Elle brûle du même feu intérieur que Jürgen Klopp

FootballMartina Voss-Tecklenburg, ex-sélectionneuse de la Suisse, transcende les Allemandes. Dans le même registre que le coach de Liverpool.

Martina Voss-Tecklenburg, un mimétisme étonnant avec Jürgen Klopp.

Martina Voss-Tecklenburg, un mimétisme étonnant avec Jürgen Klopp. Image: REUTERS

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Martina Voss-Tecklenburg a transformé une équipe éliminée en quarts de finale du dernier Euro, secouée par un changement de génération et fragilisée par la blessure de sa joueuse vedette (Dzsenifer Marozsan) en équipe vainqueur de ses trois matches de groupe au Mondial féminin sans encaisser le moindre but. Il fallait commencer par y croire et nul doute que la coach allemande y croyait, elle qui porte chacun de ses projets avec la même détermination et la même capacité de persuasion que son bouillant compatriote de Liverpool, Jürgen Klopp. «J’ai vu un court reportage à son sujet sur ZDF avant la finale de la Ligue des champions remportée contre Tottenham, a-t-elle expliqué dans les colonnes de la «Frankfurter Allgemeine» en ouverture de tournoi. Quand je l’ai entendu prononcer toutes ses phrases, j’ai regardé mon mari et lui ai dit: «Je pourrais tenir le même discours.» […] Sa façon de se comporter avec ses joueurs, d’investir en eux, de travailler, et de dire qu’il ne fait pas tout ceci par obligation mais parce qu’il est ainsi, eh bien, c’est exactement ce que je ressentais.»

Inconnue du public

L’ancienne grande dame de l’équipe de Suisse, qui a élevé les Helvètes au football pendant sept ans, brûle du même feu intérieur que son compatriote des Reds, même si les flammes sont plus contenues. Lundi soir contre l’Afrique du Sud, à Montpellier (4-0), Klopp aurait hurlé et gesticulé face au triste spectacle des doubles championnes du monde en première mi-temps. Voss-Tecklenburg, dont une caméra de télévision a figé la mine contrariée, a opté pour une approche moins frontale mais tout aussi efficace en envoyant trois joueuses à l’échauffement. On ne disputait pourtant que la 31e minute et les Allemandes menaient déjà 2-0, mais il y a chez les deux grands entraîneurs la même exigence de qualité dans le contenu.

Voici la Nationalmannschaft en huitièmes de finale de la Coupe du monde en France (elle affrontera samedi un adversaire encore à déterminer) et dans une moitié de tableau avec une vue dégagée que ne viennent gâcher ni les Américaines, ni les Anglaises, ni les Françaises. Martina Voss-Tecklenburg peut viser loin, surtout qu’elle trouve son équipe «meilleure à chaque match». Bientôt ses supporters apprendront à la connaître, parce que sa popularité n’est pas encore faite, du moins pas auprès des fans allemands que nous avons rencontrés avant le dernier match de groupe à Montpellier. Aucun d’eux n’était capable de nous dresser le portrait de leur entraîneur, à tout le moins de situer ses origines. «Parce que le public ne la connaît pas vraiment. Peu de gens chez nous regardent le foot féminin», avoue Maximilian, venu de Munich pour faire mentir les statistiques.

«Martina, moi, je la connais bien», oppose Björn, qui est bien placé pour détenir des informations sur la technicienne de 51 ans. D’abord parce qu’il est journaliste; ensuite parce que, «comme elle», il est originaire de Duisbourg. «Et je peux vous assurer que là-bas tout le monde sait qui elle est», poursuit-il, admiratif du travail et de la personnalité de sa voisine. «Elle est ouverte d’esprit, sympa et sait se comporter face aux médias. C’est agréable de travailler avec elle.» Revient ensuite ce rapprochement avec Jürgen Klopp: «Elle me fait penser à lui car, comme lui, elle est moderne, introduit de nouveaux systèmes de jeu et échange beaucoup avec son groupe, dresse l’envoyé spécial du groupe de médias allemand Funke. D’ailleurs, Voss-Tecklenburg s’est rendue à Dortmund en 2011 pour apprendre aux côtés de Klopp.»

Pionnière de la discipline

Même si elle est moins populaire et moins riche de trophées que Jürgen Klopp, Martina Voss-Tecklenburg bénéficie chez les femmes de la même crédibilité que «Kloppo» chez les hommes. Pionnière de la discipline dans son pays, vice-championne du monde et quadruple championne d’Europe, la dame aux 125 sélections, élue deux fois joueuse de l’année en Allemagne, «a déjà marqué et transformé le football sur le terrain», souligne l’envoyée spéciale de la «Suddeutsche Zeitung», Anna Dreher, estimant ainsi que Voss-Tecklenburg était la candidate idéale pour reprendre la sélection en novembre 2018. «Elle aurait même dû venir plus tôt, glisse le journaliste Björn Goldmann, cité précédemment. Les gens n’ont pas vraiment compris quand Steffi Jones a été choisie en 2016, car elle manquait d’expérience.»

Beau mariage en Suisse

Son expérience, Voss-Tecklenburg l’a polie chez nous, dans ce qui restera comme un très beau mariage entre une coach et une équipe toutes deux en devenir. La Duisbourgeoise s’est faite aux spécificités du métier de sélectionneur, bien différentes de celles de technicien en club, tandis que la Suisse a pu disputer pour la première fois de son histoire une Coupe du monde (en 2015 au Canada) et un Euro (en 2017 aux Pays-Bas). Surtout, notre équipe nationale a acquis une culture du jeu, passant de quatre à sept entraînements hebdomadaires, puis de la gagne. «Elle a su nous inculquer une mentalité de gagnantes, nous disait Caroline Abbé (ex-capitaine de la Nati) la saison dernière. Nous, les Suisses, on se connaît: on n’est pas forcément très sûrs de nous. Mais Martina a réussi à nous faire prendre conscience de nos capacités dès son arrivée.»

C’est sans doute le message qu’elle a aussi délivré dans ce vestiaire allemand durement éprouvé par les mésaventures ces deux dernières années. Martina Voss-Tecklenburg a désormais jusqu’en 2021 au moins (si son contrat n’est pas prolongé avant) pour rendre ses joueuses invincibles, bousculer les favorites dans la course au titre mondial et donner à son nom l’écho qu’il mérite dans son pays.

Créé: 18.06.2019, 19h34

Bio express

Née

le 22 décembre 1967, à Duisbourg.

Carrière de joueuse:

125 sélections en équipe d’Allemagne (27 buts) entre 1984 et 2000, quatre fois championne d’Europe (1989, 1991, 1995 et 1997) et vice-championne du monde (1995). Six fois championne d’Allemagne avec Duisbourg et Siegen.

Carrière de coach:

Coach fédérale DFB Bas-Rhin entre 1999 et 2008. Vainqueur de la Coupe nationale en 2009 et en 2010 ainsi que de l’UEFA Womens Cup 2009 avec Duisbourg. Coach d’Iena en 2011 et en 2012. Sélectionneuse de l’équipe de Suisse et directrice de la Football Academy de l’ASF entre 2012 et 2018, puis sélectionneuse de l’Allemagne dès 2018.

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