Mais quel est le secret des sportifs croates?

OmnisportsFinaliste du Mondial 2018, la Croatie regorge de champions. Décryptage d'un phénomène.

La Croatie est l'une des équipes surprises du tournoi russe.

La Croatie est l'une des équipes surprises du tournoi russe. Image: Keystone

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Comment un aussi petit pays que la Croatie, économiquement fragile, peut produire autant de champions dans des disciplines si variées? Talent, passion, abnégation, patriotisme et terrains de sport dans les cours d'écoles, énumèrent les intéressés. En cas de défaite de la France en finale du Mondial-2018 dimanche, elle deviendra la plus petite nation à emporter la compétition majeure du sport planétaire, depuis l'Uruguay en 1950. Mais à l'heure du sport-business, l'exploit des Balkaniques serait sans doute encore plus grand que celui des Sud-Américains.

Les footballeurs ne sont que le signe le plus visible de l'incroyable disproportion entre la puissance sportive de ce pays depuis la fin de sa guerre d'indépendance (1995) et sa population de 4,2 millions d'habitants, même s'il peut aussi compter sur une diaspora forte de quasiment autant de personnes.

Les handballeurs ont été deux fois champions olympiques, une fois champion du monde; les waterpolistes sont médaillés d'or olympique en 2012, d'argent en 2016; si le basket brille moins actuellement, la Croatie a produit deux légendes du sport, Toni Kukoc, 49 ans, et le défunt Drazen Petrovic...

Sacrifice familial

Les disciplines collectives sont reines, notamment le football, parce que moins chères à pratiquer selon les analystes. Mais les sports individuels ne sont pas en reste: la sauteuse en hauteur Blanka Vlasic, 34 ans, est quadruple championne du monde, les tennismen Goran Ivanisevic, 46 ans, et Marin Cilic, 29 ans, ont remporté chacun un tournoi du Grand Chelem. Ce succès s'explique souvent par la combinaison d'un talent et le sacrifice d'une famille qui se met au service de la carrière sportive de ses rejetons, comme ce fut le cas pour les Kostelic, Janica et Ivica, 36 et 38 ans, champions de ski alpin d'un pays sans haute montagne. «Il n'y a pas de secret spécial au succès croate, il n'y a qu'un amour sincère et une passion pour ce que vous faites», dit à l'AFP Janica Kostelic, quadruple championne olympique et quintuple championne du monde. L'ingrédient principal, selon elle? «La persévérance».

Il a sans doute fallu beaucoup de persévérance au gymnaste Tin Srbic, 21 ans, champion du monde de barre fixe l'an passé, qui s'entraîne dans une salle bâtie il y a plus d'un siècle. Quant à la championne olympique du disque, Sandra Perkovic, 28 ans, son titre s'explique par le talent pur bien plus que par un système de préparation structuré.

«C'est le fruit d'une concentration incroyable de talents sur le territoire croate. Pas celui d'un système», dit à l'AFP Ivica Tucak, 48 ans, sélectionneur des waterpolistes, qui avance l'explication du patriotisme d'un pays neuf, né dans la guerre: «Il n'y a pas d'argent, pas de sponsors majeurs, rien de tel. Juste l'amour du blason, l'amour de la patrie. C'est un vrai phénomène».

«C'est une lutte pour la survie. Voilà comment je l'expliquerais», renchérit l'ancien handballeur Slavko Goluza, 46 ans, qui a remporté le deuxième de ses titres olympiques un an après la fin de la guerre entre Croates et forces serbes.

L'appel de l'étranger

«Nous travaillons dans des conditions très difficiles, sans véritable infrastructure sportive, que ce soit en football ou en handball», et pourtant, «nous faisons partie des meilleurs au monde». «Nous avons un immense amour du sport qui associé à de fortes émotions, accouche de choses incroyablement belles», dit-il.

Dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, le footballeur devenu entraîneur Niko Kovac, 46 ans, confirme cette fierté de porter le maillot à damier. Les Croates «ont le sport dans le sang», «aiment la compétition et se mesurer aux autres», poursuit-il, invoquant encore l'«émulation» des champions en place.

Et puis dans une économie en souffrance, «c'est un moyen de gagner sa vie ou de trouver un moyen d'émigrer», une priorité pour de nombreux jeunes, dit encore Niko Kovac.

Certes «les infrastructures ne peuvent être comparables à ce qu'on voit en Allemagne», poursuit Kovac, né à Berlin. Mais en comparaison «le sport scolaire est encore une priorité» en Croatie, explique-t-il: «Ils n'ont peut-être pas d'infrastructures modernes, mais il y a des panneaux de basket dans chaque cour d'école, des mini-terrains de foot ou des terrains de handball dessinés partout...» (AFP/nxp)

Créé: 13.07.2018, 22h01

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