L’Allemagne réussira-t-elle une fois à battre l'Italie?

Euro 2016 - Quarts de finale Pour la Mannschaft, la Squadra azzurra est sa bête noire: à chaque match couperet d’un grand tournoi, elle perd! Ce samedi soir, le choc promet.

Thomas Muller et les Allemands sont sur leurs gardes avant d’affronter l’Italie, leur bête noire.

Thomas Muller et les Allemands sont sur leurs gardes avant d’affronter l’Italie, leur bête noire. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Sacralisée par le souvenir, l’histoire ne dit pas toujours la vérité. Elle fige l’instant, le vainqueur en réécrit les contours, le perdant en griffonne les pages et il y a dans cette frénésie-là autant d’énergie transpirée pour s’en prévaloir que pour s’en défaire. Ce samedi soir à Bordeaux (21 h), l’Allemagne et l’Italie ont une fois de plus rendez-vous avec leur histoire, dans ce livre ouvert qui toujours a chanté les gloires transalpines et où aucune ligne ne peut célébrer un quelconque bonheur germanique. L’histoire est cruelle…

Elle rappelle donc l’essentiel sans états d’âme. Par huit fois les deux monstres du football européen se sont croisés lors d’une phase finale d’un grand tournoi (Mondial et Euro). Le verdict est sans appel: quatre nuls, qui ne concernent que des matches de groupe, mais surtout quatre défaites allemandes lors des matches à élimination directe (lire ci-contre). L’histoire pèse lourd.

L’histoire hésite…

On mesurera ce soir cette pesanteur. On pourrait aussi bien se dire que les Allemands, champions du monde en titre, sauront davantage se souvenir du dernier affrontement. De cet éclatant succès 4-1 du 29 mars dernier, qui libérait bien des mémoires teutonnes de l’encombrant passé. Encore faudrait-il rappeler le caractère amical de la rencontre et son théâtre bavarois, l’Allianz Arena. Pour qui veut s’offrir une foi vierge, ces artifices ne font pas long feu. Non, c’est bien quand ça compte qu’il faut se forger un destin. L’histoire est stricte.

Joachim Löw, le sélectionneur du sacre brésilien en 2014, doit donc briser le signe indien. C’est une chose d’étrangler une Squadra azzurra en plein doute à la veille de l’Euro, c’en est une autre de lui tordre le cou quand celle-ci chante un bonheur retrouvé depuis bientôt un mois, elle qui vient d’éliminer l’Espagne. Avant cet Euro, tout le monde aurait songé à ce quart de finale comme à un affrontement déséquilibré, en dépit des réputations. Il sera peut-être le match de ce tournoi. Les deux sélections le savent, les deux entraîneurs aussi. Antonio Conte encore plus que Löw sans doute, lui qui a façonné le miracle italien sur les bases de ce qu’il faisait à la Juve: le système d’abord, les schémas avant les noms. Cette Italie promise à toutes les difficultés s’en est parfaitement accommodée. Sauf que l’incontournable De Rossi est incertain, Candreva est blessé et Thiago Motta est suspendu. Pas simple. L’histoire hésite…

Avantage psychologique

Alors en attendant, les deux sélectionneurs s’amusent. Joachim Löw assène sans sourciller: «On devra surmonter notre obstacle le plus compliqué depuis le début de l’Euro.» Traduction: cette fois, peu importe le passé, c’est mon Allemagne qui va se qualifier, mais sait-on jamais, autant louer les mérites transalpins. Antonio Conte n’est pas en reste: «On joue la meilleure équipe de l’Euro. Il faudra produire un effort titanesque pour l’emporter.» Traduction: mettons toute la pression sur les Allemands, mais au fond, je sais bien qu’ils n’ont jamais battu l’Italie en tournoi et que cet avantage psychologique parle pour nous.

L’histoire jubile. Elle est impatiente. Nous aussi.


