«L’ASF doit être dirigée par quelqu’un du monde amateur»

FootballCandidat de la base, Dominique Blanc ambitionne de devenir le patron du football suisse. Le Vaudois détaille ses motivations.

«La ligue amateur représente 99% des footballeurs de ce pays. C’est une base extrêmement solide de la pyramide, là où tout commence et où tout se passe.»

«La ligue amateur représente 99% des footballeurs de ce pays. C’est une base extrêmement solide de la pyramide, là où tout commence et où tout se passe.» Image: PATRICK MARTIN

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Deux Romands, deux Vaudois, briguent le fauteuil de président de l’Association suisse de football (ASF) occupé par Peter Gilliéron depuis 2009. Ancien patron du Lausanne-Sport, qu’il avait dirigé durant six saisons (jusqu’en 2013), Jean-François Collet a été le premier à sortir du bois en se lançant avec le soutien de la Swiss Football League dont il est le candidat officiel. Plébiscité à l’unanimité des treize associations régionales qu’il représente en tant que patron de la Ligue amateur (l’une des trois chambres composant l’ASF), Dominique Blanc vise à son tour la place de numéro un. Sa parfaite connaissance des rouages et un puissant soutien de la base en font aujourd’hui l’incontestable favori. La Première ligue devrait elle aussi rapidement désigner un candidat, qui pourrait également être romand. L’élection, elle, aura lieu le 18 mai à Berne, lors d’une assemblée des délégués très attendue.

Dominique Blanc, pourquoi vous lancez-vous dans la course à la succession de Peter Gilliéron?
C’est une manière d’aller au bout de mes idées, tout simplement. Le football a toujours incarné des valeurs qui me conviennent, en harmonie avec ce que je suis. C’est ma contribution sociale à des principes de tolérance, d’épanouissement et de partage auxquels j’adhère. Malgré ses débordements occasionnels, le football représente un facteur de paix, un ciment social de notre société. C’est aussi le moment de ma vie où je peux le plus lui apporter.

Vendredi passé, lors de votre investiture, vous avez profité du retrait de la candidature d’Urs Dickerhoh, représentant de la Suisse centrale.
Je souligne son altruisme, c’était lui ou moi. Même s’il avait toutes les compétences pour le faire, il a préféré se retirer pour que la Ligue amateur joue l’unité, qu’il y ait un bloc soudé derrière moi. On a la conviction que l’ASF doit être dirigée par quelqu’un qui vient du monde amateur. Je suis son fer de lance.

En tant que représentant de la base, votre poids est d’autant plus considérable.
La Ligue amateur représente 99% des footballeurs de ce pays. C’est une base extrêmement solide de la pyramide, là où tout commence et où tout se passe. La Suisse ne pourrait pas compter autant de joueurs au sommet de l’échelle si le football des régions n’était pas aussi développé. Le succès de l’équipe nationale passe par celui des clubs, surtout ceux ayant les plus petites structures.

Quand on se présente, c’est que l’on a un programme. Quel est le vôtre?
Oh, il n’y a pas de programme électoral. Ce n’est pas une élection politique à la Macron, c’est même tout le contraire! On connaît les gens, les actes qu’ils ont déjà faits… J’ai deux mots-clés: évolution et pas de révolution. Que voulez-vous changer dans ce qui fonctionne aussi bien? Il faudra déjà être très bon pour maintenir les niveaux actuels, chercher aussi les points d’excellence pour continuer à progresser.

On a volontiers tendance à opposer le monde amateur et l’univers des pros. Quel regard portez-vous sur cette confrontation des genres?
On a tort de vouloir opposer les différents étages de la pyramide. Les sections travaillent déjà très bien entre elles. Quand on prend des décisions, on cherche des consensus dans l’intérêt du football suisse. Parfois, c’est l’élite qui en profite, parfois, c’est le monde amateur qui en bénéficie.

L’élection du 18 mai risque de se résumer à un match entre Vaudois.
C’est une pure coïncidence. Je connais très bien Jean-François, il était président du LS lorsque j’étais à la Vaudoise.

Qu’est-ce qui vous différencie du candidat Collet?
Il a son style, j’ai le mien. Je suis un pur produit du football de base passé par tous les stades, possédant l’expérience de la complexité de la vie associative.

