sur le plan psychologique, car ce virage prend sa source dans le plaisir et mène à l’ambition. Et, mine de rien, ce raccourci met la Lausannoise au supplice. Comment ne pas trahir sa nature hédoniste, son goût pour la fête, sans échapper aux sacrifices qu’impose la course au succès? Le dilemme est là, porté à son paroxysme, surtout quand on vise, comme elle, une place en finale du 200 m.

Il y a dix jours, entre une séance de force et des tours de piste musclés, Sarah Atcho dissertait joyeusement sur le sujet. Elle évoquait la professionnalisation de son statut d’athlète, son plan d’études aménagé dans une école privée de management à Genève, la préparation physique intense menée à Davos avec le groupe de Laurent Meuwly. Du sérieux et du lourd.

«Je joue sur ma jeunesse»

«C’est justement le problème, disait-elle. À force de s’investir autant, de penser en priorité aux finales et aux médailles, on en oublie le plaisir, ce qui nous a motivés à faire de l’athlétisme. Ces deux derniers jours, je ne me suis pas sentie très bien. Tout cela me préoccupe.»

Mais qu’on se rassure, Sarah Atcho n’est pas en dépression. Si le plaisir, parfois, lui fausse compagnie, il revient vite au pas de course. «Je ne peux pas être triste plus de deux jours», confirme-t-elle dans un grand éclat de rire. C’est la pirouette d’une jeune femme bien dans sa peau et dans ses pointes. Pas besoin pour cela de divan, de séance de sophrologie ou d’un coach mental. «Je joue sur ma jeunesse et ma spontanéité», confie-t-elle. Et puis, d’ailleurs, pourquoi résister à l’appel du succès quand on a tout pour réussir à l’attraper? Il peut aussi conduire au bonheur.

Copines et adversaires

Et là, il n’y a plus de retenue, juste le cri du cœur d’une sprinteuse qui a pris conscience qu’elle courait de plus en plus vite, même si, parfois, comme sur 100 m à Zofingue (11’’ 20), elle n’a pas l’impression de se donner à fond. «Oui, mentalement, j’ai changé. Aujourd’hui, je n’ai plus seulement envie de faire de la figuration. Les exploits de Mujinga nous survoltent. Elle a lancé la vague et nous on surfe dessus! Si elle peut le faire, nous aussi. Moi, je veux la battre un jour, c’est mon but.» La gazelle parfois indolente se serait-elle métamorphosée en tigresse? Si oui, l’amitié qui unit les relayeuses helvétiques peut-elle survivre à la loi de la jungle? «Oui, car on est à la fois copines et adversaires. C’est une situation très saine. Il n’y a pas de «je t’aime, je t’aime pas». On court et c’est le chrono qui dit la vérité.»

Ce vendredi, à Berlin, son verdict sera impitoyable. Qualifiée d’office pour les demi-finales, la vice-championne d’Europe U23 a hâte de se jeter dans la cage aux lionnes. Elle espère y disputer la «course de ma vie et battre mon record personnel». Il le faudra bien pour se glisser en finale. «Et là, tout deviendrait possible, dit-elle. J’aurai tellement de plaisir à courir que je vais tout oublier. J’aurai juste des étoiles dans les yeux. Je n’aurai qu’une envie, m’amuser et courir le plus vite possible.» Correcteurs, ne changez rien! Sarah Atcho est passée du conditionnel au futur comme chat sur braise.

Et puis, quoi qu’il advienne, la féline saura aussi retomber sur ses pattes. Dimanche, elle a un relais sur le feu et, là encore, elle se pourlèche les babines.

(24 heures)

Créé: 09.08.2018, 23h05

Au sprint

Lea Sprunger
Même si elle s’est découvert une nouvelle rivale, la Nyonnaise passe toujours pour la grandissime favorite du 400 m haies de ce vendredi. Revenante mais pas inconnue au bataillon, Anna Ryzhykova l’obligera toutefois à rester sur ses gardes. Avant qu’une blessure ne lui impose deux saisons blanches, la grande Ukrainienne s’était illustrée en prenant la 3e place des Européens 2012 et en courant la distance en 54’’35, pas loin du record de Sprunger (54’’29). «Si Lea réalise la course parfaite, personne ne pourra la battre», persiste à dire Laurent Meuwly, son coach.
Loïc Gasch
Le sauteur d’Yverdon n’a pas peut-être pas réussi le bond de ses rêves, il s’est tout de même qualifié pour la finale de la hauteur en franchissant 2,21 m. Il doit son repêchage à trois envolées précédentes réalisées au premier essai. Comme quoi, il n’y a pas de petit saut. P.B.

Finales de vendredi

19 h 22: hauteur D
20 h 07: triple saut D
20 h 20: heptathlon (800 m)
20 h 25: javelot D
20 h 50: 400 m haies D
21 h 20: 800 m D
21 h 35: 110 m haies
21 h 50: 1500 m H

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