Quatre matches clés: quatre succès italiens

Le plus dingue: demi-finale du Mondial 1970, Italie - Allemagne 4-3 a.p

Ce match fait partie des livres d’histoire, certains l’ont même consacré comme le match du siècle. L’Italie et l’Allemagne de l’Ouest se retrouvent en demi-finale au Stade Aztèque de Mexico. Et là, une dramaturgie s’écrit en direct. Un but rapide de Boninsegna (8e), le temps qui file, mais Schnellinger égalise dans les arrêts de jeu. Il y aura 5 buts durant les prolongations. Gerd Müller donne l’avantage à l’Allemagne, Burgnich égalise. Riva trompe Sepp Maier, mais Gerg Müller ramène le score à 3-3. Et puis, Rivera crucifie les Allemands dans la minute suivante (111e), un but sans image: la télé repassait le ralenti du but de Müller. Ce match, c’est aussi la force d’une vision, un Beckenbauer bras et épaule bandés, clavicule cassée, qui termine le match au courage, les deux changements autorisés alors ayant été effectués. D.V.

Le plus net: finale du Mondial 1982, Italie - Allemagne 3-1 (0-0)

En Espagne, Italie et Allemagne sortent chichement de leurs groupes respectifs avant une phase de poule et cette finale au Santiago Bernabéu de Madrid. Pas de but en première période, Antonio Cabrini manque même un penalty. Mais dès la 56e minute, c’est un certain Paolo Rossi, meilleur buteur du tournoi (6 réussites), qui ouvre le score. Marco Tardelli double la mise à la 69e et l’élégant Altobelli inscrit le 3-0 à la 80e. Net et sans bavure. La réduction du score anecdotique de Paul Breitner n’y changera rien. Les Schumacher, Stielike, Rummenigge ou autre Littbarski étaient simplement un ton en dessous. Et même si la présence au Mondial de Paolo Rossi en a dérangé plus d’un (scandale du Totonero), l’Italie, réaliste, a fait le nécessaire, ce jour-là. D.V.

Le plus cruel: demi-finale du Mondial 2006, Allemagne-Italie 0-2 a.p. (0-0)

Terrible: l’Allemagne, qui accueille le Mondial, est à un match de «sa» finale quand elle retrouve sur sa route l’Italie, à Dortmund. Le match est magnifique, même s’il n’y a pas de but dans le temps réglementaire. Les Allemands voient la mort à la 92e minute quand Gilardino, seul devant Lehmann, ajuste le poteau, puis c’est au tour de Zambrotta de trouver la barre une minute plus tard. Ce match allait se jouer aux tirs au but. Eh bien non: à la… 118e minute, après un corner, Pirlo décale Grosso, qui marque enfin. Avant que Del Piero ne double la mise à la 120e. Effondrement des Allemands et de leur sélectionneur, Jürgen Klinsmann. Une fois de plus… D.V.

Le plus récent: demi-finale de l’Euro 2012, Allemagne - Italie 1-2 (0-2)

Il y a quatre ans, c’est à nouveau en demi-finale que les routes se croisent pour les frères ennemis. A Varsovie, les Allemands comptent bien passer l’épaule. Mais une fois de plus, la dernière en date lors d’une phase finale avant celle de ce soir, ils tombent sur une Italie qui réussit à dicter sa loi.

Cette fois, le bourreau s’appelle Mario Balotelli. Fantasque mais talentueux, il signe un doublé en première période. Un premier but de la tête (20e), un second d’une frappe sourde (36e) qui trompe Neuer. La messe est déjà dite à ce moment pour les Allemands de Joachim Löw. La Squadra azzurra de Prandelli aura une fois encore été fidèle à cette tradition qui fait le désarroi de l’Allemagne depuis si longtemps. D.V.

Créé: 02.07.2016, 10h16

Articles en relation

L'Allemagne «n'est pas traumatisée» par l'Italie

Euro 2016 A quatre jours du quart de finale de l'Euro qui opposera les deux équipes, le sélectionneur de la Mannschaft a donné ses impressions. Plus...

Et les Gallois, admirables et lucides, n’ont vraiment rien volé

Euro 2016 Le Pays de Galles a créé la sensation en dominant la Belgique (3-1). Il affrontera le Portugal en demi-finale. Plus...

L’Islande prépare l’exploit à Annecy

Reportage Durant l’Eurofoot, les joueurs de l’île nordique logent et s’entraînent en Haute-Savoie, à l’abri des regards. Plus...

L'atout des Islandais: la France n’a pas le droit de perdre

Euro 2016 - Quarts de finale Dimanche, la victoire est obligatoire pour les Tricolores, face à des Islandais détonants. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.