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Antoine Bellier et Johan Nikles goûtent aux vertus de l’exil

En 2018, les deux Genevois ont quitté leur ville pour l’étranger. Premier bilan d’un virage tennistique et humain.

Antoine Bellier (à g.) a choisi la méthode suédoise, alors que Johan Nikles poursuit sa progression dans l’académie de David Ferrer, à Jávea (Esp).
Antoine Bellier (à g.) a choisi la méthode suédoise, alors que Johan Nikles poursuit sa progression dans l’académie de David Ferrer, à Jávea (Esp).
Georges Cabrera/Laurent Crottet

Le premier est parti vers le nord dans le frimas des premiers jours de l’année. Le second a mis le cap au sud à la fin de l’été. En 2018, Antoine Bellier (22 ans) et Johan Nikles (21 ans) ont pris deux directions qui tracent un même voyage. Laisser Genève, son confort, ses repères affectifs, les vieilles habitudes et cette part d’enfance qui restait, pour vivre le tennis autrement. À Stockholm ou Jávea, les deux meilleurs joueurs genevois sont allés chercher cet ailleurs qui doit les rendre plus forts. Au cœur des Fêtes, entre deux moments en famille, ils nous ont raconté leur nouvelle vie.

«Après trois mois à louer des courts dans un club, l’académie a intégré son nouveau centre, explique Antoine Bellier (ATP 715, fin 2018). Il y a tout: les terrains, le fitness, un restaurant qui sert trois repas par jour et des chambres à l’étage. Je vis à 100% sur place; ce qui est très intéressant vu le coût de la vie à Stockholm.» Cette académie, c’est la «Good to Great», projet de Magnus Norman et de ses compères Niklas Kulti et Mikael Tillström.

Un discours ultrapositif

Même s’il n’y a passé que quarante jours au fil d’une saison pleine, l’ancien protégé de Sonny Kayombo (Country Club) a vite cerné les contours d’une méthode qui a séduit Stan Wawrinka et quelques autres cadors (Monfils, Sabalenka). «J’ai été frappé par le discours ultrapositif des coaches. J’ai même dû m’y habituer car j’aime assez me faire secouer. Eux sont à l’écoute, cherchent à nous responsabiliser. On définit ensemble un axe de travail puis chaque exercice vise à me renforcer dans la direction retenue. Petit à petit, j’ai l’impression d’être plus au clair avec ma filière de jeu, d’avoir gagné en certitudes.»

Autre pays, même lien direct avec le haut niveau. Comme Magnus Norman, David Ferrer a joué une finale de Grand Chelem. Et sans surprise, il supervise une académie à son image. «C’est ni très grand ni très moderne. Il y a six courts en terre, deux en dur et un club-house où on se retrouve pour boire le café. Ferrer a fait toute sa carrière ici, les coaches sont les mêmes. Les mots qui me viennent sont fidélité et simplicité. Personne n’essaie de te vendre un produit.»

La vie espagnole de Johan Nikles (ATP 534) se partage donc entre le club et l’appartement sur le port qu’il partage avec «son pote belge» du groupe «à haut rendement». La méthode? «Beaucoup de répétitions et d’intensité à la frappe, sourit celui qui avait suivi Antony Dupuis de Swiss Tennis au TC Genève. Mais j’ai aussi découvert un regard pointu techniquement; notamment en coup droit.» Et «Ferru», glisse-t-il quelques conseils entre deux sessions? «Un jour que je tapais avec lui, je courais pour ramasser les balles. Il m’a dit d’arrêter, de relâcher complètement entre les points. Cela résume bien le lieu. On est une famille, tout le monde est tranquille. Puis quand l’échange s’engage, ça arrache.»

«Je me connais mieux»

Le temps dira les effets sur le jeu de ces «transferts culturels». Ceux que l’exil produit sur l’humain sont plus immédiats. Plus profonds aussi. En chœur, les deux Genevois racontent un départ «serein» et un processus de responsabilisation déjà bien engagé au gré des voyages. La transformation est à chercher ailleurs, dans ce que le compétiteur cache d’intime. «Avec cette autre mentalité de travail, je voulais retrouver mes points forts historiques: le physique et le mental; tout en y ajoutant une dimension plus virile, explique Johan Nikles. En Suisse, si tu balances un «vamos» à l’entraînement, on va trouver que tu abuses. Là-bas, il n’y a que ça. Or la combativité appelle la combativité.»

Après douze mois, Antoine Bellier se dit pudiquement «différent». «C’est comme si je m’étais détaché: je fais ma vie. Je me connais mieux. J’ai compris par exemple que je pouvais être très émotif et qu’il m’était difficile de transformer ces ressentis en énergie positive pour mon tennis. Mais je suis content d’avoir trouvé des solutions. J’avance.»

Dans quelques heures, il sera temps de repartir. Vers une (fin de) préparation physique et, surtout, vers un nouveau «foyer» sain. «J’aime l’ouverture d’esprit des coaches, leur sens du dialogue, souligne Antoine Bellier. Le fait que Matthieu Amgwerd (ndlr: son coach d’appoint) vienne m’aider durant la préparation n’a posé aucun problème. Je sens leur confiance et j’y suis bien.»

«Le truc qui me plaît, c’est la chaleur humaine, lâche de son côté Johan Nikles. Le matin à 7 h 40, on se fait un câlin et on part courir. On est tous dans le même bateau. J’ai le sentiment d’être au bon endroit, dans mon projet.» Un projet au long cours qui avait besoin de grandir au large.

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