Il avait annoncé la couleur: Lucas Tramèr est en or!

AvironLe rameur de Vésenaz et ses copains du quatre poids léger avaient affiché leurs ambitions. Ils sont champions olympiques!

Lucas Tramèr, Mario Gyr, Simon Niepmann (caché) et Simon Schürch laissent éclater leur joie: ils sont champions olympiques.

Lucas Tramèr, Mario Gyr, Simon Niepmann (caché) et Simon Schürch laissent éclater leur joie: ils sont champions olympiques. Image: KEYSTONE

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C’est bien beau d’afficher des ambitions, de crier sur tous les toits qu’on veut «de l’or sinon rien», encore fallait-il assumer. Mais le Genevois Lucas Tramèr et ses copains du quatre poids léger – Simon Niepmann, Simon Schürch et Mario Gyr – avaient des épaules aussi larges que leur gros objectif. «Même si nos propos ont été un peu mal interprétés, on était conscients, raconte Tramèr, que cela pouvait passer pour de l’arrogance. Il est vrai que ce n’était pas trop suisse tout ça, surtout qu’à Rio, on avait loué un appartement à 50 000 francs; mais on a prouvé que tous ces sacrifices de la fédération valaient la peine…»

A Rio, ils ont «marché» sur l’eau, sur l’or. Comme Fabian Cancellara, c’est la force des athlètes d’exception de répondre présent lorsque tout le monde a l’œil braqué sur vous. Dans une finale qui sentait bon la consécration, les Helvètes ont su rendre banal l’exceptionnel sur les deux kilomètres du parcours carioca. Comme c’était le cas le 6 septembre 2015 à Aiguebelette, lors de leur titre mondial, ce quatuor en or a fait preuve d’une belle fluidité et d’une sublime maîtrise technique. En lançant leur gros train d’enfer à mille mètres, ils ont fait la différence.

«Je pense qu’on a réalisé la course parfaite», estime à juste titre le rameur de Vésenaz. Ces six minutes d’effort ont en fait duré le temps d’une vie pour ces quatre garçons dans le vent avec au bout de leur pensum, la délivrance. «Avec un vent contraire, les conditions lentes ont joué en notre faveur, renchérit le futur médecin. Comme en demi-finale, on a pu utiliser toute notre puissance…» Quelle démonstration!

Quatre ans qu’ils attendaient ce moment-là, depuis ces Jeux de Londres où ils avaient dû se contenter du cinquième rang. «Comme ça…» Martin Tramèr, le papa de Lucas, écarte les bras. Heureux à plus d’un titre, il simule un bateau d’avance. Celui des Danois, deuxièmes, à 1’47’’. La France est troisième à 2’34’’. Les supporters suisses, qui ont crié très fort, sont émus. Ministre des sports, Guy Parmelin a trouvé ça «formidable».

Un peu plus bas, sur le podium, au moment de l’hymne national, Lucas Tramèr, la tête levée vers les étoiles, a serré très fort cette médaille d’or contre son corps. Seize ans après l’argent en skiff de Xeno Müller – qui avait aussi gagné le titre en 1996 à Atlanta –, l’aviron suisse se réjouissait de revenir à ce niveau. Devant le plan d’eau du Lagoa, c’est Denis Oswald, membre du CIO, qui a remis les récompenses. Le Neuchâtelois avait été en bronze en quatre barré aux Jeux de Mexico. Coco… Rio!

«Je m’étais toujours dit que j’aimerais arriver une fois sur un podium et que toutes mes émotions sortent, mais une fois de plus, je n’ai pas réussi, sourit le champion olympique genevois. Je ne sais pas pourquoi, c’est plus fort que moi, je n’arrive pas à pleurer de bonheur.»

Et pourtant, sur cette «plus haute marche», plein d’images ont traversé son esprit. Cette période de doutes où, encore cette saison, il avait laissé échapper ces fameuses larmes, tout seul dans son lit de Sarnen, le centre national. «Parce que, explique-t-il, j’étais blessé ou malade, parce que je n’y croyais plus, que je pensais que j’allais encore manquer ces JO de Rio. J’ai eu peur, comme avant Londres, que mes problèmes de santé gâchent tout. Je craignais qu’avec ces tendinites à répétition, mon genou ne tienne pas.» Cette saison olympique, il y a aussi eu les blessures de ses coéquipiers. «On a dû tous serrer les dents, poursuit Tramèr. Mario a eu les côtes cassées et Simon des pépins de santé, mais ce qui compte, au final, c’est d’être arrivé au top de notre forme au bon moment.»

