Ex-espoir du vélo, il va affronter la redoutable Étape du Tour

CyclismeDenis Morand est l’un des 16'000 coureurs qui s’élanceront dimanche sur le même tracé que les pros de la Grande Boucle.

Denis Morand a multiplié les sorties d’entraînement pour être prêt à braver les 135 km et 4563 m de dénivellation de l’Étape du Tour, entre Albertville et Val-Thorens.

Denis Morand a multiplié les sorties d’entraînement pour être prêt à braver les 135 km et 4563 m de dénivellation de l’Étape du Tour, entre Albertville et Val-Thorens. Image: MARIUS AFFOLTER

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Les souvenirs fusent dans la tête de Denis Morand, 55 ans, ancien espoir du cyclisme actif dans les années 80, aux côtés notamment du futur champion olympique Pascal Richard, de Mauro Gianetti ou de Gilles Blaser, qui allait devenir vice-champion du monde de cyclocross. «Je me rappelle encore avoir chuté aux championnats de Suisse juniors en 1982, l’année où Mauro l’avait emporté. J’avais quand même pu terminer la course, mais c’était dur.»

Chez lui, le vélo a toujours été une passion. «Mon papa avait eu le virus avant moi, se souvient ce Genevois désormais établi à Arzier, sur La Côte. Après ma naissance, il s’était racheté un vélo de course. J’ai disputé ma première épreuve à 6 ans et je ne me suis jamais arrêté.»

À l’instant crucial de faire un choix entre une vie potentiellement hasardeuse et précaire de cycliste professionnel et une occasion de se lancer dans le monde des affaires, il a cependant opté pour la seconde voie. «J’y ai souvent pensé avec un petit regret, en me demandant ce qu’aurait pu être mon existence dans le peloton. Mais je me suis lancé à fond dans mon business – dans les laboratoires dentaires – et je ne me suis plus retourné», sourit l’ancien champion genevois de cyclocross (1979), aujourd’hui père de trois enfants.

«Ça va être costaud»

Le cyclisme, Denis Morand en est toujours resté proche. Régulièrement, il a pris part à des épreuves de renom comme la Classique Pascal Richard ou la cyclosportive Megève - Mont-Blanc. Et c’est sans hésiter qu’il a bondi sur l’occasion, lorsqu’elle s’est présentée, de disputer l’Étape du Tour, épreuve amateur annuelle qui emprunte le tracé de l’une des étapes du Tour de France (lire encadré). «Un ami de la région a reçu six dossards pour le départ avec les VIP (ndlr: parmi lesquels on verra cette année l’ancien champion Fränk Schleck, le chef étoilé Jean Sulpice et certainement quelques habitués comme les anciens champions Bernard Hinault, Eddy Merckx ou encore l’ex-tennisman Henri Leconte). J’ai étudié le profil, ça va être costaud, avec environ 6% de pente en moyenne.»

Sur cette étape, la 20e du Tour, que les pros disputeront le samedi 28 juillet, il faudra braver une distance de 135 km pour 4563 m de dénivelé positif, entre Albertville et Val-Thorens. Il s’agira d’ailleurs de l’arrivée la plus haute de l’histoire de cette cyclosportive, à 2365 m. «La dernière bosse fait quand même 33 km, grimace Denis Morand, en évoquant l’ascension hors catégorie vers la station savoyarde. Et on aura déjà cent bornes dans les jambes!»

Afin d’être prêt à affronter tous les pièges de cette épreuve, l’ancien athlète a multiplié les sorties d’entraînement, à chaque fois que son emploi du temps le lui permettait. Y compris durant les vacances familiales en Vendée, cette semaine. «D’ici à dimanche, j’aurai roulé environ 2000 km en préparation. Ça va passer, même si idéalement il m’en aurait fallu 1000 de plus. Je me maintiens assez en forme et je ne roule jamais au point de tout casser. Je fonctionne encore pas mal à ma mémoire de la course, ce qui me permet de doser mes efforts, de les fournir au bon moment. Il faudra aussi penser à bien s’hydrater.»

