Culbuté par Anderson, Federer égare ses rêves et ne se cherche aucune excuse

TennisMalgré un départ canon, le Bâlois a été éjecté en quart de finale de «son» tournoi. Ce «jour sans» lui coûte très cher.

Roger Federer a manqué une balle de match dans le 3e set. Il s’est ensuite encoublé face au solide Sud-Africain Kevin Anderson.

Roger Federer a manqué une balle de match dans le 3e set. Il s’est ensuite encoublé face au solide Sud-Africain Kevin Anderson. Image: REUTERS/ANDREW BOYERS

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Non, il n’y aura pas de remake du «Bloody Sunday», pas de revanche avec Rafael Nadal, encore moins de possible 21e titre du Grand Chelem pour Roger Federer. En tout cas pas pour tout de suite, pas pour ce dimanche. Sur le théâtre des rêves, le rideau s’est brusquement fermé, mercredi à 17 h 26, heure de Wimbledon. D’ordinaire vibrant, le Temple s’est tu pour se laisser assaillir par un curieux et terrible sentiment de vide. Un seul être lui manque – mais quel être! – et tout le gazon britannique se voit dépeuplé.

La défaite du Bâlois contre Kevin Anderson n’est pas le coup de grâce pour le tournoi londonien, mais cela y ressemble quelque peu. Même le Pimm’s ne fait pas oublier le goût amer de ce revers. Encore plus sachant que le tenant du titre avait empoigné à bras-le-corps son quart de finale. Encore plus en sachant qu’il a eu une balle de demi-finale dans sa raquette – ratée sur un revers boisé. Seulement voilà, face à son jeu subitement devenu en berne et à ses jambes moins mobiles, son adversaire s’est rebiffé pour saisir sa chance et signer la plus belle victoire de sa carrière. Pour le No 2 ATP, en revanche, c’est la claque.

«Oui, c’est clairement une déception, car cette défaite, je ne l’avais pas vue venir, confirma-t-il moins d’une heure après sa sortie du court. Je ne me trouve aucune excuse. J’ai seulement été dans un jour moyen, l’un de ceux qui arrivent parfois, et durant lequel tu fais de ton mieux mais cela ne suffit pas. Tout le crédit revient bien sûr à Kevin, mais très franchement, après un premier set durant lequel j’avais pris le contrôle du match, je ne pensais pas me retrouver éliminé ce soir. Sauf qu’au fil de la rencontre, je me suis trouvé incapable de le surprendre.»

Comme contre Tsonga

Battu pour la cinquième fois de sa carrière après avoir mené deux manches à rien, la deuxième à Church Road après son revers contre Jo-Wilfried Tsonga en 2011 (déjà à hauteur des quarts de finale), Federer a pris un coup derrière la tête. Mais il sait très bien que le tennis livré dans ce match n’était pas à la hauteur de l’événement. Son coup droit, par exemple, n’a pas été solide. Et il a qui plus est manqué de tranchant sur les deux premiers coups de raquette. «C’est sûr que ce domaine ne m’a pas réussi, acquiesça-t-il. Je n’ai pas non plus été bon en fond de court, n’arrivant pas à lui faire jouer un coup supplémentaire. Bref, j’ai eu trop de peine dans l’échange, je n’ai pas évolué au niveau que j’espérais.» Bien que lucide à l’heure de l’analyse, le Bâlois restait abasourdi d’avoir lâché trois manches de suite contre un adversaire auquel il n’en avait concédé aucune lors de leurs quatre affrontements! «Cela ne devrait pas arriver», pesta-t-il.

Sauf que c’est arrivé, et ce sans vraiment que le tenant du titre ne donne le sentiment d’être totalement à la rue, mais sans jamais non plus qu’il ne dégage le sentiment de pouvoir se sortir de la tenaille d’un Anderson imperturbable et impitoyable. L’assurance affichée par le finaliste de l’US Open dans la dernière ligne droite a encore plus impressionné que la défaillance de l’octuple lauréat du tournoi. «J’ai été de plus en plus solide au fil de la rencontre, a savouré l’intéressé. En réalité, c’est à partir de la perte de la manche initiale que je me suis dit que cela pouvait être mon jour.»

Rendez-vous l’été prochain

Cette foi en lui, le No 8 mondial ne va pas la laisser au vestiaire sous le seul prétexte qu’il a réussi sa quinzaine en battant le «Maître». Surtout pas! «J’ai déjà reçu des tonnes de message, mais très honnêtement je ne vais pas trop me pencher dessus. J’ai plutôt envie d’enchaîner sur le prochain match.» Pour le Sud-Africain, la route de l’exploit ne s’arrête peut-être pas à ce coup d’épate du 11 juillet.

Pour Roger Federer s’ouvre en revanche le chemin des vacances. Mais pas trop. «Je vais prendre quelques jours «off», puis repartir à l’entraînement. L’objectif, c’est d’être prêt pour la tournée nord-américaine. J’ai encore des choses à accomplir. Et puis, je reviendrai aussi ici l’an prochain.»

