Loin du chaos, les Français mènent à Clairefontaine une vie de château

FootballDidier Deschamps et ses joueurs préparent leur Euro, à 70 km de Paris. Le calme avant la tempête…

Loin des bouchons de la Ville Lumière et des coups de klaxons, le havre de paix de Clairefontaine est une bénédiction.

Loin des bouchons de la Ville Lumière et des coups de klaxons, le havre de paix de Clairefontaine est une bénédiction. Image: AFP

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«Attention aux chevreuils!» préviennent les panneaux de signalisation. Loin des bouchons de la Ville Lumière et des coups de klaxon, le havre de paix de Clairefontaine est une bénédiction. Une heure trente pour y parvenir, deux heures pour le retour. Mais quel contraste, que du bonheur. C’est dans tous les cas devenu, depuis le 12 juillet 1998, le village le plus célèbre de France. Ghetto de riches ou de retraités qui ont besoin de calme au cœur de la vallée de Chevreuse, c’est aussi le plus surveillé de l’Hexagone. Au milieu de la forêt de Rambouillet, endroit réputé pour la chasse et son hippodrome, Didier Deschamps et ses hommes vont mener, durant leur Euro, une véritable vie de château. Avec leurs habitudes.

Avec ses 56 hectares de verdure, l’endroit appelle au calme, à la sérénité. Idéal pour préparer un tel événement, si attendu dans le pays. «Ici, c’est un peu particulier, on est assez isolé, sourit Steve Mandanda, portier de l’OM et No 2 d’Hugo Lloris avec les Tricolores. Cela nous permet de ne pas se mettre de pression inutile, de faire le match avant qu’il ne commence, même si on sait très bien que cela va venir très vite.»

Loin de l’état d’urgence

C’est sous des séquoias géants qu’Emmanuel Petit aimait méditer sur le sens de la vie, ici que Joël Bats allait cueillir les champignons. C’est dans ce petit paradis, à 70 kilomètres de Paris, au Domaine de Montjoye, que les Tricolores ont fêté leur Coupe du monde, l’été 98, que l’Histoire des Bleus a vraiment commencé. Acheté par la Fédération française de football en 1984 pour environ 26 millions de francs suisses, ce centre qui sert de préparation à l’équipe nationale est aussi dédié aux cadres techniques et à la formation, aux Bleuets, mais qui ne logent pas encore dans le château.

Didier Deschamps occupe la chambre Thierry Henry, confortable sans être luxueuse, porte-fenêtre côté jardin, télévision grand écran au mur. Il s’y sent comme à la maison. L’établissement comprend vingt chambres simples, dix doubles, mais aussi une salle de musculation, des terrains d’entraînement à foison, un espace de balnéothérapie et de massage: tout le confort sur 400 mètres carrés. Pour s’évader de cette harmonie et ces ondes positives, il n’y a que la télévision. Et encore, quand on ne parle pas de grève, d’inondations ou d’attentat…

Quoi de mieux finalement que de se couper du monde, loin de tout, de s’éloigner de la psychose, de ce contexte pollué et perturbant de l’état d’urgence? Rien de tel qu’un dépaysement pour repousser les vents contraires. Depuis ce funeste 13 novembre 2015, on parle d’union sacrée autour des Bleus. Benzema, Valbuena, Cantona, Ben Arfa et tous les bla-bla? Taratata! «Moi je suis Noir, certains dans l’équipe sont Maghrébins, on est tous des Français et des êtres humains, soupire le défenseur Bacary Sagna, rattrapant son lapsus (lire par ailleurs). Il n’y a aucun problème dans l’équipe!»

Chasse ouverte

Comme tous ses camarades, le protégé de Deschamps a surtout hâte de quitter Clairefontaine, direction le Stade de France, pour rompre le silence: se lancer enfin dans cet Euro contre la Roumanie. «On est toujours dans l’inconnu avant une première rencontre, surtout après deux ans de matches amicaux, reconnaît Mandanda. Mais tous les éléments sont de notre côté pour réussir une bonne performance avant d’enchaîner, même si on est conscient qu’en face de nous l’adversaire sera compliqué à jouer…»

Les 23 Français vont déjà s’absenter de leur petit paradis cet après-midi, pour retrouver les bouchons et s’imprégner de toute cette excitation pour un premier entraînement au Stade de France. «On sait qu’il y a beaucoup d’attente par rapport à nos bons matches amicaux, mais on est prêt à jouer sept finales et la première c’est ce vendredi contre la Roumanie», promet Bacary Sagna.

La chasse est ouverte!

Créé: 08.06.2016, 22h59

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Ce n’est pas encore l’heure au foot!

S’il y a, comme le dit Didier Deschamps, «soixante-cinq millions de sélectionneurs en France» qui auraient sélectionné Ben Arfa ou Benzema, du côté de la capitale, ce qui devait être un cadeau – cet Euro à la maison – ne fait pas encore vibrer les foules. On en parlera plus tard…

Dans les bistrots, à l’heure du café, le ballon rond n’est pas au centre des discussions. Ou alors il faut trouver une pizzeria, un patron italien, pour parler des chances de la Squadra Azzurra. «Je crains qu’on ne passe pas le premier tour!» dit-il. A l’exception d’un petit drapeau de son pays dans la vitrine, il manque cette folie qui devrait faire de cet événement une fête. Les Parisiens ont d’autres préoccupations, qui concernent leur avenir professionnel. «Assez de mépris! Assez d’autoritarisme! Assez de répression!» Devant chaque sortie de métro, on se mobilise, des membres de la CGT manifestent leur colère par rapport à cette loi travail «qui doit être retirée».

Alors qu’on parle d’un gros engouement dans le reste de l’Hexagone, d’une immense ferveur et de tout un pays derrière son équipe de France, à Paris, il n’y a que des banderoles officielles dans les gares et à l’aéroport qui rappellent que, dans cet Euro, c’est demain à 21?heures à Saint-Denis que la France défie la Roumanie…

«Mais vous savez, la vie à Paris est chère: des gens comme les Roumains ne peuvent pas se permettre de venir deux jours avant le match, explique Antoine, devant le Café de la Poste, situé à côté de la station de métro Marx Dormoy. Comme les Turcs, les Croates, les Irlandais et les Suédois, ils ne viendront qu’au dernier moment soutenir leur équipe.» Il y a encore de l’espoir. A moins que les trains ou les avions ne leur permettent pas de rejoindre la Ville Lumière. «De toute manière, il n’y aura peut-être pas d’Euro! pouffe un chauffeur de taxi. Car après les inondations et les menaces terroristes, les syndicalistes vont tout faire pour l’arrêter. Là, on est dans l’attente!» Comme tous ces gens qui continuent à manifester, toute la nuit debout, place de la République. Alors que, sous la tour Eiffel, la sécurité a redoublé de vigilance, des millions de sélectionneurs ont envie de croire que c’est bientôt l’heure du foot! C.MA.

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