Dona Bertarelli: «La fatigue est là, mais on est sur le chemin du retour»

Voile«Spindrift 2» a passé l’antiméridien et se rapproche toujours plus du but. «Bon pour le moral», dit la navigatrice, jointe en plein Pacifique.

Dona Bertarelli a parfois des coups de mou. Mais après plus d’un demi-tour du monde, elle dresse un premier bilan très positif sur les plans sportifs et humains.

Dona Bertarelli a parfois des coups de mou. Mais après plus d’un demi-tour du monde, elle dresse un premier bilan très positif sur les plans sportifs et humains. Image: YANN RIOU

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C’est une bascule étonnante. Elle vous fait gagner une journée dans une vie. Pour Dona Bertarelli, il n’y a pas eu un mais deux 14 décembre. C’est ce jour-là, au fin fond de l’océan Pacifique, que Spindrift 2 a passé l’antiméridien. «C’est un moment très spécial, dit Dona Bertarelli. Dès que tu as franchi cette ligne, tu ne t’éloignes plus de l’arrivée, tu es sur le chemin du retour. C’est vraiment bon pour moral!»

Après plus de vingt-quatre jours passés en mer, le plus grand trimaran de course au large est toujours dans la course au record du Trophée Jules Verne. Mardi matin, nous avons joint la seule femme de l’équipage de 14 marins. Armatrice éclairée du monstre marin (40 m de long), la compagne du skipper Yann Guichard répond d’une voix claire qui laisse tout de même par instants poindre une légère mélancolie. Interview d’une barreur-régleur qui bluffe son monde.

Dona Bertarelli, comment se passe la vie au bout du bout du monde?

Ça se passe plutôt bien. On navigue depuis plusieurs jours dans des conditions relativement clémentes. Ce n’est pas une météo qui nous permet de faire de la haute vitesse, mais il faut faire avec. Il y a une vingtaine de nœuds de vent et le bateau glisse entre 20 et 30 nœuds.

On peut dire que le Pacifique porte bien son nom, pour une fois?

C’est clair que ce n’est pas les conditions auxquelles on peut s’attendre. Après la Nouvelle-Zélande, nous avons dû choisir entre deux routes pour contourner une grosse bulle anticyclonique. Le routeur météo s’est creusé la tête pendant un moment. Pour tout vous dire, il a même appelé son homologue de notre concurrent, Idec Sport. Ils sont arrivés à la conclusion que l’option sud, beaucoup plus rapide, nous faisait descendre à plus de 60 degrés sud. Là, on aurait été clairement trop près de la banquise et ce n’était pas raisonnable d’envoyer deux équipes faire du match race entre les icebergs.

Vous avez donc été contraints de rallonger considérablement votre route. Est-ce un regret dans la mesure où c’est justement sur ce tronçon que «Banque Populaire V» avait connu des soucis de vitesse il y a quatre ans?

C’est clair qu’on ne devrait pas pouvoir gagner ces deux jours comme on l’avait imaginé et espéré. C’est le jeu de ce record, la météo n’est pas toujours comme on l’imagine. Mais il n’y a pas de regret. On a pris une sage décision, Idec aussi, je pense. Et on est encore dans le match alors que plus de la moitié du parcours a été accomplie, c’est génial car il ne faut pas oublier que le temps de référence est exceptionnel. On fera un point au cap Horn. Et il y aura encore plein d’opportunités pour accélérer et essayer de faire une différence.

Après plus d’un demi-tour du monde, quel bilan pouvez-vous tirer?

Il est très bon. Notre choix d’avoir une équipe mixte, avec des marins expérimentés et des marins plus jeunes et issus de l’olympisme et des petits bateaux, fonctionne bien. C’est deux approches qui nourrissent les discussions sur la manière de régler au mieux le bateau pour le faire avancer. C’est très riche et efficace. Pour le reste, le système des quarts mis en place fonctionne très bien. Il y a un peu de fatigue qui s’est installée à bord, mais c’est tout à fait normal.

