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L’affaire Festina ne sera jamais jetée aux oubliettes

Entraîneur de l’équipe française en 1998, Antoine Vayer est resté au centre de la problématique du dopage. Avec un regard provocateur.

Depuis l’affaire Festina, Antoine Vayer n’a de cesse de combattre le fléau du dopage.
Depuis l’affaire Festina, Antoine Vayer n’a de cesse de combattre le fléau du dopage.
PATRICK TESTUZ

Bang! Le 8 juillet 1998, le cyclisme est victime d’un séisme. D’une magnitude jamais ressentie dans le milieu. À la frontière franco-belge, une voiture pilotée par le soigneur de l’équipe Festina est interceptée. Les douaniers découvrent un stock de produits dopants: EPO, hormones de croissance, testostérone, corticoïdes, amphétamines. Rien ne manque à la panoplie. Entraîneur de l’équipe phare de l’époque (de 1995 à 1998), Antoine Vayer n’a pas organisé le dopage. Il a composé avec lui. Vingt ans plus tard, cet enseignant en EPS de 55 ans occupe toujours une place en vue dans le cyclisme. Et sur le Tour. En qualité notamment de chroniqueur pour «Le Monde».

«Quand l’affaire a éclaté, j’ai été soulagé.» Soulagé? «Oui, je n’aurais pas tenu. Festina aurait continué et j’aurais fait en sorte que Christophe Bassons prenne lui aussi des produits. Pour être crédible au niveau entraînement, il me fallait plus. Je serais devenu un entraîneur dopeur. J’ai assisté au procès en qualité de témoin de moralité pour mon ami Bruno Roussel (ndlr: le manager).»

«J’étais un paria»

Pourfendeur du dopage depuis que l’affaire a fait voler en éclats les illusions, «Monsieur Watts» (ndlr: il analyse et s’interroge sur les performances des champions dans les ascensions) n’a eu de cesse de combattre ce fléau. «Au début, les gens m’en voulaient énormément. À leurs yeux, je gâchais leur joie de regarder le Tour. Quand je m’en suis pris à Armstrong, on m’a dit que je tuais le vélo. Les temps changent. Maintenant, on loue mon action.»

Notre interlocuteur rit de ce revirement: «Des gens m’évitaient. J’étais un paria. Je sentais le malaise partout. De persona non grata, je suis presque devenu fashion. C’est un peu l’histoire de l’église qu’on remet au milieu du village.»

L’affaire Festina est bouclée depuis belle lurette mais elle ne sera jamais rangée aux oubliettes. Ses acteurs et ses contradicteurs ont avancé, cahin-caha, dans un phénomène d’attirance-répulsion. «L’hypocrisie dans le milieu est partout. C’est un concours de faux-culs.» Pourquoi dans ces conditions rester dans le circuit? «Parce qu’il y a des mecs bien, comme Guillaume Martin.» Le grimpeur français évolue au sein de la formation Wanty-Groupe Gobert.

Vérité et conciliation

Pour le surplus, Antoine Vayer a conservé un fil, ténu, avec les coureurs suisses impliqués dans l’affaire. «J’aimais bien Bruno Boscardin. À l’occasion d’un déplacement dans votre pays – j’aime autant la Suisse que Chris Froome la France! – j’ai passé la nuit à son domicile. J’ai rencontré Laurent Dufaux à Aigle lors de l’élection d’un président de l’UCI. Il m’a dit que son gamin faisait du vélo. Avec Armin Meier c’est différent. On s’écharpe sur Twitter à propos de Fabian Cancellara. Si «Cance» disait la vérité, si Laurent Jalabert la disait aussi, ça permettrait d’éclairer différemment notre sport. Allez, si Cancellara avoue qu’il a utilisé un moteur, je m’arrange pour qu’il ne soit pas sanctionné par David Lappartient, le président de l’UCI. Le monde du vélo a besoin de ce concept «vérité et réconciliation».»

Antoine Vayer enchaîne: «Sur notre plate-forme SportLeaks, on a reçu des choses intéressantes depuis quelque temps. Certaines concernent la Sky. Reste à vérifier et à crédibiliser ces sources pour établir la vérité.» Suspense. «Cela dit, il faut reconnaître que le team anglais a beaucoup apporté. Dans son approche de la performance. Dans la mise en place de sa structure. C’est l’équipe la mieux organisée et la plus intelligente. Elle détonne avec de nombreuses personnes de l’encadrement du vélo qui ne se distinguent pas par leur quotient intellectuel. Certains sont dépassés.» Antoine Vayer n’a pas la mémoire courte et a la dent dure.

La carpe et le lapin

Notre interlocuteur n’épargne pas davantage Chris Froome. «Il n’a de Britannique que le passeport. C’est un Monégasque. Il n’est pas à proprement parler dans la formation Sky. C’est un électron libre, un self-made-man. S’il a triché, je pardonne presque à Dave Brailsford (ndlr: manager de l’équipe Sky).»

Le temps a cette capacité de gommer les querelles, d’instiller une faculté d’oubli. Ainsi Antoine Vayer a fait copain copain avec Floyd Landis, alors qu’il l’avait fustigé sur le Tour 2006 dans «Libération». Pour preuve? «Mon fils va partir en vacances chez lui à Denver dans le Colorado.» Vayer collabore également avec Cyrille Guimard dans le suivi du meilleur cyclo-crossman français. «C’est le mariage de la carpe et du lapin.» Le dopage nourrit la chronique et, curieusement, lie des acteurs du vélo ô combien différents.

Témoignage émouvant

Dans une lettre ouverte parue dans «Ouest-France», Eléna Messager-Roussel (la fille de Bruno Roussel) a livré un témoignage émouvant et insoupçonné sur les dommages collatéraux du scandale Festina. «Après l’affaire, je suis devenue anorexique. À l’époque j’avais 14 ans.» Elle a écrit sa prose avec la complicité de Pierre Ballester, qui a confondu Lance Armstrong dans différents ouvrages. «Papa, il m’a fallu vingt ans pour commencer à sortir du trou noir dans lequel j’ai sombré un jour de juillet 1998. Je suis désormais mariée, maman de deux enfants. Je suis heureuse dans ma vie et les apparences sont sauves… De ce qu’on sait maintenant, le dopage massif était la réalité du moment. Soit tu étais dedans, soit tu n’étais pas. Je t’en prie, ne vieillis pas avec cette culpabilité. Tu restes mon héros.»

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