La descente menacée de disparaître des Jeux olympiques? «Une hérésie!»

Ski alpinLe patron du ski autrichien a mis le cirque blanc en ébullition. A la RTS, Massimo Lorenzi défend un mythe.

«A Wengen, Kitzbühel (ci-dessus), Vancouver ou même Sotchi, les descentes ont été largement plus suivies que les autres épreuves», rappelle Massimo Lorenzi, patron du Service des sports à la RTS.

«A Wengen, Kitzbühel (ci-dessus), Vancouver ou même Sotchi, les descentes ont été largement plus suivies que les autres épreuves», rappelle Massimo Lorenzi, patron du Service des sports à la RTS. Image: AP

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Son gros coup de tonnerre, le 15 octobre, avait déclenché une avalanche d’incompréhension. C’est une petite phrase lâchée au détour d’une discussion qui a mis le cirque blanc en ébullition, jusqu’à Lake Louise où la Coupe du monde se met dès demain à l’heure américaine. Alors qu’un géant féminin est prévu déjà ce soir à Aspen, Aksel Lund Svindal, Kjetil Jansrud et les spécialistes de la vitesse continuent de foncer à toute allure, sans se poser de question…

Le très puissant Peter Schröcksnadel, boss du ski autrichien, n’a pas seulement touché à sa Streif de Kitzbühel et à son peuple. Il s’est surtout attaqué à l’épreuve reine, une tradition.

Douze athlètes concernés?

Selon l’omnipotent président de la Wunderteam, la descente n’est plus assez télégénique. Ce n’est pas le planté du bâton qui pose problème à celui que l’on surnomme le Napoléon de la montagne. C’est l’intérêt des téléspectateurs, les audiences en chute libre, qui l’inquiètent. Que la course soit décidée en moins de vingt minutes; que la victoire ne concerne que douze athlètes, pas plus.

Pour lui, il faudrait créer une épreuve de qualification la veille où les meilleurs pourraient alors choisir leur numéro de départ. «Ou alors, menace-t-il, la descente risque de disparaître du programme olympique en 2022 à Pékin.» Rien que ça! Pourquoi pas supprimer le 100 mètres aux Jeux d’été pendant qu’on y est!

«Je n’arrive pas comprendre les arguments de ces gens qui puissent envisager la suppression d’une descente, c’est une hérésie, s’indigne Massimo Lorenzi, patron du Service des sports à la RTS. Alors on arrête de programmer le FC Barcelone sous prétexte qu’ils en mettent six à la Roma. Dans tous les sports, les meilleurs seront toujours devant. On sous-estime l’intérêt du public. La descente, qui plus est olympique, est au ski alpin ce que la finale de la Ligue des champions ou de la Coupe du monde est au football, poursuit le journaliste. C’est le mythe du ski. Le supprimer, ce serait se couper du public qui demande de tels événements. Il est faux de croire que les gens quittent la descente après le passage du No 30. Ils restent jusqu’au bout de l’événement.»

Et l’ex-présentateur du téléjournal d’assurer qu’au niveau des audiences, rien ne régate avec une grande descente, qu’elle soit olympique ou en Coupe du monde. «A Wengen, Kitzbühel, Vancouver ou même Sotchi, elles ont été largement plus suivies que les autres épreuves», renchérit le Genevois.

Si le ski suisse est en perte de vitesse, la descente reste un must, question de culture. «Notre notoriété a augmenté depuis que nous sommes sous contrat avec Swiss Ski (ndlr: depuis 2006), confiait avec beaucoup d’assurance Cyril Grin, responsable sponsoring sportif pour Helvetia, lors des derniers Mondiaux de Vail. Sur la longueur, c’est un bon retour sur investissement.»

Si les gamins ne se dépêchent plus de rentrer de l’école pour ne pas rater une miette lorsque s’élance Patrick Küng ou Lara Gut, il n’en reste pas moins que la descente demeure toujours aussi spectaculaire pour les purs et durs, passionnés de tous les sports. Mais elle aurait besoin peut-être d’un coup de jeune pour la rendre encore plus télégénique, non? Pour crever l’écran, comme le snowboard ou le ski acrobatique. «Je pense surtout qu’il y a une manière de lire ou de raconter une course, estime encore Massimo Lorenzi. Il y a un savoir-faire plus ou moins élevé selon les endroits où on filme l’épreuve.»

Une question de moyens

Si le hockey est une religion au Canada, le ski alpin est une culture en Suisse ou en Autriche. «Les Anglais filment le football mieux que les Italiens, comme une sorte de culte, assure le responsable des sports du quai Ernest-Ansermet. Ils ont un art de narrer une histoire, pour la descente c’est la même chose. Il y a un savoir-faire dans la disposition des caméras et de la captation, que ce soit à Wengen ou à Kitzbühel par exemple. Certains autres pays ont plus de peine à réaliser, parce que filmer ça coûte de l’argent. A titre indicatif, le Tour de France, avec les caméras, les hélicoptères, les drones et tout le reste, c’est un million par jour. Si on filme Wengen avec seulement quatre caméras, les gens éteindront peut-être leur poste!»

