Federer a-t-il gardé encore un miracle pour Djokovic?

Open d’AustralieBlessé aux adducteurs, le Bâlois s’est faufilé jusqu’au choc contre le Serbe. Mais aura-t-il lieu? Et si oui, a-t-il une chance?

Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Roger Federer ressemble décidément à un blockbuster hollywoodien: à mesure que la fin approche, il aligne les scènes irrespirables. D’un miracle à l’autre, de Millman à Sandgren, le Bâlois a traversé cet Open d’Australie sur un fil, défiant le vide tel un James Bond fatigué. «Je ne sais pas s’il me reste du crédit pour un sauvetage supplémentaire. J’ai déjà grillé pas mal de jokers», souriait-il mardi soir avant de quitter Melbourne Park. Son visage venait de s’illuminer pour la première fois. Comme s’il voulait repousser à plus tard cette idée effrayante: son prochain miracle devra être triple. En 48 heures, le Bâlois va en effet devoir se soigner, élever radicalement son niveau et trouver la faille contre Novak «Djokosmique». Quatre questions pour une course contre la montre.

1. Sera-t-il apte à jouer?

«Je l’espère, a spontanément répondu «le Maître» dans la partie anglaise de sa conférence de presse. Deux bonnes nuits de sommeil, l’avis du docteur, des soins et j’espère que j’aurai récupéré. Il faut être optimiste.» C’est vrai. Dans les faits, Roger Federer a concédé «une contracture aux adducteurs et des jambes qui se sont subitement durcies». Dit comme ça, l’alerte n’a rien d’une tuile irrémédiable. Sauf que rarement «RF» n’avait semblé aussi vide et anxieux au moment de parler d’une victoire. Une inquiétude sur laquelle il mit plus facilement des mots en français. «Je suis content et soulagé, ne vous y trompez pas. Mais en même temps, je nage en plein doute. Je n’ai aucune idée de comment tout cela va évoluer. Il faudra voir lorsque les anti-inflammatoires auront cessé de faire effet. Je vais appeler le docteur ce soir (Roland Biedert, celui qui a opéré Wawrinka) et on verra mercredi au réveil. Peut-être faudra-t-il passer une IRM. J’ai envie de me donner toutes les chances de jouer cette demi-finale. J’y crois. Mais si ça ne continue pas (sic), au moins j’aurai vécu un bon tournoi.» Mardi à Melbourne, tout était donc ouvert: de la guérison totale jusqu’au forfait.

2. À qui profitent les conditions?

À Novak Djokovic, clairement. De mémoire de suiveurs, il faut remonter aux premières années de l’ère «Rebound Ace» (et encore) pour trouver des conditions aussi lentes à Melbourne Park. Les balles (Dunlop) sont lourdes et deviennent des éponges après quatre jeux. Quant à la surface – posée par la firme GreenSet de Javier Sanchez – elle est si abrasive que, dans la fraîcheur du soir, la balle semble parfois s’arrêter. On exagère? À peine.

«J’ai l’impression que c’est encore plus lent que l’année dernière», avait bougonné Roger Federer dès sa première conférence de presse. Devenu diplomatique, il avait retourné le problème dimanche en se grattant le front: «Je dois trouver un moyen de mieux enchaîner vers l’avant, ce qui n’est pas simple.» «RF» manie l’euphémisme car il n’a pas le choix. Mais ce constat demeure: il n’arrive pas à traverser la balle en timing. Jouer en vitesse est presque impossible, il faut s’engager à fond dans chaque frappe; pour le plus grand plaisir de Stan Wawrinka. Et Novak Djokovic? Il n’est de loin pas le plus puissant. Mais son formidable retour et sa couverture de terrain deviennent effrayants dans ces conditions.

3. Quelle trace a laissé 2019?

Roger Federer et Novak Djokovic ont beau s’empoigner depuis quinze ans (23-26), leur année 2019 a fait basculer leur rivalité dans une autre dimension. De Wimbledon au Masters, ils ont ressenti l’un contre l’autre des émotions inconnues et d’une violence inouïe. «Le Maître» y a connu la mère de toutes les défaites, celle qui viendra hanter ses nuits de retraité. Tandis que la fureur amoureuse de l’O2 Arena pour son adversaire a touché «Nole» au plus profond de son être (il était au bord des larmes). Voilà pour l’irrationnel, ce qui pourrait faire basculer une fin de match invraisemblable. Mais auparavant, il aura été question de tennis. Et en ce sens, la victoire de «RF» au Masters est une mine d’informations. «Elle m’a fait du bien, valide-t-il. Elle m’a montré qu’il était battable. Contre lui, je ne peux pas faire qu’une seule chose de propre. Il faut que tout fonctionne et que je trouve le bon mélange. Mais si j’y parviens, j’ai ma chance. Je le sais. C’était bon de me le prouver, à mon âge et après Wimbledon. Cela dit, on joue ici en cinq sets, il faudra donc faire tout juste plus longtemps. Mais j’y crois.» Une phrase que Roger Federer a, cette fois, répétée dans toutes les langues.

4. Quel rôle jouera la chasse au record?

Les records et la place dans les livres d’histoire semblent bien dérisoires au cœur des émotions d’un tie-break décisif, comme mardi face à Sandgren (4e set) ou vendredi contre Millman (5e). Mais dès que la pression retombe, la caravane du tennis reprend sa calculette et son débat favori: lequel des trois «goat» terminera avec le record de titres en Grand Chelem (20-19-16)? Une opposition directe, dans le dernier carré d’un Majeur, pèse donc très lourd aux yeux du public. Et pour les joueurs? «Je suis content de faire partie de la course mais je suis arrivé à la conclusion que je ne serais pas plus heureux de la gagner, a expliqué Rafael Nadal cette semaine au «New York Times». Et puis on ne peut pas évaluer une carrière sur seulement quatre tournois dans l’année.» Roger Federer, lui, avait confié en décembre qu’il «s’attendait à ce que Nadal et Djokovic le dépassent». Que faut-il penser de ce détachement? Est-ce une protection, un discours de façade? Avec le temps et les matches fous qui se bousculent, il faut envisager que cette course au record n’a pas d’influence dans le feu de l’action. En effet, pour sauver des balles de match, mieux vaut jouer la balle plutôt que l’Histoire.

Créé: 28.01.2020, 23h32

Articles en relation

L’Open d’Australie joue avec la santé des joueurs

Tennis La pluie qui apaise un peu Melbourne n’a pas effacé l’irresponsabilité des organisateurs. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 8

Paru le 26 février 2020
(Image: Bénédicte) Plus...