Quand Bruno Kernen revient à Wengen, son cœur bat plus fort

Ski alpinPour un Helvète, le Lauberhorn est la course qu’il veut un jour épingler. Treize ans plus tard, le Bernois s’en souvient très bien…

Bruno Kernen n’a pas oublié ses larmes dans l’aire d’arrivée de la descente du Lauberhorn à Wengen, en 2003. Son nom clignotait en vert tout en haut sur le tableau d’affichage…

Bruno Kernen n’a pas oublié ses larmes dans l’aire d’arrivée de la descente du Lauberhorn à Wengen, en 2003. Son nom clignotait en vert tout en haut sur le tableau d’affichage… Image: Keystone

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Quand il est arrivé, mardi soir, sur ce quai de gare de Lauterbrunnen, qu’il est monté dans ce petit train d’une autre époque, c’est comme s’il s’était retrouvé, tout à coup, dans une machine à remonter le temps. Son cœur s’est mis à battre un peu plus fort que d’habitude. A chaque fois qu’il s’assied dans ce tortillard en direction de Wengen c’est la même rengaine, un film en couleur plein d’émotions qui défile au ralenti. Dans sa tête, il y a tant de souvenirs qui ressurgissent…

Bruno Kernen n’a pas oublié ses larmes dans cette aire d’arrivée, en 2003, avec ce panorama si unique autour de lui et tout ce monde en joie totalement acquis à sa cause. Son nom clignotait enfin en vert tout en haut sur le tableau d’affichage…

Toujours très spécial

C’est le rêve de tous les skieurs suisses de vivre ce sentiment un jour. Lorsque se dresse devant eux cette majestueuse partie de l’Eiger, difficile de rester insensible à son indéfinissable charme. Lorsqu’ils ferment les yeux, ils font tous de ce Lauberhorn leur Himalaya, ce sommet à gravir, un rêve d’enfant. Comme Patrick Küng en 2014, Beat Feuz en 2012, Carlo Janka en 2010, Didier Défago en 2009, comme tant d’autres avant. Au fil des années, de cette légende qui continue de s’écrire, ils aiment tant se faire toute une montagne de cette piste si mythique: le Hundschopf, la Minschkante, ce tracé racé, où les cuisses brûlent, où l’athlète est en feu, avec plus de 4 minutes d’effort. Unique au monde.

Cette proie, ce labyrinthe, a en revanche toujours été une obsession pour Didier Cuche, Pirmin Zurbriggen ou Bernhard Russi. Eux l’ont longtemps caressée, avec doigté, mais cette charmante Dame blanche a toujours repoussé leurs avances.

Le coup de foudre

Bruno Kernen se souvient encore très bien de ce fameux coup de foudre de 2003. Il plonge dans le vide, la tête la première dans cette descente hors du commun, qu’il déguste encore aujourd’hui comme un fruit de la passion, avec une caméra en main pour votre télévision. «Il y a eu ma victoire, c’est clair, mais il y a aussi tout le reste, des chutes spectaculaires aussi en 1997 et en 2005. J’ai également passé le cap de la nouvelle année dans cet endroit tellement particulier pour un Bernois ou un Helvète. C’est toujours un plaisir rencontrer tous ces gens que je connais dans cette région qui est la mienne, raconte l’Oberlandais de 43 ans, qui n’a jamais cessé d’apprécier de s’élancer dans ce grand classique du cirque blanc dont c’est, cette année, la 86e édition. Quand débarque la Patrouille suisse le samedi dans le ciel c’est toujours très spécial…»

C’est également à cet endroit émotionnellement si fort pour lui qu’il avait fait ses adieux au milieu il y a neuf ans déjà…

«Quand j’avais 14 ans, notre professeur à l’école nous avait demandé d’écrire quelles étaient nos trois professions de rêve, poursuit Bruno. J’avais répondu pilote d’hélicoptère, acteur de cinéma ou skieur. Je voulais remporter de l’or aux Mondiaux et aux Jeux olympiques mais aussi gagner à Wengen et à Kitzbühel. J’ai finalement réalisé deux de mes rêves», sourit le champion du monde de descente de Sestrières de 1997.

