Anouk Vergé-Dépré: «Ce tournoi est plus grand que tout»

JO 2016Avec sa complice Isabelle Forrer, la Vaudoise découvre les Jeux, étourdie de bonheur et pleine d’envie.

Anouk Vergé-Dépré (à gauche), en compagnie de sa partenaire en beach-volley, Isabelle Forrer.

Anouk Vergé-Dépré (à gauche), en compagnie de sa partenaire en beach-volley, Isabelle Forrer. Image: PETER KLAUNZER (KEYSTONE)

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Pour l’instant, c’est encore un immense coquillage de tubulaire posé sur la plage, sa corolle vide offerte à l’océan. Copacabana pousse à la métaphore. Le stade de beachvolley qui s’y dresse prend aussi les allures d’un théâtre éphémère ou même celles d’une cathédrale à ciel ouvert, quand on sait la ferveur et la passion qui animent les Brésiliens pour ce sport. L’enceinte peut rassembler douze mille personnes. «Ici, tout est plus grand, tout est nouveau», souffle Anouk Vergé-Dépré, la Vaudoise au sang caraïbe qui découvre ses premiers Jeux en écarquillant ses yeux, étourdie de bonheur.

La beauté du jeu

A 24 ans, l’étudiante en médias et communication à l’Université de Fribourg n’est pourtant pas née de la dernière pluie tropicale! Cet hiver, avec sa partenaire thurgovienne Isabelle Forrer, elle s’est déjà imprégnée de cette ambiance incomparable, elle a déjà foulé ce sable d’or qui donne des ailes. Rio l’a envoûtée. «On est ici aux sources du beach, au cœur de sa culture. Ça se voit, ça se ressent. Il n’y a qu’à longer la plage. Tout le monde y joue, des plus jeunes aux aînés. Le dimanche, à la télé, les matches se succèdent.» Religion cathodique et véritable art de vivre, le beach-volley unit les Brésiliens quand autour d’eux le chaos les déchire.

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A Rio, les deux joueuses ont puisé dans le sable de Copacabana des trésors d’énergie. «On a appris à bouger dedans, il n’est pas trop profond, il ressemble un peu à celui de Klagenfurt.» Paradoxe de ce sport né dans l’écume et qui s’est développé au cœur des villes et même des montagnes. «Gstaad est un peu mon stade mythique, mais Rio va le devenir», sourit la fille de Jean-Charles Vergé-Dépré, l’ancien joueur guadeloupéen du LUC, son préparateur physique aujourd’hui. Une jeune femme élancée et épanouie, élue l’an passé «plus belle joueuse de beach du circuit». «Ce titre ne vaut rien. Pour moi, il n’y a que le jeu qui compte, et les résultats», rétorque-t-elle. Le jeu et les Jeux!

Formé il y a quatre ans, le duo a mis une olympiade pour trouver son osmose et son équilibre. «Le beach est un sport individuel qui se joue à deux, se plaît à dire Anouk Vergé-Dépré, la bloqueuse. Pour réussir, on doit autant se comprendre soi-même que mutuellement.» Cette saison, cette philosophie a pleinement porté ses fruits avec un premier succès en World Tour à Xiamen et deux demi-finales à Rio et Fuzhou. «A Gstaad, ça s’est moins bien passé. On était encore en pleine préparation physique.»

Désormais, les deux partenaires sont à pied d’œuvre, face à un immense défi. «On va essayer de rester calme, de gérer l’événement sans tomber dans l’émotionnel», affirme Anouk Vergé-Dépré. «L’important, c’est de maintenir notre concentration, point après point», ajoute Isabelle Forrer, la physiothérapeute de 34 ans, pilier défensif du groupe. Mercredi, pour se mettre dans l’ambiance, prendre la mesure de ce stade XXL et préparer au mieux leur premier match nocturne (samedi à 23 h) contre les Chinoises Wang et Yue, elles se sont entraînées au crépuscule. Un match sans doute déjà décisif, qu’il vaudrait mieux pouvoir gagner afin de sortir indemne d’une poule où les attend une certaine Kerri Walsh-Jennings, triple championne olympique en titre!

«Ça va faire du bruit!»

«L’enceinte est immense, ça va faire du bruit, on aura sans doute du mal à communiquer. Mais on se connaît par cœur, on a appris à s’entraider, à développer notre sens tactique et technique, à s’adapter aux circonstances», confie Anouk Vergé-Dépré. Si elle n’a pas froid aux yeux, la Vaudoise sait que les Jeux seront show!

Créé: 04.08.2016, 22h50

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Nadine Zumkehr remercie Martin Laciga

A Rio, la tradition du beach helvétique sera bien respectée avec l’engagement d’une seconde paire féminine (Joana Heidrich et Nadine Zumkehr). Aujourd’hui consultant pour la DRS, Martin Laciga en est l’un des pères fondateurs. Dans les années 90, en compagnie de son frère Paul, le Bernois a joué les pionniers en osant le pari du beach. «Pour gagner, il faut prendre des risques. Pour moi, le beach avait plus d’avenir que le volleyball en salle», explique-t-il. Vice-champions du monde en 1999, les deux frangins ont surtout pris leur bâton de pèlerin. «On est venu ici, à Copacabana, pour s’imprégner de l’esprit du jeu. Ce n’est pas en Suisse qu’on allait pouvoir en découvrir toutes les subtilités. On n’apprend pas le ski au Brésil…»

Martin Laciga évoque Rio, là où le beach est né «même si les Californiens de Santa Monica se bagarrent pour s’en attribuer la paternité». Il se souvient de Jean-Charles Vergé-Dépré, l’un de ses premiers entraîneurs. Il imagine mal les cracks brésiliens, sevrés de titres olympiques, mordre le sable devant leur public. Il croit aux chances des beacheuses suisses car «le tournoi olympique réserve toujours une surprise».

A ses côtés, Nadine Zumkehr rêve les yeux ouverts. C’est à Ipanema, juste à côté, que la Bernoise, 3e des Européens 2009, a elle aussi ses racines. «J’ai appris le beach ici. Pour moi, c’est comme si la boucle était fermée. Ce tournoi m’inspire. Dès que j’entrerai sur le terrain, dès que je saisirai mon premier ballon, je n’aurais plus peur. Je n’aurai alors qu’une envie: tenter l’exploit comme tous les autres outsiders de la compétition.»

Reconnaissante, Nadine Zumkehr adresse un grand merci à Martin Laciga. «Sans lui, sans son initiative, on ne serait peut-être pas là. Il a réussi la prouesse d’introduire la culture du beach dans un pays qui n’a pas de plages et qui vit des mois en hiver!» P.B.

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