«L’équipe de Suisse a manqué de cœur pour aller plus loin»

Football Christian Constantin, président du FC Sion et promoteur immobilier, parle de l’Euro, beaucoup, et de ses affaires, un peu.

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«Il n’y a pas beaucoup de nanas par ici!» Honneur donc est fait à la responsable de la rubrique culturelle qui a droit à l’ouverture du tour de table. «Salut. Salut. Salut, tu vas? Salut…» Costume léger, lunettes noires, chaussures effilées enfilées sans chaussettes, Christian Constantin fait d’emblée du Christian Constantin. Il donne du «tu» à qui mieux mieux pour mieux donner le «la». «Ça efface les différences et ça place tout le monde à pied d’égalité, dit-il. Cela permet surtout de se concentrer sur l’essentiel dans une discussion.»

Invité à la rédaction de la Tribune de Genève, l’homme d’affaires valaisan, président du FC Sion, a comme souvent rapidement mis l’assemblée dans sa poche. Loin de l’image du dirigeant coupeur de têtes ou du promoteur immobilier sans scrupule, l’homme le plus puissant du Vieux-Pays est comme un poisson dans l’eau, en visite «à la capitale». Il sourit à la provocation. «J’aime Genève, j’y ai plusieurs amis. C’est une ville qui a des liens forts avec notre canton. C’est là que sont descendus de nombreux Valaisans il y a plus de cinquante ans pour travailler et offrir une vie meilleure à leurs enfants. Sans de nombreuses erreurs politiques et autres blocages, je pense que Genève serait aujourd’hui la ville la plus riche du monde.»

Au fil de la discussion, ce grand séducteur de 59 ans dévoile un sens aigu du commentaire. Brexit, politique genevoise, fédérale ou internationale, société, économie, aucune rubrique de la Julie n’échappe à sa sagacité. Et à son franc-parler. Vous êtes plutôt Merkel ou Hollande? «Y me font chier les deux!» Mais ce sont davantage les pages sportives et donc l’Euro 2016 qui titillent ce passionné de football, lui-même ancien gardien – davantage besogneux que talentueux, dit-il souvent sans fausse modestie.

Christian Constantin, quel regard pose le passionné de football sur cet Euro qui entre dans sa phase finale?

Il y a une confirmation. Tout se joue là! (il pointe son index sur sa tempe). Tout est dans la tête. On s’aperçoit aujourd’hui que le football est bien organisé dans n’importe quel pays du monde. Avant, tu avais certaines nations qui avaient un coup d’avance. Maintenant, on voit bien dans cet Euro que ce n’est plus le cas. Que tu sois Irlandais, Gallois, Français, Italien, Allemand, Islandais, Roumain ou Suisse, tous les détails sont soignés de la même façon. Que ce soit au niveau du physique, du matériel, de la nourriture, les athlètes sont bien préparés. Ensuite, au niveau de l’analyse du jeu des uns et des autres, là non plus tu n’as plus de secret. Avec les vidéos, tu sais comment untel ou untel va jouer. Qu’est-ce qui fait la différence? Le mental et le cœur.

Et quelles sont justement selon vous les équipes qui ont le plus gros mental et le plus gros cœur?

Bon. Au niveau des grosses nations traditionnelles, je dirais l’Italie. Quand Antonio Conte disait qu’il voulait aller au sommet de l’Euro avec cette équipe-là, tout le monde lui disait que c’était impossible. Il y a dix, quinze ans, n’importe qui pouvait donner le nom de huit ou neuf des onze joueurs de l’Italie. Aujourd’hui, à part Buffon, je ne suis pas sûr qu’on puisse en citer un seul! Ça veut aussi dire qu’avec des joueurs moins talentueux, a priori, que des Baggio, des Pirlo, des Del Piero, tu peux quand même aller loin. Ça redonne à l’envie toute sa place et c’est très bien.

Parlons d’envie, de gnaque, de grinta, d’amour du maillot et du drapeau. Quid de la Suisse?

C’est ce qui nous manque pour aller en quarts de finale! Il n’y a pas cet attachement à une bannière. Et on paie là le fait que beaucoup de nos joueurs sont issus de la diversité. Ils ont longtemps le choix entre deux pays. C’est donc tout à fait compréhensible que l’attachement au drapeau soit moindre. Il faudrait selon moi développer cet amour du maillot dès le plus jeune âge. Il faut réunir les gens autour d’un projet commun capable de transcender les individualités. Et c’est ensuite l’alignement de ces projets qui font l’histoire et créent un patrimoine. C’est un travail que nos dirigeants ne font pas. L’Italie s’inspire de Conte. Chez nous, et sans remettre en cause ses qualités, le coach est Bosnien.