Et vous, Dona Bertarelli, vous la vivez comment cette aventure?

Globalement, ça se passe bien. Maintenant, je ne cache pas que j’ai des petits coups de mou. Mais ça, j’imagine que c’est comme pour tout le monde dans ce genre d’aventure. Sinon je prends du plaisir et je prends chaque jour comme il vient.

Physiquement, vous tenez le choc?

J’ai eu un peu de mal au début à prendre le rythme. Mais sinon tout est OK, je suis en forme.

Qu’avez-vous appris sur vous-même depuis le départ de Brest?

Au niveau de la navigation, je m’étais tellement préparée mentalement au pire que je n’ai pas eu de stress particulier. Il faut dire que jusqu’à présent, on a été épargné par les grosses tempêtes comme on les imagine, dans le Sud notamment. On a des conditions, 30 nœuds de vent et une mer pas trop formée, que je connais très bien et que je maîtrise.

Et d’un point de vue plus personnel?

J’ai découvert que j’adorai écrire. je le fais pour les écoles dans le cadre du programme Spindrift for School, que l’on trouve sur notre site Internet. C’est un fantastique exutoire pour laisser sortir les émotions. Lorsque vient mon quart de stand-by, c’est là que je me mets à écrire. Ça me permet d’exprimer ce que je ressens, ce que je vis et ce que je vois. Et c’est au travers de l’écriture que je m’apaise. Du coup, je ne ressens que très peu le stress et tout va bien.


«Je vais passer les Fêtes avec mon autre famille»

Vous allez passer les Fêtes en mer, loin de votre famille. Comment appréhendez-vous ces instants particuliers?

C’est vrai, je serai avec mon autre famille… On va fêter Noël et Nouvel-An à bord. Ce sera un grand moment d’émotion le jour venu, sans aucun doute. Maintenant, je sais que pour mes enfants, ça se passe super bien à terre et qu’ils vivent très bien l’aventure. Ils ont la chance d’être bien entourés. Ça va vite passer tant pour eux que pour moi.

Et depuis le 14 décembre, vous vous rapprochez d’eux…

On a franchi l’antiméridien et ça veut dire qu’on est sur le retour. Au lieu de s’éloigner, on est en train de se rapprocher de la maison. Chaque mille qui passe me rapproche désormais de ma famille, ça fait du bien à tout le monde.

La ligne d’arrivée est encore très loin. Que vous inspire la prochaine marque de parcours, le cap Horn?

C’est mythique. Rien que le nom renvoie à l’histoire de la voile. On devrait y passer dans une semaine (ndlr: mardi 22 décembre puisque la conversation a eu lieu il y a deux jours). On ne sait pas encore quelles seront les conditions que nous aurons et si nous passerons près ou loin du rocher. Verrons-nous la terre? Pas sûr. Mais je me réjouis, quoi qu’il puisse en être. Contrairement aux autres caps (Bonne-Espérance et Leeuwin), qui sont justes des points de passage, le Horn, c’est autre chose. C’est une délivrance après une vingtaine de jours dans le Grand-Sud. J’espère qu’il sera clément avec nous pour profiter au mieux de ce moment magique.

Un mot sur le skipper, Yann Guichard, votre compagnon?

Il est fidèle à lui-même. C’est-à-dire qu’il est toujours sur le pont quand il le faut. Il est aux aguets. Surtout, il reste calme. Quelle que soit la situation. Il laisse une certaine liberté au chef de quart, mais il entend tout, il voit tout. C’est sans aucun doute le plus fatigué d’entre nous car il ne dort que d’un œil. Il a mené ce bateau tout seul lors de la Route du Rhum. Cela nécessite des aptitudes physiques et mentales hors du commun. C’est Yann… G.SZ

Créé: 17.12.2015, 09h17

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