Wawrinka: «La célébrité change tout, mais je ne joue pas de personnage»

TennisAvant son huitième de finale contre l'Italien Seppi, dimanche, le No 4 mondial nous a accordé une interview exclusive.

Stan Wawrinka jouera dimanche contre Andreas Seppi (ATP 89).

Stan Wawrinka jouera dimanche contre Andreas Seppi (ATP 89). Image: AP

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Le match piège de Stan Wawrinka contre Viktor Troicki n’avait pas encore commencé quand le centre de Melbourne vivait un cauchemar peu avant 14 heures (4 heures du matin en Suisse). Un homme fou, un malade apparemment sans lien avec une organisation terroriste, avait lancé sa voiture contre la foule, sur les trottoirs du centre-ville: trois morts, 25 blessés. A quelques kilomètres de la tragédie, le Melbourne Park a vite tressailli de ce drame affreux.

Le sport n’est sans doute pas grand-chose en comparaison de ces vies fauchées, froissées et c’est dans cette ambiance pesante, avec des informations diffusées sur les panneaux géants, que Stan Wawrinka a disputé son troisième tour contre Viktor Troicki. Place au jeu malgré les circonstances.

Mauvais match, vilain premier set. Mais qualification en quatre manches, après avoir corrigé le tir sans briller et après avoir dû batailler pour conclure (3-6 6-2 6-2 7-6). Stan Wawrinka est ce joueur capable d’étouffer n’importe quel No 1 mondial en finale de Grand Chelem, mais aussi de peiner dans les premiers tours. Il n’empêche qu’il est là, qualifié pour les huitièmes de finale de cet Australian Open qu’il a déjà remporté en 2014. Il jouera dimanche contre Andreas Seppi (ATP 89), un autre match piège en perspective malgré le classement de l’Italien. Preuve de sa disponibilité rare et tout No 4 mondial qu’il est, Stan Wawrinka nous a accordé une interview exclusive avant sa qualification. Un privilège qui permet de voir comment il vit son tournoi, comment il prépare un match.

Stan, à quoi ressemble une journée de match pour un tennisman professionnel?

C’est une journée très remplie. Réveil, petit-déjeuner et préparation des affaires. Il ne faut rien oublier, tout mettre dans le sac, les boissons de récupération, bref tout en plus de l’essentiel. Personnellement, j’aime m’échauffer environ trois heures avant mon match. Cela dure 30 à 45 minutes. Après, douche et deux heures avant le début de la partie, je mange. Reste encore un petit peu de fitness et tu entres sur le court. Mais après le match, ce n’est pas fini: j’ai immédiatement un bain froid (ndlr: cela favorise la récupération), une séance de physio, les obligations avec vous, la presse, et après je peux encore revoir le physio. Oui, c’est assez vite rempli…

Etre immergé dans un tournoi du Grand Chelem, est-ce ne penser qu’au tennis pendant deux semaines?

Oui, en quelque sorte. Je suis là pour ça, donc autant faire le truc jusqu’au bout. Mais je sais aussi, de temps en temps, me changer les idées. Les jours sans match, je viens m’entraîner, mais j’essaie aussi de quitter l’environnement du tournoi. Pour ne pas perdre d’énergie: il y a toujours des gens qui viennent te voir, parler, échanger, si tu traînes par là. Je peux très bien aller au cinéma, ou jouer un peu au casino. Juste pour le fun, roulette, black-jack, ce genre de jeux.

Le tennis se joue aussi dans la tête: comment se passe la préparation mentale avant une rencontre?

C’est un travail sur soi. Cela dépend des sensations, mais il y a notamment des petites discussions avec Magnus (ndlr: Norman, son entraîneur). Nous partageons les émotions. Cela commence bien avant le match. Je n’ai pas un coach mental qui me suit. En fait, j’ai la chance d’avoir trois personnes qui me sont proches et qui tiennent ce rôle. Magnus Norman, Yannick Fattebert et Pierre Paganini. Ils ne représentent pas seulement un entraîneur, un coach et un préparateur physique, ils sont bien plus que ça, ils m’apportent tous le soutien psychologique nécessaire.

Question de la poule et de l’œuf: avez-vous atteint les sommets parce que vous êtes fort moralement, ou est-ce par vos succès que vous vous êtes forgé un mental?

Un peu des deux. Disons qu’à un moment de ma carrière, j’ai senti qu’une confiance grandissait en moi. Cela m’a permis gagner plus de matches. Et avec les victoires, la dose de confiance augmentait naturellement. Et ainsi de suite en fait…

Avez-vous recours à la vidéo avec votre entraîneur?