Il faudrait s’inspirer des treize campagnes victorieuses de Sion en Coupe de Suisse?

Quelque part, je dirais oui. Quand je vais chercher un Black, Ouattara, au mois de janvier en Côte d’Ivoire, et que six mois plus tard, il dit: «Nous les Valaisans», c’est qu’il a adhéré au projet commun… Et c’est génial.

Puisque vous évoquez votre club, qu’est-ce qui vous fait encore avancer à la tête du FC Sion?

L’envie est là. Je dis toujours qu’on est locataire sur cette terre. Alors, tant que tu peux profiter de l’appartement, fais-le car on t’enlèvera les clefs bien assez vite. J’ai rempli le drapeau valaisan avec les victoires en Coupe de Suisse (ndlr: 13). Ce serait bien d’aller rechercher un championnat, histoire de pouvoir bomber le torse un moment.

Un peuple bombe le torse en ce moment, c’est l’Islande. Comment expliquez-vous ce miracle?

C’est une nation de 330 000 habitants qui vénérait le pognon. Il y a eu le crash, suivi d’une prise de conscience nationale et d’une vraie réflexion. Les gens se sont dits: «On ne peut pas être banquier toute la journée, il faut aussi que l’on se soucie des générations futures.» Ils ont mis en place les infrastructures, terrains chauffés dans des halles pour pouvoir jouer toute l’année. Il y a donc eu une vraie volonté politique et populaire de s’engager à fond dans le sport. Ça a fonctionné en handball et le football suit maintenant. On en revient au projet, au drapeau, à l’envie.


Chasseur de terres grâce à l’hélicoptère

Si Christian Constantin est surtout connu comme patron du FC Sion, son métier de base reste l’immobilier. Il ne le cache pas: «Je gagne de l’argent avec mes affaires immobilières et j’en perds avec le football.» Le Valaisan, basé à Martigny, affirme régner sur un empire foncier: 1,2 million de mètres carrés. «En majorité en Valais, mais j’ai aussi 400 000 m2 dans le canton de Vaud», souffle-t-il. En volume d’affaires, Christian Constantin assure «construire pour un montant évoluant entre 250 et 400 millions de francs par an».

Avec son bagout habituel, il livre le secret de cette accumulation qui fait sa fortune et celle de sa société de promotion et d’entreprise générale employant 60 personnes. «La recette est simple: contrôler des terrains bien placés. Je vole souvent en hélicoptère pour repérer les zones intéressantes, par exemple autour de l’autoroute qui remonte le Valais.»

Il prend de la hauteur, observe les flux de circulation qui déboucheront sur les mouvements de chalands. Une fois sur terre, il réserve les terrains ou les achète. Une idée toute bête, en somme, qui immobilise quand même du capital: «Six ou sept millions.» Le promoteur se condamne donc à continuer à chasser du foncier, mais aussi à construire, réaliser l’affaire. Mais il aime ça. C’est un homme de coups, marchant au flair.

De Martigny à Sierre, ses centres commerciaux, administratifs ou artisanaux ont poussé comme des champignons. «En tout, j’en ai construit une cinquantaine en Suisse.» A Vevey, il vient d’achever le Centre des 2 Gares. Mais il est peu présent à Genève car, dit-il, «les autorisations de construire prennent trop de temps. A Genève, on en reste à des embryons de projet quand tout est déjà construit ailleurs.»

Christian Constantin caresse aussi de gros projets: The Highest, à Crans-Montana, un énorme complexe résidentiel de haut standing. Devisé à combien? «Environ 240 millions de francs», précise le promoteur martignerain. Dans le canton de Vaud, deux autres opérations lui tiennent à cœur: Les Terrasses de Lavaux, à Chexbres, un ensemble hôtelier et résidentiel pesant 100 millions, et le Clos de Chillon, où le Valaisan veut construire trois villas luxueuses coûtant ensemble 80 millions.

Roland Rossier

(24 heures)

Créé: 30.06.2016, 09h35

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Christian Constantin, en visite à la rédaction de la «Tribune de Genève», a démontré son sens aigu du commentaire. (Image: Olivier Vogelsang)

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