Histoire de renouer avec ses rêves et, peut-être, de prendre enfin cette fameuse revanche avec Rafael Nadal. Afin que du Temple jaillissent à nouveau les étincelles du «Maître» et les cris d’admiration, qui valent mieux que ceux de stupéfaction et de dépit ayant plongé mercredi ce Wimbledon 2018 dans la grisaille.


«Oui, Novak Djokovic peut gagner le tournoi»

Rafael Nadal étant finalement parvenu à se défaire de Juan Martin Del Potro au terme d’un combat somptueux (7-5, 6-7, 6-4, 4-6, 6-4), l’Espagnol est plus que jamais l’homme à battre dans ce tournoi. Mais, dans un bas du tableau plus relevé que le haut, où John Isner défiera Kevin Anderson pour une place en finale, l’Espagnol ferait bien de se méfier de l’autre bras de fer qui l’attend ce vendredi avec Novak Djokovic.

Il faut dire qu’à Wimbledon, où il retrouve pour la première fois les demies d’un tournoi du Grand Chelem depuis son triomphe à Roland-Garros 2016, le Serbe apparaît revigoré, plus solide que jamais sur les deux années écoulées, et que leurs retrouvailles sentent le soufre.

«À mon sens, «Nole» a tout pour gagner le titre, remarque Kei Nishikori, sa dernière victime. Il a renoué avec ses meilleurs coups et peut faire mal des deux côtés.» Un avis corroboré par Andy Murray, grand absent du tournoi mais observateur assidu et convaincu que son contemporain peut enlever une quatrième couronne à Church Road.

Tout le monde ayant bien remarqué que le Serbe monte en puissance, ces annonces n’ont pas étonné le principal intéressé. Au contraire, la confiance et les repères revenant après des mois de disette, il se dit lui-même en position de réaliser un gros «truc»: «Mon niveau de jeu se rapproche de plus en plus du 100%. Je ne suis ainsi plus très loin du Djokovic des meilleures années.»

Est-ce à dire qu’après avoir été bousculé par «DelPo», Nadal devra redoubler d’efforts vendredi pour espérer se rapprocher d’un dix-huitième titre majeur? Oui, évidemment, car Novak Djokovic a retrouvé le principal, à savoir l’envie d’avoir envie. «Le but, c’est d’aller chercher le trophée», assure-t-il. A.CE.

(24 heures)

Créé: 11.07.2018, 22h33

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Fenêtre sur court

Görges l’inattendue
L’année de ses 30 ans (qu’elle fêtera au mois de novembre) est celle de toutes les réussites pour Julia Görges (WTA 13). La joueuse allemande se retrouvera ce jeudi après-midi face à Serena Williams au cœur d’un combat pour une place en finale. Un défi majuscule pour la brune que personne n’imaginait à pareille fête. Elle qui n’avait jamais franchi plus de quatre tours en Grand Chelem et qui restait sur cinq défaites d’emblée à Wimbledon (!) se prend à rêver d’un nouvel exploit. «Ce que je vis est totalement incroyable et j’en suis très fière, mais j’ai bien envie de continuer le chemin.» L’ancienne No 1 WTA est prévenue!

Et de deux pour Ostapenko?
Dans l’autre demi-finale dames, qui ouvrira le bal cet après-midi, Jelena Ostapenko cherchera à faire trébucher Angelique Kerber. Lauréate du tournoi juniors en 2014, la Lettone, en confiance pour n’avoir pas égaré le moindre set dans cette quinzaine, rêve de signer le même coup que l’an passé à Roland-Garros, lorsqu’elle avait décroché le Graal. «Je n’ai aucune pression, je profite de ce que je vis, dit-elle. Pour moi, tout est possible. Le fait d’avoir déjà un majeur en poche m’aide à être très relax.» Et à jouer un tennis de rêve, visiblement.

La phrase
«Tout au long de ma carrière, je n’ai jamais cessé de croire en moi, y compris lorsque j’ai connu tous mes problèmes de hanche. Je suis heureux de voir que cette ténacité paie aujourd’hui.» Signé Kevin Anderson, empêcheur de tourner en rond pour Roger Federer. A.CE.

Résultats
Messieurs. Quarts de finale:
Anderson (RSA/8) bat Federer (SUI/1) 2-6, 6-7 (5/7), 7-5, 6-4, 13-11.
Nadal (ESP/2) bat Del Portro (ARG/5) 7-5 6-7 (7/9) 4-6 6-4 6-4.
Djokovic (SRB/12) bat Nishikori (JPN/24) 6-3, 3-6, 6-2, 6-2.
Isner (EU/9) bat Raonic (CAN/13) 6-7 (5/7) 7-6 (9/7) 6-4 6-3.
Ordre des demi-finales:
Anderson (8) - Isner (9), Djokovic (12) - Nadal (2).
Juniors. Filles. 8es de finale:
Küng (SUI/Q) bat Naito (JPN) 6-3, 6-3.

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