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AthlétismeTadesse Abraham court comme un marin sans boussole

En semi-confinement chez lui à Confignon, le marathonien genevois s’entraîne pour garder la forme. Mais vu la crise et ses incertitudes, il est encore impossible de programmer sa première course de la saison!

Pour Tadesse Abraham, l'horizon est encore incertain.
Pour Tadesse Abraham, l'horizon est encore incertain.
Georges Cabrera

C’est une forme d’ubiquité, conjuguée au conditionnel. Ce jeudi, Tadesse Abraham aurait dû quitter son camp d’entraînement d’Addis-Abeba pour se rendre à Vienne. Le coronavirus a bouleversé ses plans. Au bout du fil, le marathonien genevois chemine en compagnie de son fils Elod. On l’imagine sur les sentiers des Evaux, loin des forêts d’eucalyptus d’Entoto. Non, dimanche, il ne visitera pas Schönbrunn et le Prater au pas de course. Comme toutes les autres épreuves pédestres du printemps, le Vienna City Marathon a été annulé. «Je ne sais pas trop quand je pourrai porter un dossard cette année», confie «Tade». Dans ses propos, on sent une pointe de tristesse et beaucoup d’incertitude.

Cela fait un mois que le vice-champion d’Europe vit en semi-confinement dans son logement de Confignon. Une existence un peu pépère, étrangère à son quotidien habituel, lorsqu’il prépare à fond de train un marathon avec ses sparring-partners éthiopiens. En mars, il a préféré revenir en Suisse pour endurer la crise en famille et attendre des jours meilleurs. «Je ne peux pas me plaindre, la nature est à notre porte. Je joue au foot et je fais du vélo avec Elod, je suis son professeur d’allemand et de tigrigna (ndlr: la langue parlée en Érythrée)», dit-il. Aussi enviable soit-elle, sa situation n’en reste pas moins compliquée. Elle sollicite ses facultés d’adaptation et ses économies!

«Financièrement, sans courses au programme et sans primes d’engagement à la clé, ce n’est pas le luxe. Mais grâce à mes sponsors, je ne vais pas mourir cette année», s’exclame-t-il. Les aléas d’une vie d’exil l’ont rendu philosophe et endurant. Alors, Tadesse Abraham continue de courir en respectant les consignes de sécurité, seul et un peu désabusé. «Parfois, je me demande pourquoi je fais ça. Je n’ai pas d’objectif en vue, pas de programme à suivre», dit-il. Il est comme un marin sans sextant et sans boussole. Sans terre promise. «Dans ces circonstances, quand on ne connaît pas la date de sa prochaine course, l’envie et la motivation font un peu défaut, l’entraînement est plus astreignant», ajoute-t-il.

Le marathon de Vienne biffé, les JO de Tokyo repoussés en 2021, le recordman de Suisse reporte ses espoirs sur l’automne, là où les marathons internationaux devraient se bousculer au portillon. Lequel choisir? Pourquoi ne pas opter pour celui des Européens de Paris, à la fin août, moins lucratif mais peut-être plus honorifique? «C’est une possibilité, une chance de podium. Je n’écarte rien. Je m’entraîne deux fois par jour pour garder la forme et j’attends pour me décider.» N’a-t-il pas peur que l’on ne puisse pas courir en 2020? «Je consulte les news tous les jours. Parfois, j’ai le moral qui flanche et le lendemain, ça va mieux», répond-il.

Une carrière comme un cahier

À bientôt 38 ans, le Genevois d’adoption ne se laisse pas gagner par l’usure du temps. Il s’en préserve en ménageant son corps comme on gère un patrimoine. Il se voit encore cavaler longtemps, jusqu’en 2024 si les Jeux olympiques devaient zapper Tokyo. «Ce sont mes jambes qui auront le dernier mot. À 44 ans, Bernard Lagat a encore couru le marathon en 2h12. Une carrière, c’est comme un cahier que l’on effeuille après chaque course. Le mien a encore beaucoup de pages à enlever!»

En attendant, Tadesse Abraham s’occupe en transformant son séjour en salle de fitness et en partageant ses séances de cardio et de gainage sous les auspices numériques de Generali, son sponsor principal. Prochain cours ce vendredi à midi. «Pour moi, c’est une occasion de rester en contact avec les gens, un lien social utile pour garder le moral.» Jusqu’à quand jouera-t-il les coaches de salon? «Jusqu’à ce que je puisse monter à St-Moritz pour préparer ma première compétition de la saison!»

Pascal Bornand

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