Il était trop vieux…

En s’imposant six ans plus tard à Wengen après une longue période de disette, le consultant avait répondu à sa manière à tous ces gens bien-pensants qui estimaient qu’il était trop vieux, qu’il devait laisser sa place aux jeunes. «C’est marrant, dans mon for intérieur j’ai toujours su qu’un jour je reviendrais au sommet», ajoute aujourd’hui ce père d’un petit hockeyeur de 8 ans qui explique que pour dompter le Lauberhorn «tu dois être rapide partout, dès les premiers virages».

Un an après le triomphe d’Hannes Reichelt devant trois de nos compatriotes (Feuz, Janka et Küng), Bruno Kernen dresse le portrait-robot du vainqueur de ce samedi. «Ici plus qu’ailleurs tu dois être fort dans la tête pour dépasser tes limites, tu dois être au top physiquement et avoir énormément de courage, encore plus qu’une autre descente. Il n’y a qu’un coureur complet, qui possède un bon matériel, qui peut s’imposer ici.»

Quand Carlo Janka est monté, mardi soir, dans le train pour Wengen, le cœur du vainqueur du super-combiné de l’an dernier s’est mis à battre un peu plus fort que d’habitude…


Carlo Janka aussi...

Depuis le début de l’hiver, aucun Suisse n’a encore été flashé pour un excès de vitesse en descente. Ils sont loin derrière le roi Svindal et sa cour. Seul Carlo Janka a limité la… classe avec un cinquième rang à Beaver Creek. Reste qu’à chaque fois qu’il revient dans l’Oberland, il n’y a pas que ses yeux qui se remettent à briller.

«Je me réjouis d’être ici», s’est enflammé «Iceman» avant de confier qu’il ignore pourquoi il est toujours rapide sur ce Lauberhorn qu’il affectionne tant. Victorieux en 2010 et troisième l’an passé en descente après avoir épinglé le super-combiné, le Grison pourrait redonner des couleurs à un ski suisse masculin qui n’a toujours pas fêté un podium cette saison. «Tout le monde est conscient que Carlo, qui a remporté le général, est un skieur exceptionnel, lâche Bruno Kernen. Il a tout ce qu’il faut pour être devant. Il évoque des problèmes de glisse pour expliquer son début moyen. Mais avec ce qu’il a vécu ici il ne peut que retrouver son niveau. A lui d’oublier ses soucis de matériel, ses skis vont vite, ce n’est pas ça le problème. En plus, il n’y a pratiquement pas de plat au Lauberhorn. C’est dans la tête. Je suis certain qu’il va réaliser son meilleur résultat de l’hiver, reste à savoir à quelle place.»

Le Bernois ne cache pas qu’il est prêt aussi à mettre une pièce sur Beat Feuz, victorieux en 2012 à Wengen. «S’il n’a pas de douleur au départ, avec son matériel et son expérience, tout est possible avec lui!» Blessé à un tendon d’Achille début septembre au Chili, le vice-champion du monde de descente décidera demain s’il effectue son retour samedi. Ou pas…

C.MA.

Créé: 13.01.2016, 22h10

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Optimisme

«Si on s’était élancé, nous aurions pu abîmer la piste!» Pour le Français Guillermo Fayed, l’un des favoris de la descente de ce samedi, il était logique que l’entraînement de mercredi ait été annulé. Avec la neige fraîche tombée dans la nuit de mardi à mercredi, le Lauberhorn a eu besoin d’un peu plus de temps pour se préparer. Si le haut du parcours a été jugé dans un bon état, le revêtement était trop mou sur la partie inférieure. Selon les organisateurs, le super-combiné de ce vendredi, l’épreuve reine du lendemain et le slalom de dimanche ne sont pas en danger dans la mesure où des températures plus hivernales sont annoncées ces prochains jours. La séance chronométrée de ce jeudi, indispensable pour que la course ait lieu, a été avancée d’une heure (à 11h30). C.MA

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