Les athlètes claqueront des dents, mais ils n’en mourront pas

JO 2018Le thermomètre s’est un peu adouci. Comme souvent aux Jeux, la calamité annoncée n’en est sans doute pas une.

Les biathlètes tentent de se protéger du froid ambiant, qui génère notamment des problèmes respiratoires.

Les biathlètes tentent de se protéger du froid ambiant, qui génère notamment des problèmes respiratoires. Image: REUTERS

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Est-ce là une tempête dans un verre de soju ? Ou une de ces calamités qui plombent souvent le ciel olympique alors même que les Jeux n’ont pas encore allumé leur flamme et qui partent en fumée plus vite qu’elles ne sont survenues? À PyeongChang, le froid polaire torture les corps et frappe les esprits. Un lugeur canadien, sorti de son hiver ontarien, a même parlé de cauchemar, «de froid qu’on a jamais vu». Ah! L’effroi. C’était en début de semaine. Digne d’un krach boursier, le thermomètre venait de plonger à -22 degrés. Enfer et glaciation! À La Brévine, on a pourtant connu pire…

Avant la magie des Jeux

Depuis, heureusement, la météo s’est un peu adoucie. Certes, ce n’est pas l’hiver indien comme celui de Sotchi, il y a quatre ans, qui avait mis la station balnéaire du Caucase en bras de chemise et les farteurs dans la panade. Le mercure se caille encore et lorsque le vent, venu de Sibérie, se déchaîne, seules les éoliennes qui dentellent les collines s’en donnent à cœur joie. Néanmoins, au vu des prévisions plus engageantes annoncées pour la semaine prochaine, on ne devrait pas battre le record olympique établi en 1994 à Lillehammer. Une cramine de derrière les fagots (-25 degrés de moyenne) qui avait donné l’impression à la biathlète française Corinne Niogre, citée par LCI. fr, d’«avaler des lames de rasoir».

Comme souvent déjà, on se serait donc affolé trop vite en peignant le diable Hiver sur la muraille, en redoutant des épreuves reportées ou faussées, en invoquant le dérèglement climatique. En fait, les Jeux olympiques n’ont pas leur pareil pour faire naître les pires craintes et en réchapper sitôt le rideau levé. Ainsi, Barcelone et ses installations inachevées, Pékin et sa pollution ou Rio et le virus Zika. Le règne du catastrophisme avant la magie des Jeux. Sous le ciel de Chine supposé impur, Samuel Wanjiru y avait même battu le record olympique du marathon. Et si le jeune Kényan est mort trois ans plus tard, c’est en chutant d’un balcon…

Retour en Corée du Sud, au bas des pistes de Yongpyong, éclaboussées de soleil. Skis sur l’épaule, Bruno Kernen y promène sa bonne humeur et ses bons présages. «Dimanche, les descendeurs ne devraient pas être incommodés par le froid. Il sera moins vif que ces derniers jours et l’épreuve n’excédera pas 1’40 de course», affirme le Bernois, champion du monde de la discipline en 1997 à Sestrières. Plus tard, en conférence de presse, Simon Ammann, le quadruple champion olympique de saut à skis, réglera l’affaire d’une formule lapidaire et drôle. «Moi je m’habillerai, en mettant des couches comme un oignon!»

Échauffement en intérieur

Au sein de la délégation helvétique, on ne minimise pas pour autant le phénomène. «On s’attendait à un froid extrême et on s’y est préparé», explique le Dr Patrik Noack, le chef du staff médical de Swiss Olympic. «À l’entraînement, les athlètes s’équipent en conséquence et s’échauffent si nécessaire à l’intérieur. Ces derniers jours, cela n’a pas empêché deux fondeurs de se plaindre de problèmes respiratoires. Dans ces cas-là, des inhalations salines et des traitements bronchodilatateurs sont prescrits, bien évidemment dans les limites autorisées par les règlements.»

Si, dans la fièvre de la compétition, le froid reste un adversaire à ne pas négliger, c’est bien plus vendredi soir, dans la ferveur glaciale (-10 degrés annoncés) de la cérémonie d’ouverture, que les risques d’hypothermie seront les plus importants. Trois heures à claquer des dents et à taper des pieds, quel stoïcisme! «On ne déconseillera pas à nos sportifs d’y assister, mais ils auront la possibilité d’attendre leur tour de piste au chaud et de ne pas s’éterniser dans le stade après leur passage», indique le Dr Patrik Noack. Pour les 35 000 spectateurs, ce sera une autre paire de manches. Un kit de «survie», avec couverture et chaufferettes pour les mains et les pieds, suffira-t-il à leur éviter la bronchite? Il faudrait peut-être aussi y ajouter une gourde de soju, cet alcool de riz ou de pomme de terre qui réchauffe les cœurs coréens.


De vieilles pompes qui peuvent mener loin

Chauffe qui peut! À Alpensia, tandis que Simon Ammann effectue ses premiers sauts d’entraînement, des militaires attaquent au chalumeau les sièges verglacés de la tribune. Mais rien – ni cet étonnant branle-bas de combat, ni les interrogations qui escortent sa sixième campagne olympique – n’est de nature à déconcentrer le quadruple médaillé d’or. Pas plus d’ailleurs que le vent qui pourrait chahuter le concours de samedi.

Son nouveau défi, inimaginable après son fiasco de Sotchi et sa terrifiante chute de Bischofshofen, il est prêt à le relever, à 36 ans, plus déterminé que jamais: «Il y a quatre ans, j’étais sûr à 99% d’avoir fait mes adieux aux Jeux. Je l’ai dit, mais heureusement que je l’ai oublié. C’est si bon d’être ici», s’exclame-t-il.

C’est certain, «Simi» a une idée derrière la tête. Il rit de se voir si «cool» après quelques résultats revigorants et un dernier stage de préparation convaincant à Sapporo. Pour cela, il s’est remis en question et il a bossé comme un fou. «Aujourd’hui, les sensations sont bonnes et l’envie est là. Vous savez, toutes les histoires, tu les écris toi-même. Je suis curieux de savoir où celle-ci peut m’emmener», dit-il.

Étonnamment, c’est avec ses anciennes chaussures, «celles qui ne pardonnent pas la moindre erreur», et non pas avec le nouveau modèle testé ces derniers temps, qu’il s’élancera dans l’inconnu.

C’est dans les vieilles marmites que l’on fait les meilleures soupes!

Créé: 07.02.2018, 22h48

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