«C’est moi qui suis redevable au volley et au LUC et non l’inverse»

VolleyballGeorges-André Carrel est sur le point de refermer un chapitre de vie de plus de quarante ans. Souvenirs et sentiment.

L'altruiste Georges-André Carrel a une générosité immense.

L'altruiste Georges-André Carrel a une générosité immense. Image: Odile Meylan

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Qu’est-ce qui impressionne le plus chez Georges-André Carrel? La profondeur de son propos? Son sourire lumineux et son regard pétillant? L’expression de sa passion? La formidable énergie positive qu’il dégage? Tout cela sans doute. Et bien davantage encore. Après quarante-deux ans d’histoire commune avec le LUC, l’emblématique entraîneur, âgé de 68 ans, s’apprête à tirer sa révérence. Avec sept titres de champion et cinq coupes de Suisse en poche. «Dans notre poche», s’empresse de préciser l’intéressé. La nuance est d’importance. Elle souligne les valeurs qui l’animent et qu’ils revendiquent.

Au moment de fouiller dans sa mémoire et de restituer son souvenir le plus marquant, Georges-André Carrel remonte à la saison 1982-1983. «J’étais alors joueur entraîneur. Mon père était décédé six mois auparavant. Ma mère était là, sur le parquet, pour la première fois. Les rires viennent toujours après les larmes, la joie succède toujours à la tristesse. Nous avons effectué le voyage retour de Zurich – nous avions joué contre Volero – dans le wagon-restaurant. Le fendant Les Murettes et la Dôle des Monts nous ont accompagnés. Le trajet a dépassé tout ce qu’un homme heureux peut espérer.»

Cet épicurien, comme il se désigne lui-même, a un appétit de vivre dont il se fait volontiers l’écho. Il nourrit quand même un regret. «Je suis né en 1948, une mauvaise année pour les vins alors que 1947 et 1949 ont réservé de grands millésimes. Ouvrir une bouteille, c’est parler à l’autre.»

Georges-André Carrel dit prendre congé sans amertume ni aigreur. «Dès le début de la saison, j’ai dit que j’arrêterais d’entraîner le LUC. J’ai toujours envie d’entraîner, de rencontrer, de transmettre, de tisser des liens. Mais une autre partie de moi m’invite à m’interroger. L’environnement du LUC est-il toujours le lieu idéal pour me permettre de réaliser mon dessein et pour mes joueurs de se réaliser? Le regard extérieur me dit non. Il faut savoir écouter les silences. Je sens qu’il y a moins d’adhésion à ma culture d’entraînement, à mes valeurs. Tout ça s’inscrit dans l’ordre des choses comme on dit. Et puis le jeune d’aujourd’hui aime trois personnes: lui, lui et lui. L’objectif individuel surpasse l’objectif collectif qui doit être partagé. On ne peut mesurer tout ce que l’autre peut amener que si on lui laisse une vraie place.»

Georges-André Carrel s’en va-t-il quand même avec un sentiment de tristesse diffuse? «Non. Le volley ne me doit rien. Le LUC non plus. Le sport et les gens m’ont beaucoup donné. C’est moi qui leur suis redevable.» Et maintenant? «Je vais m’accorder trois semaines de vacances en Espagne. J’ai besoin de respirer. De me remplir de sourires et de soleil pour prendre les bonnes décisions. Je suis chrétien. J’ai une force en moi. Je l’ai développée mais elle ne m’appartient pas. Chaque soir, à l’entraînement, je me présente comme un homme neuf. Seul le futur m’intéresse.»

Des outils pour s’épanouir

Notre interlocuteur s’accorde un répit avant d’ajouter: «Certains imaginent qu’il faut être taré pour faire 42 ans de passes, de manchettes, de contres, de réceptions. Si le volley ne se résumait qu’à des gestes techniques, j’acquiescerais. Mais ce serait oublier qu’il offre des outils qui permettent à l’homme de se connaître, de s’épanouir.»

S’il fallait une preuve que la passion et l’enthousiasme de Georges-André Carrel sont intacts, on vous relaie cette anecdote tirée au gré d’une discussion à bâtons rompus: «Je me refuse à dire et à croire que tous les champions sont dopés. L’an passé, je suis allé à Rio. Dans ma valise, j’ai glissé des shorts et des pantalons courts pour voir les Jeux avec un regard d’enfant, rempli d’émotions, d’envie de me laisser emporter par la beauté des gestes.»

Volleyeur du siècle, Karch Kiraly assurait qu’un entraîneur vraiment bon doit savoir raconter le volley. L’histoire ne dit pas si l’Américain avait une pensée émue pour Georges-André Carrel?

(24 heures)

Créé: 20.04.2017, 21h44

Infos

LNA. Play-off pour la 3e place (au meilleur des trois matches). Le LUC est mené 1-0 dans la série. Samedi: 17 h: Shönenwerd - LUC. Eventuellement, dimanche: 16 h Shönenwerd - LUC.

Les petites phrases qui guident l'action de Carrel

Si tu peux le rêver, tu peux le faire. Walt Disney

Ce qu’il y a de formidable dans le jeu, c’est qu’il force les hommes à se regarder. Auteur inconnu

Passer, c’est inscrire dans la réalité ludique la vérité du dialogue avec autrui. Jean-Claude Piguet, professeur de philosophie

Vision, passion, discipline et conscience dirigent le monde. Stephen Covey, auteur et conférencier américain

Une équipe ne doit pas être la somme des individus qui la composent. Albert Jacquard, essayiste français

Il ne faut pas viser l’excellence mais créer un environnement favorable à la réussite. Dominique Arlettaz, ancien recteur de l’UNIL

Un dialogue n’est pas un bavardage, même aimable. Chacun parle et écoute à son tour. Cela signifie qu’il faut laisser aux autres le temps de parler et aussi de ne pas nous défiler lorsque vient notre tour de parler. Jean-François Malherbe, écrivain

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