Dopage mécanique et mécanique d'un mensonge

CyclismeDans un livre passionnant, Philippe Brunel enquête sur la fraude technologique. Il a suivi à la trace le concepteur des vélos à moteur, Istvan Varjas.

Les tests sur les vélos pour tenter de déceler un éventuel moteur sont sujets à caution.

Les tests sur les vélos pour tenter de déceler un éventuel moteur sont sujets à caution. Image: Keystone

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«Je voulais juste te dire (Philippe)… si demain, tu apprends que j’ai eu un accident ou que je me suis suicidé, n’en crois rien.» Le petit mot, signé Istvan Varjas, daté de novembre 2016, à Rome, fait froid dans le dos. Il suggère que les pratiques mafieuses rôdent dans les parages, que la vie est aussi noire que le roman du même nom lorsque les truqueurs, les faiseurs d’argent et les corrupteurs entrent en jeu. Sans foi ni loi, ni états d’âme d’aucune sorte. Le titre de l’ouvrage de Philippe Brunel, paru chez Grasset, corrobore l’impression: Rouler plus vite que la mort.

De sa plume talentueuse, fine, alerte, l’intéressé tient en haleine son petit monde, mais pas uniquement celui du cyclisme dans lequel il gravite en tant que journaliste spécialisé pour le compte de L’Équipe depuis des décennies. L’auteur a interviewé et traqué le physicien et inventeur hongrois, ancien coureur de bon niveau et concepteur des vélos à moteur qui électrisent le peloton professionnel depuis presque vingt ans et polluent les palmarès. De Paris à Bâle en passant par Budapest et Pécs, la ville d’Ist­van Varjas, Bruges et la Toscane, Brunel a enquêté à la poursuite de Lance Armstrong. En filigrane se pose la question: dans son ambition sans limites et ses visées hégémoniques, le «Boss» avait-il, lui aussi, croisé la route d’Istvan Varjas? Une façon de rajouter une couche de dopage, en l’occurrence mécanique, à celui, chimique, qui colle au maillot jaune de l’ex-septuple vainqueur du Tour.

Avec courage – il en faut quand on a été vacciné avec un rayon de bicyclette et que l’omerta est érigée en règle dans le milieu –, Philippe Brunel détoure les ombres d’un arrière-monde impénétrable. «À toi, Patrick, qui sait ce qui se cache derrière les apparences», écrit-il, comme on chuchote un secret, sur sa dédicace. On aimerait lui dire oui. Mais, conscient que la mécanique d’un mensonge est complexe, on s’efforce simplement de ne pas baisser les bras quand certains les lèvent trop facilement et en toute impunité.

Pas pris, pas puni
«Je n’ai plus eu qu’une obsession: lutter contre le dopage biologique, trouver l’arme absolue, et ce moteur, c’était l’arme absolue, confesse Varjas. Les hormones laissent des traces dans le sang, dans l’urine surtout, depuis qu’on peut congeler les éprouvettes. Un dopé reste à la merci d’un contrôle rétroactif. Avec le moteur, rien de tout cela. Si l’on ne vous prend pas sur le fait, personne ne pourra vous accuser d’avoir triché.»

Cédons la plume à Brunel: «Le secret de Lance reposait, disait-on, dans ses infinis détails, des «gains marginaux» (ndlr: si chers au Team Sky) que l’attaché de presse de l’équipe US Postal livrait à la gloutonnerie des médias et au compte-gouttes, comme ces perfusions que le Texan et ses équipiers s’enfilaient dans les veines, après dîner, dans l’intimité d’une chambre d’hôtel, sous la lueur d’un abat-jour.»

Un abat-jour en opaline répandant une lumière orangée comme dans un roman de Patrick Modiano. Dans l’angle du salon, il y a un canapé de cuir rouge. Est-ce celui où l’on cause dopage en roulant les mécaniques? (nxp)

Créé: 03.01.2018, 19h11

Plus dure est la chute pour le livre de sport

Quand le livre va, tout va, essaient de se persuader les écrivains journalistes sportifs. Las, les statistiques ne parlent pas en faveur du genre. Dans sa rubrique business, «L’Équipe» dressait, il y a un mois, un bilan plutôt sombre. Entre novembre 2016 et octobre 2017, le chiffre d’affaires annuel des livres de sport a reculé de 9,4% pour se situer à 29 millions d’euros. La baisse (en volume) enregistrée par les plus beaux livres de sport en un an est plus significative: 22,4%.

Directeur du panel livres de l’institut GfK (spécialiste des études de marché), Sébastien Rouault avance l’explication suivante: «Aujourd’hui, il y a bien d’autres moyens d’accéder à de belles photos avec les smartphones, les tablettes et autres ordinateurs.»

Éditeur très actif chez Hugo Sport, Bertrand Pirel pointe du doigt l’Euro de football. «Il y a eu un cataclysme collectif parce que tout le monde s’est engouffré dans la brèche début 2016. Avec un Euro en France, le spectacle était partout: dans les stades, dans la rue, à la télé et sur Internet. Les gens n’avaient plus le temps de lire un livre de sport. Conséquence: ça a été le trou noir sur les ventes. Et qu’est-ce qu’on a fait en 2017? On a continué à publier de façon excessive.»

Comme si le sport devait toujours faire dans l’excès de zèle. Quitte à tomber de haut.

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