En troisième semaine, les corps sont usés et les esprits chagrins

CyclismeMaltraités par l’effort et le bitume, les coureurs ne songent plus qu’à une chose: les Champs-Élysées.

Entre bobos et vagues à l’âme, les coureurs (ici Peter Sagan) passent par toutes les souffrances sur la fin du Tour.

Entre bobos et vagues à l’âme, les coureurs (ici Peter Sagan) passent par toutes les souffrances sur la fin du Tour. Image: EPA/Sébastien Nogier

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Les cernes de Peter Sagan valent le coup d’œil. C’est tout vu, depuis quelques jours, le visage du champion du monde constitue le baromètre de l’état du peloton. À chaque cérémonie, la fatigue se lit un peu plus sur les traits du maillot vert. La dégradation s’installe. Sur le podium, toujours plus dur à gravir, les commissures virent au jaune. «Gagner l’étape? Pensez donc. Là, je veux juste arriver à Paris», lâchait jeudi le Slovaque, au départ de la 18e étape. Dix-huit morceaux de bravoure comme autant de pages et de plaies ouvertes, que seuls les Champs pourront refermer.

Des jambes décharnées

Parmi les survivants, des sprinters, des éclopés, parfois les deux réunis. Tous ont la peau tannée par bientôt trois semaines de route sous un soleil brûlant. «Il y a la canicule, les enjeux sportifs, la tension nerveuse. Tu sens que la fin approche, tu te réjouis, mais pourtant la course n’est pas finie et ça ne roule pas moins vite», nuançait jeudi Stefan Küng, qui se doit encore de briller samedi sur le dernier chrono.

Sans oublier les intimidations en tous genres, même du public, autre élément perturbateur. Les émotions font leur effet, la fatigue s’accumule. Voilà que les coureurs, groupés en début de Tour, s’éparpillent au moindre coup de vent. L’esprit de corps est la dernière force dans les équipes, dont les membres n’ont plus l’envie, ni la puissance suffisante pour remplir les plans qu’on leur impose. Ancien pro sur route, Steve Chainel trouve l’«explication à la bagarre» dans la fatigue. «Il suffit qu’il y ait deux ou trois échanges verbaux piquants pour que ça débouche sur une embrouille. Comme dans un couple, quand l’un des deux est crevé. Et tout le monde a de l’ego dans le peloton.»

Ajoutez-y les chambres basiques dans lesquelles se reposent les coureurs après les cols, la cohabitation empreinte de testostérone et puis, évidemment, l’effort. L’an dernier, Pawel Pojansky avait posté une photo hallucinante en fin de Tour. Des jambes transformées en immense circuit de veines tout près d’éclater. Les médecins se sont penchés sur cette hypertrophie: si un individu lambda affiche un afflux sanguin de cinq litres par minute dans les jambes, les cyclistes montent jusqu’à 40 litres.

Ils n’ont plus le cœur à rire

Alors qu’ils étaient optimisés au départ du Tour, les corps se rapprochent aujourd’hui du rachitisme, flirtent avec la limite. Un, deux, trois kilos perdus sur la route. Trois mille bornes plus tard, parfois, ça casse. Comme Romain Bardet dans le col de Portet mercredi, si exténué qu’il n’a pu crier sa déception. Quelques jours plus tôt, Lilian Calmejane fondait en larmes. Désormais, Sagan peine à faire de l’humour. En troisième semaine, même les pitres du peloton n’ont plus le cœur à rire.

Créé: 27.07.2018, 07h29

Piqué au vif, Démare règle son compte

Il s’est frappé la poitrine «à la Greipel», comme pour défier son nouveau rival, avant de dédier sa victoire au sprinter allemand. Son regard azur a viré au noir et son ton enjoué à l’ironie. Car Arnaud Démare avait un compte à régler jeudi à Pau, même en l’absence physique du «gorille de Rostock». Depuis son canapé, ce dernier l’avait accusé de tricherie quelques heures plus tôt sur Twitter, sous-entendant qu’il s’était accroché à sa voiture d’équipe en montagne pour finir dans les délais.

Allusion qui n’a pas du tout plu au Français, lequel a mis un point d’honneur à régler un final taillé pour ses qualités. «Je le remercie parce que j’ai beaucoup pensé à lui (ndlr: Greipel) pendant toute l’étape. Ce n’est pas ma philosophie du cyclisme. Ce que je peux dire, c’est que j’ai beaucoup travaillé et que j’ai gagné.» Sous la canicule, le maillot vert Peter Sagan n’est pas parvenu à se mêler à la lutte (8e). Le Slovaque souffrait des séquelles de sa chute de la veille. Quant aux favoris, ils sont restés au chaud, au propre comme au figuré, avant l’ultime étape de montagne au départ de Lourdes. Mais pour les adversaires de Geraint Thomas, tout miracle semble impossible. S.CO

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