Mais ce n’est pas encore pour demain. «Il n’y a aucune raison de s’inquiéter!» a d’ailleurs répondu le président de la Fédération internationale, Gianfranco Kasper. Entre deux cigarettes, il s’est voulu rassurant, fin octobre à Sölden. «Il faut se méfier des rumeurs», a pouffé le Grison. En attendant, la première descente de l’hiver a lieu demain à Lake Louise…


Fränzi Aufdenblatten: «Pourquoi choisit-on des pistes aussi courtes?»

«Pourquoi va-t-on dans des endroits où les pistes sont aussi courtes?» Ancienne spécialiste de vitesse, Fränzi Aufdenblatten comprend, sur ce point particulier, la réaction du patron autrichien, qui s’inquiète pour l’image et l’avenir de la descente. Pour la Haut-Valaisanne (34 ans), qui revient de trois semaines de vacances à Hawaï, le profil du tracé de Pyeongchang (JO 2018) est indigne d’une descente olympique. Pour la Suissesse, qui travaille désormais pour GPS Performance (société vaudoise qui gère les athlètes), c’est une certitude: l’épreuve reine n’est pas en danger.

Concernant les retransmissions télévisées, la jeune retraitée du cirque blanc a sa petite idée. «C’est l’éternelle question qui revient chaque année dans le portillon entre les athlètes, soupire Fränzi Aufdenblatten qui, lors de sa fin de carrière, s’est souvent élancée devant. Il y a d’un côté l’audience à la télé et de l’autre les athlètes. La meilleure chose pour les téléspectateurs c’est en effet d’inverser l’ordre de départ avec les meilleurs à la fin, comme lors des épreuves techniques. Mais cela devient un désavantage pour les dominateurs de chaque discipline. Entre le No 1 et le 30, il y a souvent une heure d’intervalle et les conditions peuvent changer complètement. Ou alors on reprend le système qui était en vigueur il y a quelques années: l’athlète choisit son dossard au terme de l’entraînement en fonction de son résultat. Cela laisse un peu de place pour la tactique et les coups de poker en fonction de la météo du lendemain. De toute manière, tous les vrais fans de ski regardent la course jusqu’au bout.» Peu importe la longueur du tracé, elle en est convaincue! C.MA.


Didier Défago: «Avec Russi, on va s’attaquer à Pékin 2022»

Champion olympique de descente à Vancouver, Didier Défago a souri lorsqu’il a lu, comme beaucoup d’amoureux de ski et de sport, que la descente des Jeux est en danger. «Selon moi, c’était un moyen pour Peter Schröcksnadel de faire passer un message», explique le Valaisan. Autrement dit, de secouer le cocotier pour redonner un lifting dans cette discipline qui l’a propulsé, le 16 février 2010, au panthéon de la gloire.

Mais comment la rendre plus télégénique? «En réintroduisant des sauts, la FIS a pris selon moi la bonne direction, estime le Morginois, qui se trouve aux Etats-Unis avec son ancienne marque de ski pour effectuer des tests de matériel. Il y a davantage de mouvements de terrain. C’est la durée de prise d’antenne qui pose aujourd’hui problème. Selon moi, il faut agrandir le top groupe à quinze skieurs pour éviter une trop longue coupure publicitaire avant le dossard 16 et après le 22. Les gens ne doivent pas se focaliser uniquement sur ces huit athlètes. C’est comme si, lors d’un match de football ou de hockey, on ne filme que les actions près du but et que l’on ne place la caméra que sur le gardien et les attaquants. Maintenant, si vous avez Patrick Küng avec le 9 et Kjetil Jansrud le 22 ou Ligety le 2 et Hirscher le 15 dans les disciplines techniques, l’intérêt sera rallongé d’une demi-heure…»

Futur architecte des pistes, l’apprenti de Bernhard Russi a déjà fait un saut à Pyeongchang où il a été surpris par l’avancement des travaux. «On va bientôt s’attaquer à Pékin 2022 où on pourra se rendre compte sur place si le tracé est trop court ou pas. Mais il faut se méfier de ce qu’on lit.» Il y a parfois de quoi sourire… C.MA.

Créé: 27.11.2015, 09h11

Au programme ce week-end

Dames à Aspen (EU)

Vendredi: géant (18h/21h)

Samedi: slalom (18h15/21h15)

Dimanche: slalom (18h/21h)

Messieurs à Lake Louise (Can)

Samedi: descente (19h30)

Dimanche: super-G (19h)

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