Tout le contraire des Néo-Zélandais, qui faisaient figure d’épouvantails avant de venir à Rio: ils ne sont que cinquièmes. C’est l’entraîneur kiwi des Suisses, Ian Wright, qui est content. Quel travail effectué par cet homme exigeant depuis l’échec d’Eton Dornay, sur la Tamise… «En 2012, j’ai vraiment été proche d’arrêter ma carrière, avoue le No 1 du bateau. J’avais l’impression que les sacrifices ne servaient à rien. Mais le travail a payé. Gagner aujourd’hui après nos trois titres mondiaux, c’est une grande récompense de toutes ces années de labeur.»

Cette magnifique médaille, le Genevois qui fêtera ses 27 ans le 1er septembre, la dédie à tous sa famille, sa copine Francesca et ses amis qui ne l’ont pas vu souvent durant cette longue période de préparation. «Sur le podium, j’ai aussi pensé à tous mes proches qui ont dû accepter mes sacrifices, renchérit Lucas Tramèr. Etant un sportif de haut niveau, je ne suis pas un gars avec qui on peut sortir chaque soir pour faire la fête, partir en vacances avec des potes ou à un anniversaire. J’ai dû souvent refuser une sortie à ma copine parce qu’à 21 h 30 j’étais claqué, pour me lever tôt le lendemain matin pour m’entraîner. Ce n’est pas un train de vie facile pour nos proches. Je suis reconnaissant qu’ils ne m’aient pas laissé tomber.»

Sera-t-il à Tokyo dans quatre ans? Ou va-t-il s’arrêter, comme Cancellara, au sommet? Lucas Tramèr, qui envisage de terminer ses études de médecine, n’a pas encore pris sa décision. «Je vais peut-être faire d’autres choses, comme la course de l’Escalade. Et après, on ne sait jamais, j’aime tellement m’entraîner dur…»

En attendant, Lucas Tramèr et ses potes conquistadores ont pu lâcher la pression hier soir à la Maison suisse. Ils l’avaient bien mérité!


«Je suis mégacontent pour lui»

Il était jusqu’à hier le dernier Genevois à avoir été réglé sur l’or d’été. Titré à Barcelone en 1992, Marc Rosset n’a pas mal pris le fait de voir Lucas Tramèr lui succéder dans les livres d’histoire. Au contraire, c’est avec une fierté incommensurable qu’il a vu le rameur aller au bout de l’exploit. «Je suis mégacontent pour lui, nous a ainsi avoué l’ancien joueur de tennis une bonne demi-heure après l’exploit. Sa course, je l’ai suivie avec attention, sans en perdre la moindre miette. J’ai trouvé vraiment top de les voir, lui et ses potes, aller chercher cette couronne olympique. D’ailleurs, avant que vous m’en parliez, je n’avais même pas fait le rapprochement avec le fait que je restais jusqu’alors le dernier sportif de notre canton à avoir triomphé aux Jeux…»

Passionné de sport, amoureux des Jeux, Rosset n’a en revanche pas découvert Tramèr hier matin. «Je savais qui il était, je connais son parcours. D’ailleurs, je l’avais rencontré avec plusieurs autres athlètes à l’occasion d’une soirée du Team Genève. Pour moi, qu’il soit Genevois, Valaisan ou Zurichois ne change rien: quand un Suisse gagne, c’est génial.»

Avec vingt-quatre ans de recul, quel conseil l’ancien No 9 ATP donnerait-il à son cadet? «J’espère qu’il pourra profiter des Jeux, car moi j’avais gagné l’avant-dernier jour, et je lui recommanderais surtout de profiter de fêter ce titre. C’est beau!» Arnaud Cerutti

Créé: 12.08.2016, 06h47

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Héroïque dans la baie de Rio avec ses partenaires du quatre sans barreur helvétique, Lucas Tramèr rejoint cinq autres Genevois au panthéon olympique, au rang des médaillés d’or des Jeux d’été. Avant lui et outre Marc Rosset – qui a dominé le tournoi de tennis en 1992 à Barcelone – les rameurs (déjà!) Alfred Felber, Edouard Candeveau et Emil Lachapelle avaient en effet triomphé en deux avec barreur dans les eaux de Paris en 1924. La même année, le joueur servettien Félix Bédouret était allé chercher le graal olympique avec l’équipe nationale suisse au pied de la tour Eiffel. Relevons que d’autres athlètes nés dans notre canton ont goûté une breloque olympique: les navigateurs Bernhard Dunand, médaillé d’argent en 1968 à Mexico, ainsi qu’Henri Copponex et Pierre Girard, «bronzés» à Rome en 1960. Et que la paire Felber/Candeveau avait ramé jusqu’à la 3e?place des JO 1920 d’Anvers. A.CE.

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