«Le cyclisme a servi de paravent à l'athlétisme et au ski de fond»

Dopage290 fondeurs ont présenté des paramètres sanguins anormaux dans un passé récent. L'avis de l'expert Martial Saugy.

«Il faudra sans doute attendre les prochains Jeux pour que les sports d’hiver se dotent d’un véritable passeport biologique», estime Martial Saugy

«Il faudra sans doute attendre les prochains Jeux pour que les sports d’hiver se dotent d’un véritable passeport biologique», estime Martial Saugy Image: FLORIAN CELLA

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Et voilà le ski de fond confronté, à son tour, à la tempête du dopage. Menée conjointement par le Sunday Times et l’ARD, une enquête a révélé des tests sanguins anormaux chez des centaines de skieurs de fond. «J’ai l’habitude d’avancer par gros temps», nous confiait Martial Saugy en 2010. Le directeur du Centre de recherche et d’expertise des sciences antidopage de l’UNIL est d’autant plus l’homme de la situation que le journal britannique et la chaîne publique allemande ont eu accès à une base de données de plus de 10'000 tests sanguins concernant 2000 athlètes de sports d’hiver sur la période 2001-2010.

«Je ne suis pas surpris par ces révélations, même si je regrette que celles-ci soient livrées en pâture par voie de presse. À cette époque, il y avait un dopage important (EPO, transfusions) dans certaines parties du globe et dans les disciplines d’endurance.» Dans un même souffle, notre interlocuteur ajoute: «Le cyclisme cristallisait toutes les attentions. Il a servi de paravent à l’athlétisme et au ski de fond.» En janvier 2008, Martial Saugy, alors directeur du LAD, conçut à l’intention du peloton un passeport biologique afin de déterminer les variations des paramètres sanguins. Grossièrement énoncée, l’idée se résumait à: pas de passeport (sanguin), plus de visa pour le Tour de France. «Quant à savoir pourquoi tous les sports d’endurance n’ont pas pris des mesures drastiques en ce temps-là…»

«Ces données relatives aux fondeurs ont certainement été fournies par quelqu’un qui est proche de la Fédération de ski»

Martial Saugy de poursuivre: «En l’occurrence, ces données relatives aux fondeurs ont certainement été fournies par quelqu’un qui est proche de la Fédération de ski. Cette base n’appartient pas au programme de localisation de l’athlète ADAMS et n’est pas à disposition de l’Agence mondiale antidopage.»

Puis Martial Saugy de s’interroger à haute voix: «La grande question est: comment peut-on traiter des valeurs de population pour les analyser au cas par cas? Des paramètres sanguins anormaux sont-ils à mettre en compte au seul dopage? Comment distinguer les éléments physiologiques naturels? Quelle est, par exemple, la part prise par les entraînements en altitude? Dans tous les cas de passeports sanguins qui s’appuient sur des indicateurs indirects d’un possible dopage, il incombe à l’organisateur d’apporter la preuve d’une tricherie.»

Ni les outils ni le temps
Et maintenant que faire des révélations de cette enquête à laquelle la télévision suédoise SVT et le magazine en ligne suisse Republik ont été associés? Parmi les fondeurs pointés du doigt, une bonne cinquantaine sera présente à PyeongChang. «Il est extrêmement difficile d’envisager une quelconque mesure avant le départ de la première course, constate Martial Saugy. Le CIO n’a pas les outils ni le temps à quelques jours de la cérémonie d’ouverture pour empêcher quelqu’un de s’aligner sur une épreuve.

À l’inverse de l’athlétisme, désormais mis sous pression comme le vélo, il faudra sans doute attendre les prochains Jeux pour que les sports d’hiver se dotent d’un véritable passeport. L’ISU (patinage de vitesse) l’a introduit depuis quelque temps. Mais d’autres fédérations traînent la patte, ou sont tenues de régler le problème. Les autorités sportives doivent remettre en question ce système de gestion interne sans contrôle indépendant. Par ailleurs, le Code de l’AMA a le mérite d’exister et de pousser vers cette indépendance, mais on voit ces jours qu’il présente des faiblesses dans son application. Il conviendrait d’instaurer un cadre juridique plus adapté aux affaires de dopage. Même si les moyens juridiques efficaces et justes sont compliqués à mettre en œuvre.» Dont acte. (nxp)

Créé: 05.02.2018, 22h06

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