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Quand le cycle éternel des juniors se fige

Les centres de formation font face à un défi unique: captiver des joueurs reclus loin du terrain et décider de leur avenir sur la base d'informations manquantes.

En attendant de retrouver le terrain, les footballeurs des centres de formation se perfectionnent autrement.
En attendant de retrouver le terrain, les footballeurs des centres de formation se perfectionnent autrement.
Patrick Martin

Des tests, des présélections, des sélections. Des changements de catégorie tous les deux ans, voire chaque année. Des déceptions, des promotions et au bout, peut-être, le Graal: un contrat professionnel. Le parcours d'un footballeur junior s'apparente à une course contre la montre. Une avancée lors de laquelle chaque étape doit être négociée au mieux, sous peine d'être évincé du panier des jeunes talents promis à un bel avenir. Il y a ceux qui comprennent vite qu'ils ne brilleront jamais à haut niveau, et il y a ceux pour qui le rêve devient un peu plus perceptible chaque année. En ce moment, il y a surtout ceux qui rongent leur frein et naviguent en plein brouillard.

L'arrêt des compétitions a placé les centres de formation, qu'ils soient cantonaux ou lié à un club propre, devant une problématique nouvelle: comment gérer l'éternel cycle des juniors quand ils sont cantonnés chez eux? Autrement dit, comment stopper l'entier des participants d'un contre-la-montre dont le chrono continue de tourner? «La première chose à dire, c'est qu'on a été pris par surprise. Tout le monde», pointe Gérard Castella, chef de la formation à Young Boys. Logique. Le virus a frappé subitement des colosses aux pieds d’argile, des belles machines bien huilées fonctionnant à plein régime et qui n'ont pas l'habitude qu'un boulon cède.

Plus d'attention et un meilleur suivi

Le nœud de problème se situe dans le suivi des footballeurs en herbe. Joueurs qui, à la fin de la «saison», devront pour nombre d'entre eux être surclassés ou, à l'inverse, poursuivre leur formation dans une équipe plus modeste. Mais comment procéder à une répartition juste et équitable, sachant que les éléments en question n'ont plus bénéficié de la moindre occasion de prouver leur valeur depuis début mars? Le tout à une période de leur vie où les capacités physiques se développent à des rythmes très différents d'un adolescent à un autre.

«La réalité, c'est qu'on doit devenir bien meilleur dans l'attention et le suivi qu'on porte aux joueurs qui nous quitteront cet été. Certains pourraient être ainsi potentiellement «récupérés» plus loin dans la pyramide, glisse Jean-Yves Aymon, directeur technique et responsable Footeco (M13 et M14) de l'Association cantonale vaudoise de football. La situation actuelle crée des incertitudes, qui peuvent mener à des imprécisions, bien qu'on se doive de rester le plus précis possible.»

«On n'avance pas à l'aveugle»

Des imprécisions engendrées, notamment, par l’impossibilité de mettre sur pied les habituelles activités servant au repérage ou à la confirmation de l’avènement de certains talents. «Maintenant, reprend Aymon, il faut bien se rendre compte qu'on possède énormément d'informations sur chaque joueur. On n'avance pas à l'aveugle! Notre volée de M14, on la suit depuis deux ans. Des observateurs ASF ont assisté à des matches et établi des rapports. On connaît le potentiel de nos juniors.»

Gérard Castella, responsable notamment des M16, M18 et M21 à YB, abonde dans ce sens. «À 90%, voire 95%, on connaissait déjà l'avenir de nos juniors à Noël. Nos choix étaient quasiment arrêtés.» Il restera encore à convaincre les parents sceptiques. «C'est un point à prendre très au sérieux, reprend Jean-Yves Aymon. Notre communication se devra d'être transparente et irréprochable. Beaucoup de parents ont assisté à tous les matches de leur enfant et nous attendent au tournant.»

Podcast contre le racisme

Pour la majorité des formateurs, l'heure est surtout à l'occupation et à l'épanouissement des troupes, à une période charnière de leur carrière et de leur vie. Abandonner un joueur durant l'épidémie, c'est risquer de le voir régresser, voire se détourner du football et de ses exigences: s'entraîner dur, soigner son hygiène de vie...

«On cherche à les concerner un maximum, sans non plus les noyer de choses à faire, détaille Gérard Castella. Prendre soin de soi, de ses proches, continuer d'étudier, ça reste la base.» Alors les jeunes Bernois reçoivent des «devoirs» plusieurs fois par semaine, à effectuer en plus du programme physique qui leur a été donné. «Ça peut prendre plusieurs formes différentes. L'autre jour, on leur a envoyé la vidéo de leur dernier match amical. Ils ont dû s'observer et émettre une critique par rapport à leur performance à leur coach. On leur a aussi transmis les images d'une rencontre de la première équipe, où chacun a dû suivre le joueur qui évolue à son poste. Sinon, il leur a été demandé d'écouter un podcast. Le sujet? La lutte contre le racisme. Que des choses qu'on ne prend pas l'occasion de mettre à leur programme d'habitude.» Et si, finalement, le confinement avait aussi du bon?

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Une plateforme d'entraînement à la maison destinée aux juniors

«On doit passer quelque chose comme trois heures ensemble chaque jour au téléphone.» Avec son ami et collègue Jonathan Mabanza, Jimmy Tachet est encore en train de peaufiner sa création: Monkiffoot, une plateforme sur laquelle les deux entraîneurs des M13 du Team Vaud déposent chaque semaine des vidéos d'entraînement destinés aux juniors du canton. «Ça me trottait dans la tête depuis plusieurs années. Quand les premières mesures contre l'épidémie ont été prononcées, on eu le temps de réunir quelques juniors pour tourner les images. Ça nous a pris un week-end, mais au moins on a de la matière pour un moment.»

Le concept est simple: tous les mardis, une nouvelle vidéo sort sur les réseaux sociaux pour présenter un geste de la panoplie du parfait footballeur, avec des consignes détaillées et des étapes pour parvenir à le réaliser au mieux. L'exercice est adapté à chaque catégorie d'âge, des juniors G au juniors C, qui peuvent le réaliser chez eux ou dans leur jardin.. En outre, un challenge, à chaque fois lancé par un joueur de renom, leur est proposé chaque semaine. Ainsi, Jordan Lotomba s'est déjà pris au jeu en proposant un slalom technique, tout comme Dan Ndoye défiant les participants de réaliser le plus de «tour du monde» possible. «Ceux qui veulent peuvent se filmer et le gagnant remporte le maillot du joueur en question, détaille Jimmy Tachet. Notre idée, c'est que si les jeunes ne peuvent plus aller au foot, c'est le foot qui doit venir à eux. Ça les occupe et, d'une certaine façon, ça soulage aussi leurs parents.»

La plateforme, entièrement gratuite, a été envoyée à tous les responsables juniors de clubs genevois et vaudois. «La démarche est souvent personnelle, les joueurs nous rejoignent d'eux-mêmes. Mais l'impulsion peut aussi venir de leur entraîneur ou de leur club. Christophe Moulin, le chargé de la promotion de la relève à l'ASF, a même présenté notre concept à toutes les associations romandes» Un projet similaire a été pensé à Neuchâtel. Partout, on cherche le moyen à garder la jeune génération concernée par le football.

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