Concrètement, comment allez-vous mener campagne?
En œuvrant d’abord au sein de ma propre section. La Ligue amateur a la ferme volonté de consolider la pyramide du football suisse. La SFL (ndlr: regroupant les 20 clubs de Super et Challenge League) profite aussi des ressources que génère l’ASF. J’affinerai mon projet au courant du printemps.

Selon vous, quels sont les dossiers chauds qui attendent le futur président?
Sans doute ne prend-on pas encore assez en compte l’énorme contribution sociale du football au niveau politique. Aujourd’hui encore, des milliers de jeunes ne peuvent pas pratiquer ce sport en raison du manque d’infrastructures. Il arrive que des matches de juniors E doivent commencer le samedi à 8 h pour pouvoir caser tout le monde. Il importe aussi d’alléger au maximum le travail administratif des clubs afin que ceux-ci puissent se consacrer à la formation. Cela suppose aussi une meilleure reconnaissance du rôle des bénévoles si l’on sait que ce sont 51'000 personnes qui font vivre notre football.

Quel rôle attribuez-vous à l’équipe nationale?
L’équipe de Suisse appartient à toute la nation, elle agit comme un phare. Sur les dix émissions les plus regardées à la TV en 2018, on a sept fois la Suisse. Ce qui est arrivé lors de la Coupe du monde en Russie, c’est plus une affaire médiatique, résultant d’un gros couac en termes de communication. En restant elle-même extrêmement soudée, l’équipe a apporté sa propre réponse contre l’Islande et la Belgique. À l’ASF, on a cependant compris que la communication n’était plus adaptée à l’environnement actuel.

Suite au rapport Heusler (ndlr: audit de l’ASF) et aux recommandations de celui-ci, qu’en est-il de la nomination du team manager?
Le processus de nomination suit son cours, avec une cellule de recrutement de sept personnes. Dans un avenir proche, le département de l’équipe nationale n’aura plus qu’un seul chef à sa tête.

Vous mettez souvent en avant les vertus du football, mais celui-ci est aussi victime de ses dérives, y compris financières, non?
Que ce soit parfois l’attitude des parents dans les matches juniors, les insultes aux arbitres et autres incivilités, le football doit bien sûr également gérer les problèmes de la société, qu’il faut combattre avec conviction. Au sommet de l’échelle, il n’est pas normal qu’un joueur vaille 120 millions de francs ou plus. Cela n’a aucune mesure avec le sport, même si le football demeure le meilleur vecteur pour promouvoir un produit. Cela provoque ces folies insensées. Mais ce n’est pas l’image que l’on aimerait en donner.

À quoi ressemblerait la présidence de Dominique Blanc?
Entre idéalisme et pragmatisme, je voudrais incarner les valeurs d’un sport qui a été le fil rouge de mon existence. Il y a une belle vie sociale dans le football. À mes yeux, ce sont là des qualités supérieures. Le président central joue un grand rôle au niveau de la représentativité, il incarne l’association mais le vrai pouvoir appartient toujours aux sections. (24 heures)

Créé: 24.01.2019, 16h10

De la 4ème ligue aux arcanes du pouvoir

Habitant Lausanne où il est né voici 69 ans, Dominique Blanc a toujours servi la cause du football. Il a d’abord été un modeste joueur, sa carrière s’arrêtant en 4e ligue sous le maillot de l’Olympique Riponne (club aujourd’hui disparu), avant de se tourner vers l’arbitrage. «Une activité fantastique que j’ai adoré pratiquer. J’ai arbitré jusqu’en 1re ligue avant de devoir renoncer pour des raisons aussi bien familiales que professionnelles.» Membre de l’Association cantonale vaudoise (136 clubs) durant quinze ans, il en a été le président entre 2007 et 2015. Depuis bientôt quatre ans, il occupe le fauteuil de patron de la Ligue amateur à Muri (BE) et participe, en tant que tel, aux réunions du comité central de l’ASF dont il est déjà le vice-président. Entrepreneur actif dans la construction, Dominique Blanc a aussi enseigné les techniques de marketing. Il a deux grands enfants et est deux fois grand-papa. Il est membre du FC Bercher.

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