Et si c’était lui, le vrai «Tour du renouveau»?

CyclismeLe Tour de France, avec son scénario fou, son beau vainqueur Bernal et son absence de scandale dopant, est à marquer d’une pierre blanche.

Coureur avec plus d’une corde à son arc, le Colombien Egan Bernal a triomphé d’un Tour de France qui pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère.

Coureur avec plus d’une corde à son arc, le Colombien Egan Bernal a triomphé d’un Tour de France qui pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère. Image: Reuters/Gonzalo Fuentes

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Egan Bernal, gamin de la terre et de la montagne, radieux dimanche soir dans son maillot jaune au pied de l’arc de triomphe de l’Étoile. Cela fait beaucoup de grands mots dans la même phrase, mais ce Tour de France et son vainqueur méritent un joli clap de fin. Deuxième salve: premier Colombien de l’histoire à l’emporter, le coureur d’Ineos incarne à la perfection le héros d’un film splendide, dramatique, haletant jusqu’au bout. À 22 ans et demi, il devient le plus jeune vainqueur de l’épreuve depuis plus d’un siècle – seuls Henri Cornet (1904) et François Faber (1909) le devancent à ce classement.

Egan Bernal, de nature «humble et taciturne comme presque tous les coureurs colombiens, parce qu’ils viennent de la campagne» (dixit Luis Alfredo Castro, le reporter de Radio Caracol, au bord des larmes), va devoir apprendre à vivre avec la lumière; en attendant, il la distille. Son image magnifie ses dons de grimpeur, aiguisés sur cette pente de 23 km au Monte Pacho. Juste au-dessus de Zipaquira, sa ville natale (2650 m). L’altitude où tout a basculé, vendredi lors de cette étape dantesque, quand son envolée dans l’Iseran fut interrompue par le ciel et lui consacré par la tempête. Une heure après, sa compagne, Xiomy Guerrero, pleurait dans ses bras, et lui aussi face aux micros, regard vide et bonheur palpable, serrant son petit lion jaune en peluche. Et puis son père, Germán, lui a dessiné une croix sur la poitrine.

Une ère plus respirable

Année bénie pour la Grande Boucle! Un truc qui donne envie de rêver, en ce 20e anniversaire du «Tour du renouveau» post-affaire Festina, à un cyclisme autre, une ère plus respirable et dorée. Terminées, les années plombées par les jougs de Miguel Indurain (1991-1995) et Lance Armstrong (1999-2005). Même la domination outrancière du team Sky, devenu Ineos (sept victoires lors des huit dernières éditions, avec quatre coureurs différents), a paru moins nette, malgré le doublé Egan Bernal - Geraint Thomas. Il y a un côté rassurant à voir la peine qu’ils ont eue à contenir la folie fougueuse de Julian Alaphilippe.

Le Français de 27 ans a semé un sacré souk. Grand animateur, il a dynamité la logique de la course, électrisé un Hexagone sevré de victoire depuis 1985. Alaphilippe Ier a fini 5e et lessivé. Son dauphin dans les cœurs de France, Thibaut Pinot, a joué le héros malheureux, déchirant, l’homme qui fait croire à l’impossible avant que sa cuisse gauche ne lâche au moment décisif – «Non, Thibaut, pas ça, pas maintenant…»

Du sang et des larmes. Une apothéose et des drames. Le Tour presque parfait, comme placé sous le signe de l’immaculée contraception. Pas d’enfant dans le dos de la morale, presque pas de soupçons. Zéro scandale de dopage, nulle fuite, aucune perquisition, y compris lors des deux jours de repos – il fut un temps où c’était la tradition. D’accord, Ineos continue à gagner. Mais la marge s’est réduite. Ça rassure. Certes, Julian Alaphilippe évolue dans une formation (Deceuninck-Quick Step) dont les manitous, le patron Patrick Lefévère et le médecin Yvan Van Moll, ont souvent été sujets à caution. «Je ne peux pas lutter contre les gens qui n’ont pas de cerveau», a rétorqué le premier aux sceptiques l’autre jour encore, lorsque son poulain pétaradait si fort dans les Pyrénées. Certes, de nombreux personnages déjà épinglés par le passé (man)œuvrent encore dans le milieu. Mais les mœurs ont l’air de s’être adoucies.

«C’est simplement la nature. Si vous étiez habitués à rouler à 150 km/h sur l’autoroute et qu’on vous dit d’aller à 110, vous ralentissez. Et si la course dit que vous pouvez remonter à 150, alors vous remontez», nous déclarait pendant ce Tour Michael Rasmussen en connaissance de cause, lui qui avait clairement dépassé les bornes en matière de dopage – il avait notamment été exclu d’une édition 2007 ultrasulfureuse, alors qu’il semblait en passe de la gagner.

Il ne faut pas prendre les éprouvettes pour des lanternes. Les champions flirteront toujours avec les limites. Mais l’ère actuelle des microdoses et des corps cétoniques, ce petit plus qui fait fondre les graisses sans amoindrir la puissance, constitue un progrès à l’échelle des dérapages passés. On a en tout cas envie d’y croire, dans la foulée d’un si beau Tour de France, 106e du nom, à marquer d’une pierre blanche. Vive le 110 km/h, s’il débouche sur autant d’émotions, quitte à fermer les yeux sur le panneau qui indiquait peut-être 100. Quitte à ne voir qu’Egan Bernal, gamin de la terre et de la montagne, formidable vainqueur du 20e «Tour du renouveau».

Créé: 28.07.2019, 22h21

Peter Sagan, des facéties et un record

Il a bien sûr été éclipsé par la lutte au classement général, mais Peter Sagan a apporté sa pierre au monument de juillet. En ramenant le maillot vert à Paris pour la septième fois (en huit participations!), le Slovaque bat le record qu’il partageait avec Erik Zabel. Dimanche soir, il n’a pu rivaliser pour la victoire au sprint des Champs-Élysées, dominé par l’Australien Caleb Ewan, qui remporte ainsi sa troisième victoire sur ce Tour. Peter Sagan, lui, n’en compte qu’une, célébrée dès la 4e étape à Nancy. Mais il a multiplié les places d’honneur, donc les points – huit fois parmi les cinq premiers –, régularité qui lui permet d’inscrire son nom dans les livres.

Efficace, Peter Sagan l’est à double titre. Quand il ne joue pas des coudes, le Slovaque trouve plein d’autres façons de capter les objectifs ou de déclencher les sourires. C’est lui, lors de cette 21e étape en forme de défilé, qui s’est permis de venir s’inscrire sur la photo de famille des Ineos. Dans le même esprit où il avait franchi le Tourmalet sur sa roue arrière ou s’était arrêté dans les Alpes pour signer des autographes. À 29 ans, même s’il commence à ramer face à la nouvelle génération, le Slovaque n’a au moins pas fini de faire marrer.

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