Les compétitions se plient en quatre pour les TV

SportsPour rentrer dans une grille horaire, certains sports sont prêts à toutes les contorsions. Jusqu’à dénaturer l’essence même de leur activité.

Au festin du sponsoring, tous les sports ne seront jamais égaux. Et le football aura toujours un ou deux coups d’avance.

Au festin du sponsoring, tous les sports ne seront jamais égaux. Et le football aura toujours un ou deux coups d’avance. Image: DR/Keystone

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Le sport et sa diffusion sont en plein remue-méninges. Et le CIO ne s’en cache pas: pour exister, les disciplines doivent être plus attractives aux yeux de la télévision. Pour l’organe faîtier, il est important de passer d’un programme basé sur le sport à un programme basé sur l’événementiel. Cette volonté est l’une des priorités de l’Agenda 2020. Dans le même temps, l’Association des tennismen professionnels (ATP) promeut des matches plus courts (lire ci-dessus) afin de répondre aux mêmes critères. «Plus de temps forts et moins de temps faibles. Un produit bien plus adapté à la télévision.»

Les sponsors s’impatientent

Organisateur du Tour de Romandie depuis 2007, Richard Chassot a vécu de l’intérieur l’évolution des rapports de puissance entre télévision et sport. «La principale différence? Aujourd’hui, et de plus en plus, les sponsors se rendent compte de l’impact que peut avoir une diffusion dans une bonne case horaire, remarque le patron du Tour de Romandie et du Rallye du Valais. On ne peut pas leur vendre n’importe quoi. Ils ont le résultat directement sous leurs yeux.»

Si «son» épreuve cycliste bénéficie d’une fenêtre dégagée fin avril, Richard Chassot ne peut pas éviter les impératifs «télé compatibles». «Il y a certaines courses quasi sacro-saintes où l’influence de la TV est minime, détaille-t-il. On ne touchera pas aux 250 bornes d’une classique flandrienne. Mais pour un Tour de moyenne importance, il est devenu nécessaire de rendre les étapes plus nerveuses.» Parcours raccourcis, difficultés concentrées en fin d’étape – dès la prise d’antenne, donc –, seule l’heure d’arrivée ne peut pas vraiment être imposée aux organisateurs. «Le World Tour nous impose un créneau entre 17 h et 18 h», nuance l’ancien directeur de Swiss Cycling. Là encore, cette obligation est dictée par un seul impératif: la visibilité à la télévision.

À l’heure américaine

L’unique concurrence avec laquelle aucune activité ne pourra jamais rivaliser? Le football. «Même le Tour de France, dont les dates ont empiété sur le Mondial en Russie, n’a pas été épargné, rappelle Richard Chassot. Je peux vous garantir que les horaires d’arrivée ont été savamment étudiés pour ne pas entrer en concurrence avec des matches forts.»

Au festin du sponsoring, tous les sports ne seront jamais égaux. Et le football aura toujours un ou deux coups d’avance. À chacun de se contorsionner au mieux pour entrer dans une grille horaire, en ne lésant personne. Ni les fans ni les sponsors. Insoluble? «Tout est une question de pesée d’intérêts», tempère Richard Chassot.

Les fédérations internationales de natation et de gymnastique, aux Jeux olympiques de Pékin en 2008, n’ont pas hésité à bouleverser leurs habitudes pour passer en prime time aux États-Unis. Ainsi, la plupart des finales se sont déroulées à des heures matinales, sinon indues, afin d’obtenir une diffusion en soirée outre-Atlantique. Les 3,5 milliards de dollars déboursés par NBC pour s’assurer les droits ont évidemment joué un rôle central.

Un coût moral

«D’un point de vue marketing, c’était une décision très intelligente, a remarqué Steve Penny, directeur de la Fédération américaine de gymnastique, dans les colonnes du «New York Times». Lorsque vous constatez à quel point il est difficile d’obtenir des parts de marché, de nos jours, il n’y a rien de plus important que d’avoir une place de choix dans le programme olympique.»

Quitte à froisser tout le continent asiatique et l’Océanie? Ce quart d’heure de célébrité a un coût moral que certains sports acceptent volontiers de payer.


Tennis

À la fin des années 60, les balles avaient viré au jaune et les tenues avaient quitté le monochromatique blanc. Le tie-break a été implémenté. Le but? Une meilleure visibilité télévisuelle et une durée de matches plus maîtrisable. Malgré une pétition des joueurs, la réforme avait été maintenue. En 2017, le tennis a également testé les sets de quatre jeux, l’abolition de l’avantage à 40-40 et la fin du «let». Plus récemment, Wimbledon a introduit un tie-break au cinquième set (à 12-12).


Curling

À PyeongChang, le curling mixte a été introduit au programme olympique. Huit manches sont disputées au lieu de dix, avec seulement six pierres (contre huit lors d’un match classique). Objectif: rendre le sport plus attractif en créant artificiellement un début de partie avec des pierres disposées préalablement. Les «ennuyeuses» passes d’armes tactiques – d’un point de vue commercial s’entend – cèdent leur place à une rencontre plus rythmée et spectaculaire. Grâce à ces artifices, le temps de match est divisé par deux.


Volleyball

Le passage à l’an 2000 a été mouvementé. Depuis, tous les points comptent. Les sets de 15 points passent à 25 mais le temps des matches passe de deux heures à 90 minutes en moyenne. En 2016, la Super Coupe a permis d’essayer un nouveau système de comptage en deux mi-temps de deux sets à 20 points. La Fédération internationale le justifie par une meilleure présence médiatique. Le groupe de travail avait pour mandat d’uniformiser la durée d’une rencontre entre 90 et 110 minutes. Accueil mitigé.


Snooker

S’il est un sport qui aime prendre son temps, c’est bien le snooker. Il n’est pas rare de voir des rencontres au meilleur des 35 manches se dérouler sur deux jours. Pourtant, un «shootout event» vient de rencontrer un franc succès au Royaume-Uni. Une manche de dix minutes, élimination directe. De nombreux joueurs ont adoré, tandis que le mythique Ronnie O’Sullivan a fait l’impasse. Si ce format nerveux ne deviendra pas la norme, il prouve que même le snooker ne peut plus monopoliser l’antenne.


Cyclisme

En vingt ans, le cyclisme est passé de l’innocence naïve à la culpabilité systématique. Contrainte de se réinventer et de lutter contre ses vieux démons, la petite reine n’avait pas d’autre choix que de changer. Les étapes interminables de 250 kilomètres ont disparu. Deux objectifs: lutter contre le dopage et retrouver grâce aux yeux du grand public. De 188 kilomètres en moyenne (1997), les étapes sont passées à 168. La demi-heure d’économisée rend le vélo plus «télé compatible».


Basketball

En 2014, la NBA a testé, lors de certains matches d’avant-saison, des rencontres de 44 minutes au lieu de 48. La ligue a encore raccourci la durée des temps morts et leur nombre. Le nouveau commissionnaire, Adam Silver, tentait de satisfaire les diffuseurs. Devant le flop et l’ampleur des protestations, l’idée n’a jamais été généralisée. Dix-huit mois plus tard, deux câblo-opérateurs signaient un contrat de près de 3 milliards de dollars sur dix ans avec la NBA. Preuve que la longueur ne fait pas tout. (24 heures)

Créé: 08.11.2018, 22h41

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