Comment les champions font pour atteindre l’excellence le jour J

Jeux olympiques de RioPas facile d’agender un pic de forme quatre ans à l’avance. La recette des entraîneurs Bob Bowman et Daniel Gisiger.

Usain Bolt, champion olympique du 200m.

Usain Bolt, champion olympique du 200m. Image: Matthew Childs

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Cela commence généralement par une croix tracée sur un calendrier. Deux traits perpendiculaires qui marquent la date la plus importante de la carrière d’un athlète. Celle qui pourrait le faire entrer dans l’histoire du sport. «Ce milieu est étrange, estime Bob Bowman. On vous explique quatre ans à l’avance que vous disputerez telle course à une telle date et il faut être prêt pour cette échéance.»

Selon l’entraîneur qui a aidé Michael Phelps à conquérir 22 médailles olympiques (dont 18 en or), l’important est de privilégier la qualité de l’entraînement et non de se focaliser sur l’objectif à atteindre. «L’aboutissement ne doit jamais être le moteur d’une carrière. En se recentrant sur la qualité de l’entraînement et non sur le résultat, l’athlète devient plus calme et utilise son système physiologique de façon plus efficace. Conséquence: il performe mieux sous l’effet de la pression. Le but de mes athlètes est d’être capables de nager plus vite que n’importe qui d’autre. C’est tout! La planification doit être limpide. Il faut progresser à chaque entraînement de 1% dans un domaine. Que ce soit au niveau technique, tactique ou mental. Car c’est en faisant 10 000 petits pas que l’on arrive au sommet d’une montagne.»

Un travail de longue haleine qui peut prendre parfois davantage qu’une olympiade (ndlr: période de quatre ans). Entraîneur des cyclistes sur piste suisses, Daniel Gisiger en sait quelque chose. Il suit ses athlètes depuis huit ans, et même dix ans pour ce qui concerne Silvan Dillier.

«L’objectif initial était la qualification pour les Jeux de Londres, mais je savais que nos athlètes étaient très jeunes, raconte le coach national. Cela dit, nous avons réussi à taquiner la dernière place qualificative en nous classant 12es, alors que les dix premiers étaient du voyage olympique. Nous n’étions pas très loin. En revanche, nous avons eu un avantage par rapport aux autres nations qui marquent souvent une pause de douze à dix-huit mois après les Jeux. Nous, nous avons continué sur notre lancée, conscients que Rio était à notre portée. Nous avons remporté la Coupe du monde, l’année qui a suivi Londres 2012. Même si les meilleures formations étaient absentes, cela nous a donné confiance. Résultat: nous nous sommes qualifiés pour Rio.»

«Pas beaucoup de plaisir»

La politique des petits pas est sans doute la meilleure. Mais sans un travail de forçat de la part des sportifs, il ne sert à rien de rêver de gloire olympique. A titre d’exemple, un nageur comme Florent Manaudou, médaillé d’or à Londres sur 50 mètres, s’astreint à des séances d’entraînement rigoureuses. A savoir cinq à six heures dans les bassins, plus la musculation. Et cela, six jours sur sept. De quoi vous dégoûter du sport de compétition. «Une vie festive n’est pas compatible avec l’entraînement, observe pour sa part l’ex-nageur Alain Bernard dans L’Equipe. Une cuite, c’est trois semaines pour que l’organisme récupère.»

Le «dossiste» français Camille Lacourt, qui vise à Rio une première médaille aux JO, ne dit pas le contraire: «Il n’y a pas beaucoup de plaisir. On joue au volley, on joue au tennis, mais on fait de la natation. Le vocabulaire a été bien choisi. On ne se régale jamais à l’entraînement.» Autant de témoignages que ne renie pas Bob Bowman. «Pour devenir un champion, le rêve est primordial, insiste-t-il. Mais quel que soit son rêve, il faut se lever tôt dans l’hiver du Maryland, plonger dans un bassin glacé et nager le 100 m brasse en moins d’une minute. Même si cela ne plaît pas toujours à mes athlètes, il faut passer par là.»

Oser doser

Faut-il dès lors aligner les séances de torture pour gagner à tous les coups? Daniel Gisiger prétend que non: «Le dosage est primordial. Il faut s’entraîner juste et progresser. Arriver avec la forme et le jus nécessaires, tout en ayant bien travaillé. Y parvenir correspond plus à de l’art qu’à de la comptabilité.»

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Etre prêt le jour J et à l’instant T est donc une figure imposée à tout compétiteur de haut niveau. «Arriver en forme au bon moment avec un coureur, c’est déjà difficile, admet Daniel Gisiger. Le faire avec quatre, c’est quatre fois plus compliqué. Il faut y croire, avoir de la chance et se donner les moyens de réussir. Mais cela ne suffit pas toujours.» Il faut également être capable de prévoir… l’imprévisible. «J’essaie d’apprendre à mes coureurs à garder la tête froide en toutes circonstances, confie Daniel Gisiger. La façon dont ils ont pris la chute de Stefan Küng (ndlr: le leader de l’équipe s’est blessé au contre-la-montre des championnats de Suisse et a dû renoncer aux JO) prouve qu’ils sont costauds dans leur tête. Ils ont pris ça comme une tuile, tout en réfléchissant comment ils feraient sans lui. C’est toujours plus facile quand tout se passe comme prévu. Dans le cas contraire, il faut faire face et ne pas être déstabilisé, afin de prendre les bonnes décisions.»

Des propos que l’entraîneur à succès Bob Bowman ne peut qu’approuver. L’Américain apprend à ses élèves à préparer des situations prévisibles et imprévisibles. Comme un bus en retard avant une compétition, l’oubli d’un objet dans sa chambre d’hôtel. C’est ce genre de détails qui, mis bout à bout, font d’un athlète un champion.

Créé: 03.08.2016, 21h56

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