Thomas Fuchs, ce fin renard, faiseur de grands champions

HippismeIl mange du cheval et dit toujours ce qu’il pense: c’est surtout l’entraîneur de Steve Guerdat et de son fils, Martin, No 1 et 2 mondiaux.

Thomas Fuchs est à Genève pour encourager ses élèves, dont son fils Martin et Steve Guerdat. Image: CHI de Genève / Clément Grandjean

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Il a attendu que l’un de ses «poulains», le Genevois Edouard Schmitz, termine son parcours avant de passer à table, au Riders, le restaurant des cavaliers du CHI. «Il aurait pu faire beaucoup mieux dans cette épreuve, mais je n’ai pas besoin de le lui dire, il le sait.» Le régional de l’étape a commis une faute dans le Prix des vins, ce qui a un peu contrarié Thomas Fuchs, son entraîneur, mais pas trop. Ce caractère «tranquille» a vite retrouvé le sourire, c’est sa nature.

Le corps élancé, de grandes oreilles et le museau allongé, le Zurichois est malin, rusé et intelligent, de la race des fins renards. Dans le milieu hippique, tout le monde s’accorde à dire que cet ancien cavalier est de loin le meilleur entraîneur du monde. «On l’admirait déjà beaucoup quand il était sur une cheval où il était très doué et très fin. Mais avec son style plutôt rustique, il a eu moins de succès que son frère, Markus, explique Alban Poudret, directeur sportif du concours hippique de Genève. Comme entraîneur, en revanche, c’est quelqu’un de génial avec chaque fois un petit conseil qui peut faire la différence sur un parcours ou un barrage. Le fait qu’il s’occupe du No 1 et du No 2 mondial dit tout de ses qualités exceptionnelles.»

Faut-il préciser que c’est lui qui a accompagné Steve Guerdat et son fils, Martin, sur le toit du monde? «Il est comme tous les papas dans ce milieu, sourit Martin. Il aide beaucoup les chevaux et me montre toutes les façons pour devenir un homme de cheval.» Son aîné jurassien est tout aussi élogieux. Le champion olympique qui le connaît depuis tellement longtemps ne tarit pas d’éloges par rapport à cet «homme de cheval» si discret.

«Il est là pour mettre les points sur les i»

«Il essaie de m’amener de la confiance et parfois de corriger des détails que j’oublie comme certaines bases que je ne vois plus en montant tous les jours, précise le cavalier de Bassecourt. C’est bien d’avoir une personne de son envergure qui est là pour me les rappeler et de mettre de temps en temps les points sur les i, c’est utile est important.»

Thomas, lui, sourit. Né le 10 janvier 1957 à Zurich, il a longtemps travaillé dans une ferme avant de découvrir ces chevaux qu’il aime tant à Uster, dans le manège dont s’occupait son père. «À 12 ans, je n’ai pas eu d’autre choix que de monter régulièrement. On devait aussi aider à l’écurie. À cette époque, j’ai disputé passablement de concours.» Le «petit» a même été champion d’Europe par équipe en juniors avec son frère aîné Markus. «On se motivait mutuellement, on voulait tous les deux être les meilleurs.» Sauf que c’est le plus grand des Fuchs, vainqueur de la finale de la Coupe du monde 2001 à Göteborg, qui aura un plus gros palmarès.

Cinq ans de trot attelé

C’est alors que Thomas, qui était fatigué de cette vie truffé d’obstacles, se lance durant cinq ans dans les courses de chevaux, dans le trot attelé. Il obtient même de bons résultats. «Oui, on gagnait un peu, j’aimais beaucoup et j’apprécie toujours mais là c’est devenu un hobby, j’ai moins de temps.» Et Thomas d’avouer qu’il n’a jamais joué au tiercé de sa vie. «Même quand nous avions de bons chevaux.» Promis juré.

Il ne cache pas non plus, Thomas, qu’il lui arrive de manger du cheval de temps en temps. «Pourquoi je ne pourrais pas en avoir un dans mon assiette, tant qu’il n’est pas vivant et que ce n’est pas Clooney, se marre le coach. Au pire je l’aurais aimé jusqu’au bout...» Il est conscient, le bougre, amoureux d'équitation, qu’il va froisser de nombreux puristes. Mais comme le dit sa femme, Renata, qui l’a épousé en 1983, «il dit toujours ce qu’il pense». Pour elle, qui l’a rencontré dans un concours, «il est très fort dans sa tête. C’est quelqu’un de très précis, qui a un caractère droit, de très strict, c’est pour cela qu’il a du succès.»

C’est également l’avis de journalistes alémaniques de la «Pferde Woche» qui le côtoient régulièrement. «Il est très exigeant mais correct et sympa, avec les pieds sur terre», estiment en choeur Sasha Dubach et Florian Brauchli.

Débuts en Bulgarie

«J’ai commencé par entraîner l’équipe de Bulgarie en 1995, enchaîne Thomas Fuchs. Le but était de nous qualifier pour les Jeux olympiques de Sydney. Et on a réussi...» C’est ensuite qu’il a emmené Steve Guerdat au titre olympique à Londres en 2012 et son fiston au sommet avec lui, là où ils sont aujourd’hui. «Ce n’était pas très difficile avec eux, car ce sont des cavaliers doués et très volontaires, poursuit cet entraîneur qui ne se prend pas trop au sérieux. «Vous savez, avec le temps, j’ai moins de chevaux dans mon moteur. À mon âge, je suis devenu plus tranquille. Mon rôle est surtout de discuter avec eux, de peaufiner des détails, mais surtout dans les gros championnats.» La plupart de la journée, il corrige surtout les jeunes cavaliers, comme Edouard Schmitz...

Ce faiseur de grands champions est à Genève dans «un des meilleurs concours du monde» avec beaucoup de plaisir, tout en espérant que son Martin s’imposera dimanche dans le Grand Prix. «Mais, sourit-il, il n’est pas le seul.» À commencer par son autre élève, Steve, qui est dans son jardin.

Créé: 13.12.2019, 00h43

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