Et si le volley lémanique était en train de perdre la main

VolleyballDevancés par leurs rivaux alémaniques, Chênois et le LUC se défieront samedi à Sous-Moulin (17h30) avec la 4e place comme enjeu.

Le Chênois Quentin Zeller se frottera à nouveau au bloc du LUC, son ancien club.

Le Chênois Quentin Zeller se frottera à nouveau au bloc du LUC, son ancien club. Image: Georges Cabrera

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Concentré depuis des lustres sur l’arc lémanique, le volleyball romand a longtemps fait la loi en Suisse avant que Näfels, Amriswil et l’étoile filante Lugano ne parviennent à bousculer son hégémonie. Le derby de samedi entre Chênois et Lausanne UC (17h30 à Sous-Moulin) passe donc un peu pour un choc de dinosaures. Si les deux grands rivaux se battent toujours pour tenir le haut du filet, l’armada alémanique leur mène plus que jamais la vie dure. À tel point que leur prochain duel – dernière affiche du tour préliminaire avant les play-off – a pour enjeu la lutte pour la... 4e place. Le volley de chez nous serait-il en train de perdre la main?

À première vue, la question pourrait paraître saugrenue et déplacée. Le LUC n’est-il pas double champion de Suisse en titre? «Ne nous enterrez pas trop vite. On est prêts pour défendre notre titre et même si on le perd, ça ne remettrait pas tout en question», s’exclame Pierre-André Leuenberger, le président lausannois. Parler de creux, oui, mais surtout pas de trou! Du côté de Sous-Moulin, on ne nie pas que Chênois a failli toucher le fond au lendemain de son dernier titre, en 2012, mais on insiste pour dire que tout est entrepris depuis pour remonter la pente et redorer le blason du club. Avec les moyens du bord, mais sans baisser les bras.

Retrouvailles en play-off

Il n’empêche, on s’active diablement bien de l’autre côté de la Sarine pour faire bloc et saisir fermement les commandes. Avec son budget de 1million, Amriswil fait florès et continue de draguer les meilleurs volleyeurs romands (après Steigmeier, Fellay et Djokic, ce sont les Genevois Zeller et Rey qui sont dans son collimateur). Doté de sa nouvelle salle, Schönenwerd est devenu quant à lui le bastion de l’équipe nationale (dans laquelle n’évoluent que trois Romands) et un candidat crédible au titre national ce printemps.

Et quand Näfels, l’ancien champion, a un coup de mou malgré ses huit mercenaires étrangers, c’est Lucerne qui émerge avec son bloc-défense et sa bravoure souvent irrésistibles, hérités de son ancienne entraîneure, l’Australienne Lauren Bertolacci, architecte d’une politique résolument axée sur les forces locales. Il y a une semaine, le LUC (dominé 3-0) en a fait les frais à domicile.

Président de Lutry-Lavaux, le Petit Poucet romand de LNA, Philippe Tuccelli est le témoin avisé de cette nouvelle tendance. «Oui, le volley romand n’est plus aussi dominant. Sportivement, il tient certes encore le coup car les bons joueurs ne manquent pas chez nous. En fait, par rapport à la Suisse alémanique, il souffre surtout d’un déficit d’encadrement et de soutien de la part des collectivités publiques et des milieux économiques», note-t-il. Une réflexion à méditer.

En attendant, Chênois (avec son renfort serbo-croate Stojsavljevic mais sans son oppo belge Hofmans, blessé) et le LUC de Prével se retrouveront samedi entre «Welsches». Puis sans doute en quarts de finale des play-off. Un seul des deux défiera donc le bastion alémanique!


Ce qu'ils en pensent

Werner Augsburger (directeur de Swiss Volley): «Il ne faut pas dramatiser. En LNA messieurs, on compte trois clubs romands sur neuf, ce qui est conforme à la répartition démographique en Suisse. Sur ce plan, la situation est plus préoccupante en beach-volley, où seul le Genevois Quentin Métral figure dans les cadres nationaux. Et puis, attention, la vérité des play-off peut très bien contester la réalité actuelle du championnat. Le LUC est tout de même double champion en titre! Cela dit, on constate, comme à Genève, Lausanne, Berne ou Zurich, que le volley a plus de mal à se développer dans les grandes villes où la concurrence avec d’autres sports est vive, qu’à Amriswil, Schönenwerd ou Näfels. À la fédération, on veut agir plus globalement en cherchant à mieux professionnaliser les clubs de l’élite et en renforçant la pratique de notre sport dans les écoles.».

Quentin Zeller (international suisse, Chênois, ex-LUC): «Comme les résultats de ce début de championnat le montrent, le volley romand est un peu à la traîne. Le potentiel est là, mais il est faible en nombre. À Genève, où l’académie cantonale fait du bon boulot, on est dans une période de transition. La relève est encore très jeune. En fait, ce qui fait défaut en Suisse romande, ce sont d’abord des structures plus professionnelles, que ce soit au niveau de la formation de base des juniors ou de la gestion des clubs. C’est là, et non pas sur les terrains de LNA, que je vois une différence d’état d’esprit, d’engagement. En la matière, Lucerne montre l’exemple. Si, à Lausanne, l’UNIL donne un grand coup de pouce au club de Dorigny, à Genève c’est financièrement la galère. Et pourtant, de l’argent, il y en a, mais il faut des ressources humaines pour aller le chercher.»

Philippe Tischhauser (président de Chênois Genève VBC): «Les faits sont là: cela fait sept ans que notre club n’a plus gagné de titre. Depuis, il s’est réorganisé, il a assaini ses finances, mais le mariage entre anciens et nouveaux dirigeants n’a pas eu lieu. Il faut du temps, et les moyens nous manquent pour relancer la machine et recréer une vraie filière de formation. Mais cela ne veut pas dire qu’on n’avance pas. En LNA, nos jeunes progressent, à l’image d’Antonio Dos Santos, Robin Rey ou Yann Prönnecke. En tout, on a 200 juniors, mais des infrastructures insuffisantes pour bien les accueillir. Avec SSO et Genève Volley, on souhaite plus travailler ensemble pour promouvoir notre sport au niveau du canton. Il faudrait pour cela une politique coordonnée et une vraie salle dédiée au volley. Mais, là aussi, ça risque de prendre du temps et de coûter cher…»

Pierre-André Leuenberger (président du Lausanne UC): «Pour moi, la situation actuelle n’est pas significative, et surtout pas définitive. Peut-être que le LUC souffre de la «lassitude du succès», un syndrome contre lequel j’ai vivement appelé l’équipe à lutter. Notre 5eplace ne remet pas en cause le travail qu’on fait, notamment au niveau des jeunes. Pas facile de sortir chaque année des talents de 2 mètres. La formation est aléatoire. Lucerne en tire profit cette saison, avec le renfort du meilleur oppo de Suisse, le Letton Buivids. Ici comme ailleurs, le volley perd en attractivité, il doit se renouveler pour mieux capter l’intérêt des jeunes pratiquants, du public, des médias et des sponsors. Financièrement, on ne peut pas régater avec le budget d’Amriswil. À Lausanne, derrière le hockey et le foot, c’est un peu zone sinistrée pour trouver des partenaires.» P.B.

Créé: 06.02.2020, 20h48

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