Au rendez-vous de la constance, Beat Feuz a découvert sa vraie nature

Ski alpinLe Bernois (32 ans) a remporté mercredi en Andorre le Globe de cristal qui sacre le meilleur descendeur de la saison. C'est à ne rien y comprendre.

Image: Keystone

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Et dire qu’il s’en croyait incapable – et que, nous, on le croyait sur parole. Au sortir de trois saisons blanches, balayées par le tumulte des blessures, Beat Feuz avait tiré un trait sur la notion de constance. Enquiller les courses à longueur de saison en endossant à chaque fois le costume du favori, très peu pour ses genoux meurtris, pensait-il alors. Son salut, il le trouverait uniquement sur les courses d’un jour, au panache, à l’envie et en serrant bien fort les dents; mais jamais, au grand jamais, à l’aune de la régularité. «Je sais que je ne serai plus jamais un prétendant à un Globe de cristal», répétait-il, l’esprit trop durablement marqué par les soubresauts de son corps.

Laisser aller, laisser filer

À le voir empocher consécutivement son deuxième Globe de cristal de la descente, mercredi en Andorre, l’œil n’a plus besoin d’être frotté pour croire en le destin épique du Bernois. Rien de plus humain: lorsqu’un miracle se répète à l’envi, la banalisation guette au tournant. Reste que la régularité dont fait preuve Feuz depuis deux saisons maintenant est bel et bien à classer au rayon de l’exceptionnel. Sur les treize dernières descentes de Coupe du monde, le «Kugelblitz» s’est propulsé onze fois sur le podium. Il faut remonter à la domination de Stephan Eberharter au début du siècle présent pour trouver trace d’une pareille emprise hégémonique sur la reine des disciplines du sport alpin.

Mais comment donc Beat Feuz a-t-il fait pour transformer ce qui lui semblait être un chemin de croix en une autoroute à six pistes? Pour faire d’un problème (physique) un avantage (technique)? En s’armant de patience. Et avec son corps en premier lieu: l’Emmentalois a très vite su que c’est en étant à l’écoute des frémissements de sa carcasse qu’il pourrait espérer un tant soit peu durer. Il s’est adapté à cette donnée sans bouder, développant un style particulièrement économe, fluide, tant en énergie qu’en mouvements parasites. Pas question d’attaque à outrance, de prises de risque insensées; non, il a misé sur son toucher de neige, sur sa capacité à enchaîner les grandes courbes en laissant filer. Bichonner chacun de ses élans avec, dans un coin de la tête, l’idée que ce serait peut-être le dernier.

Une quête de sobriété

La fluidité faite homme, en somme, qui, poussée au paroxysme, a fini par lui offrir une capacité d’adaptation unique en son genre. De l’ultraréactif revêtement nord-américain, en passant par la glace de Kitzbühel jusqu’à la neige de printemps des finales, il est désormais capable, un peu malgré lui, d’appliquer sa recette magique à toutes les sauces. En refusant de courir après son ombre d’antan, Beat Feuz s’est installé dans le présent. Confortablement.

À cela, il faut ajouter la donnée psychologique. Certes, le «Kugelblitz» n’a jamais été la boule de nerfs électrique que son surnom pourrait lui prêter. Reste qu’il aurait pu s’énerver, maudire cieux et terre d’avoir incarné son formidable talent dans une structure organique si fragile.

Mais Beat Feuz n’a pas perdu d’énergie inutilement: c’est sa marque de fabrique. Il a trouvé l’équilibre entre le fatalisme et l’emballement, une sorte de neutralité très helvétique dans ses émotions. Dans une forme réinventée du carpe diem, il a laissé son instinct consoler ses doutes tout en cajolant ses rares certitudes pour retrouver le chemin de la confiance.

Et voilà Beat Feuz rayonnant, premier surpris de sa métamorphose aussi naturelle qu’inespérée, le poing dressé au sommet d’un double sacre inattendu. Comme le rivage est la chance du fleuve, les pauses forcées auront conforté la sérénité du personnage. D’une carre à l’autre, conscient comme personne de la précarité de l’équilibre, il continuera à enchaîner les courbes, avec une certitude désormais établie: la vérité d’hier, comme celle de demain, ne vaudra jamais autant qu’une foi inébranlable en le présent. Appelez ça la force de l’âge.

Créé: 13.03.2019, 20h04

Corinne Suter confirme et promet

Elle n’était jamais montée sur un podium de Coupe du monde avant les Mondiaux d’Åre fin février. Deux médailles plus tard (argent en descente et bronze en super-G), la Schwytzoise n’a plus quitté la boîte depuis. Mercredi encore, lors de la dernière descente de la saison, de loin pas avantagée pas son dossard No 1, elle croyait avoir signé le meilleur chrono avant que Mirjam Puchner et Viktoria Rebensburg ne la repoussent au troisième rang pour un souffle (8 centièmes).

Reste que le déclic est bien là, pour une jeune femme (24 ans) qui avait de la peine à confirmer après des débuts prometteurs sur le cirque blanc. La saison prochaine, si l’été se déroule sans pépin, elle sera à n’en pas douter en mesure de lutter pour le Globe de cristal dans les deux disciplines de vitesse.

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