Objectif: sous les 6 heures

Ce que Denis Morand craint un peu plus, en revanche, c’est le nombre de participants. Le contrôle technique des montures des 16'000 participants – le dopage mécanique n’épargne pas les amateurs – provoquera forcément beaucoup d’attente. Sans parler des risques. Aucune autre course n’est disputée par autant de concurrents à la fois. «Même avec des départs fractionnés, il faut être vigilant, parce que ça fera quand même un millier de coureurs s’élançant ensemble. Rouler en peloton, c’est quelque chose de spécial. Il y a des gens qui ne savent pas le faire et ça peut être dangereux. Je tâcherai de rester sur l’extérieur, pas au milieu. Ma pratique du cyclocross m’a beaucoup aidé pour l’équilibre et la technique.»

Quant à ses objectifs, il n’entend pas viser la lune. Boucler l’étape en six heures satisferait déjà largement cet amoureux de la petite reine. «Si j’y arrive, je serai très content.» Il ne reste plus qu’à mouliner jusqu’au sommet.



Dans les mêmes conditions que les pros

Il n’a fallu que 8 heures et 40 minutes aux organisateurs pour écouler les 16'000 places disponibles sur l’Étape du Tour 2019. Un record à l’occasion de la 29e édition. L’an passé, la grille des inscrits avait mis cinq jours à se remplir.

Chaque année depuis 1993 (il y avait eu deux étapes en 2011 et en 2012), des milliers de cyclistes amateurs s’élancent sur le parcours proposé dans les mêmes conditions, ou presque, que les stars quelques jours plus tard. Routes fermées à la circulation, deux hélicoptères TV dans les airs et un village-départ pour accueillir la foule. Il ne manque que la fameuse caravane publicitaire.

«Les concurrents disposeront même de l’assistance mécanique neutre, la même que les pros», souligne Marie Bonnet, chargée de communication. De quoi enthousiasmer plus d’un adepte. «Il ne s’agit en principe pas de novices, le tracé étant assez relevé, mais il y a des coureurs de différents niveaux.»

Les Suisses sont particulièrement bien représentés, avec le deuxième taux de participation, parmi les 31% d’étrangers, derrière la Grande-Bretagne. Et pour éviter une surcharge ingérable, l’organisation procède à une quinzaine de départs échelonnés. Cela donne tout de même des pelotons spectaculaires, où il n’est pas évident de se faire une place.

Créé: 17.07.2019, 19h40

Une hanche, un chat et un «ouf»

L’étape du jour


Stéphane Rossetto (Cofidis) n’est pas un coureur comme les autres. Mercredi, entre Albi et Toulouse, il est devenu le cycliste à avoir passé le plus de kilomètres en échappée depuis le début de ce Tour. Il a couru la bagatelle de 585,5 km devant le peloton! Un morceau de bravoure pour un homme qui, en mars, s’était fracturé la hanche en trois après qu’un chat avait traversé sa route d’entraînement.

À 32 ans, le Français dispute son premier Tour de France et semble s’amuser comme un junior. Il n’est encore jamais allé au bout, c’est vrai. Mais cette 11e étape était de toute façon promise à un sprinter. C’est Caleb Ewan qui l’a emporté et poussé un «ouf» de soulagement. Le sprinter australien de 25 ans, qui avait déjà gagné sur les deux autres grands Tours, avait fini trois fois 3e et une fois 2e depuis le départ de Bruxelles.

Dans la Ville rose, il s’en est fallu d’un boyau qu’il ne soit encore battu par Dylan Groenewegen. Mais la roue a enfin tourné du bon côté. «Le Tour est le plus haut niveau de notre sport. Donc c’est la plus belle victoire de ma carrière. Maintenant, c’est la montagne, donc relax pour moi», a-t-il apprécié.

Robin Carrel, Toulouse

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