C’est un peu spécial. Magnus effectue des analyses vidéo, je regarde de mon côté certains aspects, mais nous ne le faisons pas ensemble. En revanche, on échange après sur la question. Il n’y a pas de visionnage systématique comme au football, où il faut travailler une tactique pour plusieurs joueurs. Le tennis, c’est complètement différent sur ce point. De toute façon, les paramètres liés à un joueur évoluent en permanence.

Quand vous êtes dans un tournoi, vous arrive-t-il de vous projeter plus loin dans le tableau?

Non. Je regarde le tableau, mais je ne me projette pas. Regardez, à peine le tirage effectué que l’on parlait déjà de mon 8e de finale contre Kyrgios. Or, il n’est plus là. Non, si tu te projettes, tu peux oublier. Parce que cela veut dire que tu n’es plus dans le moment présent, que tu n’es pas préparé à te battre tour par tour.

Stan, vous êtes aujourd’hui une star du circuit, à la renommée mondiale: quel rapport avez-vous avec ce statut?

Je le vis bien. Parce que cet état de fait est la conséquence des résultats que j’ai obtenus. La célébrité change les gens, les rapports entre les gens aussi, mais c’est seulement une évolution. Je ne joue pas de personnage. Je me prête aux exigences qui sont les miennes en termes de représentation, cela fait partie de mon métier, mais je sais qui je suis et qui je reste.


«Du mauvais tennis. Mais peu importe…»

Il a battu Viktor Troicki une huitième fois en huit matches. Mais sur la Rod Laver Arena, rien n’a été simple pour Stan Wawrinka. «C’était du mauvais tennis, mais quelque part, peu importe de jouer bien, très bien ou mal, lançait-il après le match. Je suis qualifié, c’est l’essentiel.»

Il n’a pourtant pas dissimulé sa frustration de ne pas produire le tennis qu’il aurait aimé contre le Serbe (ATP 35). «A un moment, il y avait un peu trop de choses dans ma tête, soufflait-il. C’était un peu l’embouteillage avec les pensées négatives. Avec l’expérience, en me concentrant, j’ai réussi à les faire partir. De l’extérieur, cela a l’air simple, on a peut-être l’impression de savoir ce qu’il faut faire. De l’intérieur, sur le court, c’est plus compliqué que ça…»

Il peut maintenant penser à Andreas Seppi. L’Italien n’est sans doute «que» 89e à l’ATP, mais c’est un client à ne pas prendre à la légère. Le Vaudois mène 8-3 dans les confrontations, il n’a jamais perdu sur surface dure contre le Transalpin, mais à bientôt 33 ans, Seppi reste dangereux et Kyrgios en sait quelque chose… «Il est performant ici, souligne Wawrinka. Il peut jouer avec ses frappes à plat. Ce sera intéressant, je devrai varier le rythme. Personnellement, même si j’aurais aimé mieux jouer contre Troicki, je reste confiant quant à mon niveau de jeu.»

Il faudra en tout cas qu’il fasse attention à ses sautes d’humeur. Et qu’il ne brise pas de raquette. Son équipementier Yonex qui lui fournit son outil de travail a inclus une clause dans les contrats avec les tennismen sponsorisés: en cas de raquette cassée, une amende frappe le joueur. «Oui, c’est dans mon contrat, j’ai une amende à chaque fois que je casse une raquette, admet Wawrinka. Je peux comprendre, nous ne sommes pas supposés endommager le matériel. Mais avec les émotions, le stress, c’est parfois la raquette qui prend…» D.V.

Créé: 20.01.2017, 12h06

A la volée

Stan, vous partez sur une île déserte. Quel livre prenez-vous?
Une autobiographie pas encore sortie. La mienne (rires). Mais je ne sais pas encore si je vais en faire une…
Quel disque?
U2. Le best of.
Qu’est-ce qui a le don de prodigieusement vous énervez?
Je suis quelqu’un de calme. Si certains veulent provoquer des histoires, c’est eux qui ont un problème, pas moi. Je reste calme.
La personnalité que vous aimeriez rencontrer?
Barack Obama. Pour échanger avec lui sur son parcours, ses visions.
Une bêtise que vous avez commise sans jamais encore l’avoir avoué?
Je n’en ai pas fait beaucoup. Je suis plutôt sage. Pas comme une image, mais sage, correct.
La chose dont vous êtes le plus fier dans votre vie?
Pour évoquer mon métier de tennisman, c’est ce que j’ai accompli sur le circuit ces dernières années. D.V.

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