L'ancien directeur sportif du PSG «choqué et blessé»

Football LeaksOlivier Létang, aujourd'hui président du Stade Rennais, est consterné par les accusations de fichage ethnique qui visent le club parisien.

Aujourd'hui président de Rennes, Olivier Létang (à dr., ici avec le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi) était directeur sportif du club parisien à l'époque des fichages ethniques.

Aujourd'hui président de Rennes, Olivier Létang (à dr., ici avec le président du PSG Nasser Al-Khelaïfi) était directeur sportif du club parisien à l'époque des fichages ethniques. Image: AFP

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Olivier Létang, actuel président de Rennes, s'est dit «profondément choqué et blessé» des accusations de fichages ethniques de recrues potentielles au Paris SG quand il y était directeur sportif. «Non seulement ces attaques me touchent personnellement, mais également ceux qui me sont proches», écrit le président rennais, actuellement à Kiev, où Rennes joue en Ligue Europa (coup d'envoi à 18h55).

«Tous ceux qui ont vécu dans des vestiaires, ce qui est ma vie depuis plus de 30 ans, savent parfaitement que le racisme et la discrimination n'ont pas leur place dans le sport», a étayé Létang, qualifiant ces «insinuations» de «malveillantes».

«Dans le cadre de mes responsabilités au PSG, les objectifs fixés concernant le recrutement pour le centre de formation n'ont jamais varié: s'attacher les meilleurs jeunes joueurs dans le but de les faire évoluer à terme avec l'équipe professionnelle. Cela a été ma seule motivation au PSG, comme cela a toujours été le cas dans les clubs ou j'ai œuvré», a-t-il ajouté, en réponse aux révélations faites dans le cadre d'un nouveau dossier des «Football Leaks». «Une initiative personnelle»

De son côté, le PSG a confirmé que «des formulaires avec des contenus illégaux ont été utilisés entre 2013 et 2018, par la cellule de recrutement du centre de formation dédiée aux territoires hors Ile-de-France». Le club parisien dénonce dans un communiqué une «initiative personnelle du responsable de ce département».

Sous les catégories «Français», «Maghrébin», «Antillais» ou «Africain», des recruteurs du PSG ont fiché ethniquement pendant des années des jeunes joueurs scrutés par le club, selon un nouveau dossier des «Football Leaks» relayé en France par Mediapart.

«Dès qu'il en a été informé au début du mois d'octobre dernier, le PSG a lancé une enquête interne pour comprendre comment de telles pratiques ont pu exister et décider des mesures qui s'imposent, poursuit le club. La Direction générale du club n'avait jamais eu connaissance d'un système de fichage ethnique au sein d'un département de recrutement, ni eu en sa possession un tel formulaire. Au vu des informations qui y sont mentionnées, ces formulaires trahissent l'esprit et les valeurs du Paris SG.»

Propos condamnables

L'enquête publiée par Mediapart jeudi «fait un lien avec des propos condamnables qui auraient été tenus en 2014 par le responsable de la cellule de recrutement du centre de formation dédiée aux territoires hors Ile-de-France», Marc Westerloppe, qui a rejoint en janvier 2018 le Stade Rennais.

«Saisie à l'époque par le Comité d'Entreprise, la Direction avait fermement rappelé les règles et les valeurs qui devaient guider le recrutement d'un joueur au club», affirme encore le PSG. «Aucun élément concret n'ayant alors permis de corroborer ces propos, le club n'avait pu mettre en œuvre les mesures disciplinaires appropriées.»

«Mediapart» a publié un compte rendu d'une réunion interne décrite comme «houleuse» en mars 2014, en citant des déclarations attribuées à Westerloppe: «Il y a un problème sur l'orientation du club, il faut un équilibre sur la mixité, trop d'Antillais et d'Africains sur Paris.» Westerloppe conteste ces déclarations.

Cette déclaration aurait suscité un vif «émoi» chez les autres participants à cette réunion, conduisant la direction à convoquer Marc Westerloppe à un entretien préalable à une sanction le 27 juin 2014. Mais il n'aurait pas été puni.

«L'affaire des quotas»

Interrogé par «Mediapart», le PSG a missionné l'ancien député PS et président de SOS racisme Malek Boutih pour réagir à ces révélations. Selon Malek Boutih, au sujet du fichage ethnique, «il y a un problème réel. Il n'y a pas eu de volonté d'omerta. (La direction) n'était pas au courant de l'existence de ces formulaires». Concernant Marc Westerloppe, «personne n'a apporté le moindre élément, personne n'a confirmé les propos tenus», assure Malek Boutih.

Pour le foot français, cette affaire réveille «l'affaire des quotas», quand avait émergé l'idée d'imposer des quotas de binationaux chez les jeunes, lors d'une réunion de la Direction technique nationale (DTN) fin 2010.

(afp/nxp)

Créé: 08.11.2018, 21h41

La ministre des sports consternée

La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a exprimé sa «consternation» jeudi après la révélation de pratiques de fichage ethnique dans le recrutement du Paris SG et a demandé à la Fédération française de football (FFF) et à la Ligue (LFP) «d'examiner ce dossier».
«Si ces faits de discrimination sont avérés, ils sont passibles de sanctions disciplinaires voire pénales. On ne peut pas tolérer que des personnes soient identifiées, recrutées selon leur couleur de peau ou leur origine», a affirmé la ministre.
Dans une déclaration, Roxana Maracineanu explique avoir «demandé au président de la Fédération française de football», Noël Le Graët , «ainsi qu'à la présidente de la Ligue de football professionnel (LFP)», Nathalie Boy de la Tour «d'examiner ce dossier dans les plus brefs délais et plus largement, de faire des recommandations pour changer les mentalités et combattre ce type de comportements sur et hors des terrains de sport». «L'Etat se réserve la possibilité de donner toutes suites utiles à cette affaire», a-t-elle conclu.
«En France, collecter ou traiter des données à caractère personnel faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques des personnes est interdit par la loi, et un délit passible de cinq ans d'emprisonnement et 300.000 euros d'amende», a rappelé de son côté la secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations, Marlène Schiappa.

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