Après un bain de foule, la Suisse vivra cachée

FootballLe Brésil - Suisse se préparera à l’abri des regards après un seul entraînement public. Explications avec Yann Sommer.

Shaqiri et les Suisses sont allés à la rencontre du public russe. Mais dès ce mercredi, ils se prépareront à huis-clos.

Shaqiri et les Suisses sont allés à la rencontre du public russe. Mais dès ce mercredi, ils se prépareront à huis-clos. Image: KEYSTONE

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Victoire de l’indiscrétion, triomphe de l’impudeur: le joueur de foot du XXIe siècle ne peut même plus parler normalement. Souvent, avant de s’adresser à un coéquipier, il aura mis sa main devant sa bouche, dans une contorsion risible pour masquer le mouvement de ses lèvres, des fois qu’on lirait dessus ses chuchotements. Conséquence désespérante d’une espionnite aiguë ou spectacle grotesque d’une paranoïa galopante? Sans doute un peu des deux. À l’heure où des logiciels dissèquent plans de jeu et intentions furtives, avec arrêt sur image, plus rien ne semble devoir échapper à l’inquisition technico-tactique. Alors puisqu’il faut tout savoir, il faut aussi tout cacher. Au stade du Torpedo, la Suisse fera comme tout le monde ou presque; enfin, elle fera comme toutes les équipes qui veulent signifier leur grand sérieux en se mettant à l’abri des regards.

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Ce mardi soir, le premier entraînement de la sélection helvétique était ouvert au public de Togliatti. Sympa. Ce sera le seul. Ensuite et jusqu’à dimanche, volets rabattus, rideaux tirés: on pourra bien sûr approcher le groupe brièvement, assister à la mise en jambes de quinze petites minutes en début de session, mais au-delà, rien. C’est à huis clos que la Suisse préparera son choc contre le quintuple champion du monde. Le huis clos, c’est la mode, c’est le paradoxe intégral du football moderne: il n’y a jamais eu autant de spectateurs, de téléspectateurs et de caméras pour scruter le terrain; il n’y a jamais eu autant de secrets autour de tout ce qui précède le moment sacré, le match, cet instant où tout redevient visible, lumineux, observable à nouveau.

Alors que montre ostensiblement une équipe dans son seul jour «ouvert»? Comme la Suisse ce mardi soir, comme le Brésil qui fonctionne de la même manière. Et que dissimulent ces deux sélections et les autres le reste de la semaine? À défaut de lever le voile, on peut au moins expliquer pourquoi il est tendu et ce qu’il doit soustraire à la vue.

Logique: tactique et choix

Divulguer le moins d’information possible au futur adversaire, c’est déjà lui mettre des bâtons dans les roues. On ne sait pas si cela empêchera le Brésil de tourner rond, mais au moins ne faut-il pas lui faciliter la tâche. Yann Sommer, celui qui devra bloquer les assauts auriverde, explique clairement pourquoi il faut s’entraîner à huis clos.

«C’est génial d’avoir du public qui assiste à un entraînement, lance le portier No 1. Mais on ne peut pas tout montrer. Il y a les balles arrêtées, que nous préparons, il y a aussi la mise en place tactique de l’équipe. C’est important de garder ces infos pour nous. Et puis si l’on prépare une surprise aux Brésiliens, c’est mieux s’il n’y a pas d’espion, non?» C’est vrai, c’est mieux.

Le Brésil ne saurait-il donc pas comment Vladimir Petkovic va articuler la Suisse dimanche? Pour dire vrai, à moins d’une grande surprise, il n’y a qu’une interrogation: qui sur le flanc gauche, devant Rodriguez? Zuber ou Embolo? À moins que le «Mister» ne tente d’autres aménagements. En réalité, les entraînements à huis clos sont aussi utiles pour d’autres raisons. Pas de bruits, pas de cris: juste les paroles du sélectionneur, du staff et la nécessité d’être à la hauteur.

Pour la concentration aussi

«C’est une Coupe du monde, c’est différent du quotidien en club, assure Sommer. À Mönchengladbach, les entraînements sont souvent ouverts. Mais en sélection, ce n’est plus la même chose et je le comprends. C’était bien de voir les gens et les gamins de Togliatti pour notre première sortie. Mais nous avons aussi besoin de la perfection dans notre préparation, sur le plan de la sérénité et de la concentration.»

Les curieux ont donc vu un bref échauffement, des cinq contre un et deux petites oppositions dans lesquelles Vladimir Petkovic avait soigneusement mélangé les duos pour ne rien laisser transparaître. Ils seront repartis avec quelques ballons distribués dans la tribune ouverte au public. Mais ils n’en sauront pas plus sur la tactique et les choix suisses que le journaliste brésilien qui s’est hésité à demander comment la Suisse allait s’y prendre pour battre la Seleção. Yann Sommer, inflexible, a répondu avec un grand sourire: «Je ne vais pas trahir le secret…» Non mais!


À la cote de popularité, Shaqiri devance de peu Xhaka

En Suisse comme à Togliatti, Shaqiri emporte les suffrages: quand il s’agit de crier son nom et de s’agglutiner contre un grillage pour récolter un autographe, c’est toujours le lutin de la sélection qui coiffe son monde au poteau.

Mais attention. Xhaka n’est pas loin derrière. Son jeu est sans doute moins spectaculaire, mais le brave Granit a l’avantage d’être à Arsenal et d’avoir su s’y imposer brillamment. Bon, si Shaqiri devait prendre la direction de Liverpool ou d’un autre club de grande envergure et s’y imposer, il se mettrait à nouveau à l’abri de son coéquipier.

À tout prendre, les deux compères pourraient s’entendre pour gonfler la cote de popularité de tout le groupe suisse. Tiens: il suffirait d’un exploit dimanche contre le Brésil pour que cette Suisse qui a belle allure élargisse le nombre de ses supporters.

C’est en tout cas le vœu le plus cher d’Alex Miescher, secrétaire général de l’ASF et chef de mission en Russie. Il est conscient du potentiel des internationaux et a même pensé à l’exploit réalisé en 2010, quand la Suisse avait battu l’Espagne lors du match d’ouverture. «Les joueurs qui étaient en Afrique du Sud savent que l’exploit est possible, a-t-il rappelé. Et ils ont appris qu’un Mondial se prolongeait au-delà du premier match quel que soit son résultat.» Une belle formule, qui autorise toutes les interprétations.

Il faudra attendre dimanche et le choc de Rostov-sur-le-Don pour affiner la formulation. Quel que soit le résultat, donc. D.V.

(24 heures)

Créé: 12.06.2018, 22h23

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