«Le Bec des Rosses est vivant»

FreerideCinq fois vainqueur de l’Xtreme, l’Américain Steve Klassen livre quelques clés et secrets de la mythique face.

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«Je suis dans le portillon de départ. Le temps d’apprécier la vue sur le Mont-Blanc et le Cervin, je serre mes fixations d’un cran supplémentaire de manière à avoir davantage de pression sur mes pieds, à me mettre tout de suite dans le bain et à être le plus fluide possible. Avant de m’élancer, je pense à l’amour; celui que je porte à mes amis et à ma famille. Ce sentiment de bonheur m’aide à libérer mon esprit pour ensuite avoir l’impression de planer comme un oiseau. Je prends une profonde respiration; en fait je me concentre surtout pour ne pas la retenir, et j’y vais.» Du sommet du Bec des Rosses, qui culmine à 3223 mètres d’altitude, Steve Klassen reproduira la même routine, demain, au moment de prendre le départ de la vingtième édition de l’Xtreme de Verbier. Le Californien de 50 ans, désormais retiré du Freeride World Tour mais invité chaque année par l’organisation, s’est imposé à cinq reprises sur la mythique face valaisanne. Présent depuis le début, en 1996, il l’a ridée dix-huit fois en compétition, une trentaine au total. Qui pourrait mieux que lui nous livrer quelques clés et secrets de cette montagne?

«La plupart des riders savent exactement ce qu’ils vont faire. C’était mon cas il y a quinze ans, j’ai changé de stratégie depuis.»
Steve Klassen, Freerider américain

Plus de six cents mètres de dénivellation, une pente dont l’inclinaison oscille entre 45 et 55 degrés, et une multitude de rochers. Le Bec des Rosses est impressionnant. Même pour un snowboardeur aussi expérimenté que l’est Steve Klassen. «On ne peut pas se débarrasser des émotions qui nous envahissent au sommet, même vingt ans après, admet-il. Sur cette face, je ne me sens pas mieux qu’en 1996. Comme je manque de compétition et que je commence à me faire vieux (ndlr: il se marre), j’opte pour le «Dogleg Couloir» (ndlr: en rouge sur l’infographie), sans passer par la zone du cœur. Cette ligne m’est plus familière, elle ressemble davantage à ma montagne, chez moi, en Californie à Mammoth. Et puis elle est moins exigeante, moins dangereuse que le couloir central.»

«Sur les premiers mètres, j’essaie de conserver au maximum mon énergie dans les virages. Mon premier saut arrive, je me remémore d’où je dois le prendre et, à partir de là, tout s’enchaîne. Tout peut très vite mal tourner aussi», explique l’Américain.

«Je m’y suis déjà perdu»

L’importance de l’inspection de la face, réalisée 24 heures plus tôt depuis le col des Gentianes – en face du Bec des Rosses – à l’aide de jumelles, prend son sens. Retraité du circuit mondial, Steve Klassen a d’ailleurs désormais pour habitude de venir quelques jours à l’avance à Verbier, et de passer plusieurs heures à analyser sa ligne.

«La plupart des riders savent exactement ce qu’ils vont faire le jour de la compétition, continue le Californien. C’était mon cas il y a quinze ans, j’ai changé de stratégie depuis. J’ai mon idée de base, mais d’autres options interviennent en cours de descente. Elles dépendent de ma vitesse, de la manière dont j’aborde les différentes barres rocheuses et dont je les réceptionne. Parfois, on ramasse beaucoup de neige au visage en atterrissant et on ne voit plus grand-chose. Il faut être capable de rapidement retrouver les repères qu’on a pris lors de l’inspection, car tout va très vite. Ça m’est déjà arrivé de me perdre sur le Bec des Rosses. Dans un cas comme celui-là, on hésite, on perd en vitesse, en fluidité, et la victoire s’envole.»

Respecter la montagne

Pour Steve Klassen, on ne peut pas gagner sans respecter la montagne. «C’est la formule magique. On doit s’y montrer humble, l’aborder avec camaraderie et avec de l’amour pour la nature. Le Bec des Rosses fait partie de ma vie depuis vingt ans, il s’y est passé tellement de choses pour moi: des hauts, des bas, du bonheur avec les succès, des malheurs avec notamment une luxation de la hanche il y a quelques années. Cette montagne est vivante, elle décide de qui peut réussir et de qui doit être puni. Il y a un côté spirituel inexplicable mais puissant, une connexion unique entre elle et ses visiteurs. L’édition où je me suis blessé, je l’ai mérité: j’avais oublié la notion de respect, je ne ridais pas avec la bonne énergie. Ça m’a servi de leçon. Quand je repense à mes victoires, en revanche, je me dis que je suis chanceux. C’est le plus bel endroit pour gagner. Et ça rend accroc.» (24 heures)

Créé: 26.03.2015, 20h43

Steve Klassen. (Image: DR)

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