Ajax Amsterdam, ce mythe réinventé qui fait du bien

FootballAvec leur style enchanteur, les héritiers de Cruyff font souffler un vent de fraîcheur bienvenu. Avec un ADN inchangé.

Emmené par son jeune capitaine de Ligt (19 ans), Ajax a réussi un nouvel exploit mardi soir en sortant la Juventus après avoir déjà éliminé le Real Madrid au tour précédant, chaque fois en s'imposant à l'extérieur.

Emmené par son jeune capitaine de Ligt (19 ans), Ajax a réussi un nouvel exploit mardi soir en sortant la Juventus après avoir déjà éliminé le Real Madrid au tour précédant, chaque fois en s'imposant à l'extérieur. Image: AFP

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Après le Real, la Juventus… Ajax ne fait pas de quartier ni de jaloux. Quand ses gamins entrent sur un terrain, c’est pour y jouer leur partition de virtuoses. Et chacun, entre insouciance juvénile et plaisir partagé, y prend son pied. Fascination de l’Europe entière, la symphonie amstellodamoise musèle les puissants et fait souffler un enthousiasme bienvenu dans une Ligue des champions très conventionnelle, promise systématiquement aux mêmes prétendants, ceux-là mêmes qui militent dorénavant pour une compétition fermée.

Et voilà qu’une joyeuse bande de prodiges bouscule les convenances en insufflant suffisamment de créativité pour que l’on se sente plus léger, plus aérien. Dans sa folie ordinaire, Ajax propose quelque chose d’irrésistible qui fait du bien. Mardi à Turin, il est devenu le premier club non issu des cinq grands championnats à se hisser dans le dernier carré depuis quinze ans.

Le nouvel Ajax, c’est surtout la renaissance du mythe éternel porté par la génération Cruyff au début des années 70 et de l’invention du fameux «football total». Quand les Krol, Suurbier, Neeskens, Haan, Keizer et autres frères Mühren, réunis autour du plus génial d’entre eux, régnaient sans partage – leurs trois couronnes continentales des champions (1971, 1972 et 1973) témoignent de ce premier âge d’or.

Le choix de l’esthétisme

Aujourd’hui que les très jeunes héritiers de Cruyff – le capitaine Matthijs de Ligt n’a que 19 ans et les autres ne sont pas tous beaucoup plus âgés – régalent, on ne sait trop quoi mettre en avant ni comment fixer l’ordre des priorités. Tombe-t-on sous leur charme parce qu’ils réinventent le simple mais si compliqué plaisir du jeu? Ou doit-on plutôt louer leurs audaces, cette volonté sans cesse affirmée de plaire? «Ils font les choses autrement. À 2-1, une équipe normale aurait reculé. Mais pas cet Ajax-là pour qui l’esthétisme est la forme la plus aboutie de l’efficacité.» Comme d’autres, Bernard Challandes a été séduit par ce qu’il a vu. «C’est la renaissance d’une philosophie, avec un ADN qui n’a pas changé, reprend le sélectionneur neuchâtelois du Kosovo. Il y a du Cruyff dans cette équipe, avec une dimension supplémentaire à la récupération du ballon. Pouvoir jouer un tel match paraît presque impensable. Ajax ne calcule rien, il se contente de jouer, habité par une sorte d’insouciance.» Avec une mécanique superbement huilée, comme peut l’être une très grande complication horlogère.

Devant sa TV, Alexandre Comisetti a lui aussi savouré le moment. «Il n’y a rien de stéréotypé. Ils ont la capacité de créer des choses avant même qu’on ne les imagine. C’est vraiment très impressionnant, surtout avec une telle intensité. En deuxième mi-temps, la Juve était perdue.» Pour le coach d’Échallens (1re ligue), il faut prendre conscience du privilège de voir jouer une formation aussi élégante dans son expression collective. «Avec une telle densité de talents, ses joueurs risquent de s’éparpiller dès cet été. On a envie de souhaiter qu’ils aillent au bout afin de pouvoir encore en profiter.»

Sorti à l’époque de la filière du grand Ajax, Robert Kok avait disputé son premier match européen contre la Juve en 1974, à l’âge de 17 ans. L’ancien buteur néerlandais de Lausanne (1979-1984) puis du Servette (1984-1988) insiste sur la spontanéité des petits-fils de Cruyff. «Ils tentent des trucs, ils dribblent, ils osent s’exprimer avec un ballon, c’est juste beau. Aujourd’hui, on ne voit plus ça à force de brimer les joueurs.» Et Kok de s’autoriser même un grand écart, avec un ancrage plus régional: «Au LS, déplore-t-il, il n’y a pas de football. Tout y est automatisé.»

Opposé aux Autrichiens de Sturm Graz, Ajax avait entamé sa campagne européenne en juillet 2018 déjà, au 2e tour préliminaire, en même temps que le FC Bâle. Il lui reste trois matches pour trôner au sommet de l’Europe du jeu.

Créé: 17.04.2019, 21h40

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