Coup de filet dans le Tyrol, les fondeurs rattrapés par le dopage

Ski nordiqueLa police a arrêté cinq athlètes, mercredi matin aux Mondiaux de Seefeld. Un «vaste réseau criminel» aurait été démantelé.

Dieter Csefan (à g.), de la police fédérale autrichienne, et Hansjörg Mayr, porte-parole du procureur public d’Innsbruck, durant la conférence de presse dans la capitale du Tyrol.

Dieter Csefan (à g.), de la police fédérale autrichienne, et Hansjörg Mayr, porte-parole du procureur public d’Innsbruck, durant la conférence de presse dans la capitale du Tyrol. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il n’y avait pas le plus traître nuage sur Seefeld. Extra bleu ciel. Et puis la police a vu rouge. Une expédition punitive, tôt le 27 février au matin. Les services autrichiens avaient appelé ça «Opération saignée», en interne. Ils ne croyaient pas si bien dire: l’un des cinq fondeurs arrêtés avait l’aiguille de sa transfusion dans un bras au moment où l’on toqua à sa porte, comme l’a révélé Dieter Csefan, de la police fédérale criminelle autrichienne. Ambiance cotillons.

La nouvelle s’était répandue peu après midi, comme une traînée de poudre. Les supporters norvégiens pouvaient continuer à souffler dans leurs cornes de brume, en attendant le départ du 15 km messieurs: ce coup-ci, les coupables sont deux Autrichiens (Dominik Baldauf et Max Hauke), deux Estoniens et un Kazakh (Alexey Poltoranin). Vera Schär, porte-parole de Swiss-Ski, avait rassuré: «Nous ne sommes pas concernés par cette affaire.»

«Deux mecs de merde»

Luis Stadlober, lui, dormait dans la chambre d’à côté. «Le bruit de leur intervention m’a réveillé, a expliqué le dossard 43, après une course terminée à la 56e place. Cette affaire tombe du néant. Je n’avais jamais entendu parler de rien, je n’ai jamais eu le moindre contact avec quelqu’un qui m’aurait proposé quoi que ce soit en ce sens. Je n’ai rien à faire avec ces deux mecs de merde.» Très remonté dans l’aire d’arrivée, le sextuple champion d’Autriche enchaîne: «C’est le pire qui pouvait arriver. Pour le sport autrichien, pour nous les athlètes, pour tous ceux qui ont pris le départ propres. C’est dur.»

Pendant ce temps-là, en toile de fond, le speaker officiel célèbre le sacre du Norvégien Martin Sundby. L’homme qui avait tout gagné sauf une médaille d’or en individuel est radieux puis en larmes sous les ovations du public. Dario Cologna, qui est monté en régime de façon intéressante (lire ci-contre), n’avait pas entendu parler de la bombe avant son départ, fixé à 14 h 28. À l’arrivée, oui. «C’est très triste que cela survienne à nouveau, surtout pendant des Mondiaux. C’est mauvais pour le sport, a réagi le Grison. Je ne suis pas surpris, en un sens. Le bon côté dans tout cela, c’est qu’on les attrape.»

Un médecin arrêté

«On», cela inclut «un médecin allemand et plusieurs de ses complices», selon les autorités. Car la police, allemande cette fois, a aussi frappé à Erfurt. Chez le Dr Mark Schmidt, selon la «Süddeutsche Zeitung», un ex de la formation cycliste Gerolsteiner. «Il y a longtemps que nous avions identifié ce vaste réseau criminel et, aujourd’hui, nous l’avons détruit», s’est félicité Dieter Csefan, tout en sous-entendant que d’autres sports pourraient être concernés par ce dossier, qui trouve son origine dans les confessions à la chaîne ARD de l’ancien dopé repenti Johannes Dürr.

Pour l’instant, le dossier est sur le dos du ski de fond. Comme d’habitude, compatiront les cyclistes. La solidarité s’arrête là. Peter Schröcksnadel, président de la Fédération autrichienne de ski, «choqué de voir assombris des Mondiaux parfaitement organisés», n’a pas ménagé les vilains canards. «Je suis très énervé que des athlètes isolés n’aient rien appris du passé. Chez nous, celui qui se dope est exclu», tonne-t-il dans un communiqué. Plus loin: «Je vais proposer au comité de complètement réorganiser le fonctionnement du ski de fond.» Lors des Jeux 2006, les fondeurs avaient déjà été attrapés par la police italienne.

La vie est un éternel recommencement et demain un autre jour. Depuis mercredi, le ciel n’est plus tout à fait aussi bleu à Seefeld in Tirol.

Créé: 27.02.2019, 23h45

Dario Cologna au coin du bois

On ne verra sans doute plus jamais le Dario Cologna des grandes années. Mais à bientôt 33 ans, le Grison sait encore comment on peut préparer son heure. Pour le 50 km final des Mondiaux, par exemple? Au bout d’un hiver très décevant, encore poussif lors du skiathlon de samedi dernier, le quadruple champion olympique a mis le nez à la fenêtre, mercredi. Il a grimpé dans les tours, appuyé sur le champignon. Très bon sixième du 15 km classique, il donne soudain l’impression de pouvoir sortir du bois.

«C’était ma meilleure course de la saison et j’ai laissé de gros clients derrière moi (ndlr: à commencer par le favori russe Alexander Bolshunov), c’est bon signe, a déclaré Dario Cologna. Mais pour lutter dimanche avec les meilleurs, pour les médailles, il va encore falloir s’améliorer.» Dans le jargon, on appelle ça une montée en puissance. Encore un petit relais 4x10 km pour se dégourdir les jambes vendredi, puis viendra le moment de lâcher les chevaux pour de vrai.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.