Federer retombe du mauvais côté de l’histoire

TennisComme en 2008, Roger Federer quitte une finale de Wimbledon dantesque battu. Novak Djokovic a résisté à deux balles de match et à une foule hystérique.

Les regrets seront éternels pour Roger Federer, qui a craqué au bout du suspense.

Les regrets seront éternels pour Roger Federer, qui a craqué au bout du suspense. Image: AP

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C’était un jour pour marquer l’histoire et Roger Federer y est parvenu. De la plus douloureuse des façons. Il n’y a sans doute pas plus gros crève-cœur que de perdre une finale de Wimbledon. Mais s’incliner après 4h57 d’un combat titanesque, deux balles de match sur son service et le premier tie-break à 12-12 de l’histoire des tournois du Grand Chelem, cela fait beaucoup pour un seul joueur, fut-il le plus grand de tous les temps.

«Je suis triste. C’est une chance tellement incroyable qui vient de passer. Je ne peux pas le croire», admettait un Roger Federer groggy, une heure après la défaite. Le Bâlois ne se souvenait plus tout à fait où cette finale complètement folle avait fini par lui échapper (lire ci-dessous). Une confusion tout à fait légitime. Comment résumer ces cinq heures irrespirables, entamées sur un faux rythme puis terminées à des hauteurs dignes des plus grands duels de l’histoire?

Sans doute faut-il d’abord écrire qu’il y eut deux matches. Le premier dura quatre sets, il fut dominé par Roger Federer (14 points gagnés de plus) et une forme de méfiance réciproque. Si Rafael Nadal extrait désormais le meilleur de l’homme aux 20 titres du Grand Chelem, le jeu de Novak Djokovic continue d’insidieusement insécuriser ses choix et ses frappes. Un poison qui se propagea particulièrement lors des tie-breaks, ces trois moments à part qui resteront à jamais l’acte manqué de «RF».

«Roger Federer avait gagné 16 des 19 tie-breaks disputés cette saison. Il a certainement été fragilisé par la perte du premier», notait Tim Henman, incrédule, au micro de la BBC. «Le Suisse aurait déjà pu remporter cette finale en trois sets. Il n’a pas eu à sauver une seule balle de break et le voilà mené deux manches à une», renchérissait Boris Becker au début du quatrième. La réaction des deux anciens champions résume tout ce que le Bâlois trouvera à regretter dans le «premier match».

Sublime cinquième set

Il ne se consolera pas avec ce qui va suivre. Car, dans «le deuxième match» – d’un niveau technique bien supérieur, comme si la fatigue avait libéré le duo des tensions nerveuses –, Roger Federer résista à l’accélération du No 1 mondial, inventa des amorties sublimes et multiplia les courses comme si ses dix sets (4+6) en 36 heures étaient un échauffement. Implacable en retour, Novak Djokovic n’était pas en reste; se hissant enfin à son niveau de 2015. Combien de fois le Serbe a-t-il sorti la première balle parfaite pour se sortir d’un mauvais pas? Impossible de compter.

Nourri par deux champions enfin au sommet ensemble, ce cinquième set devenait sublime. Et lorsque «RF» s’avança pour servir à 8-7 40-15, la foule avait sorti son téléphone afin d’immortaliser l’issue qu’elle appelait de ses cris. Que s’est-il passé ensuite? Roger Federer dit «avoir changé d’intention sur sa première balle de service». Novak Djokovic, lui, a décoché le passing qu’il fallait sur la seconde balle de match. En une poignée de secondes, le doute s’était substitué à la liesse. Le «deuxième match» venait, lui aussi, de basculer contre le cours du jeu.

«Je suis très triste pour Roger, soupirait Marc Rosset. Est-ce que vous vous rendez compte les efforts consentis pour évoluer à ce niveau pendant cinq heures, deux jours après avoir battu Nadal, à presque 38 ans? Un tel investissement aurait mérité récompense. Mais, d’un autre côté, n’allez pas me dire qu’il ne peut pas gagner un 21e Grand Chelem. Il lui manquait un point.» Un point. Ce point qui, ce matin, pèse d’un poids énorme dans la tête du Bâlois et dans la course au record.

Avec 16 titres du Grand Chelem, sa fraîcheur et sa domination sur surface dure, Novak Djokovic quitte en effet Wimbledon plus menaçant que jamais. Onze ans après le chef-d’œuvre de 2008, Roger Federer, lui, va devoir encaisser cette nouvelle défaite dantesque en finale de Wimbledon. Et si le nom de son vainqueur a changé, la puissance du moment supporte la comparaison.


Lire aussi: Wimbledon s’est joué sur un coup de dés



Federer: «J’ai laissé passer une chance incroyable»

Qu’est-ce qui a décidé du sort de cette finale?
Un coup, j’imagine. Par contre je ne sais pas lequel. Je vous laisse choisir.

Avez-vous des regrets sur ces deux balles de match?
Sur la première, je modifie mon choix de zone au service et je rate ma première balle. Qui sait, j’aurais peut-être fait un ace en restant sur ma première intention. Et sur la seconde j’aurais dû faire service-volée. Il choisit de retourner en slice, je pense donc que j’aurais eu une volée assez facile à jouer (ndlr: il montera sur le deuxième coup et se fera passer).

C’est un peu tôt pour les comparaisons. Mais cette défaite ressemble-t-elle à celle de 2008 contre Nadal?
Celle-là est un peu plus directe, conventionnelle en un sens. Parce qu’il n’y a pas eu les interruptions à cause de la pluie et le final dans la pénombre. Mais avec cette fin épique et historique, il y a des similitudes en effet. Celle qui me saute aux yeux juste maintenant, c’est que je suis de nouveau celui qui a perdu.

Vous aviez un bilan de 16 tie-breaks gagnés sur 19 en 2019 et vous en perdez trois ce dimanche. Est-ce que la perte du premier, où vous meniez 5-3, vous a fragilisé?
Je ne pense pas. Un tie-break, c’est quelque chose de différent. Le momentum ne se développe pas de la même manière que dans les jeux de service. Est-ce que j’ai été trop passif, trop agressif? En fait, je ne m’en souviens plus. Et je n’ai même pas envie de me poser la question.

Vous êtes le premier perdant d’un tie-break du cinquième set à Wimbledon. Votre réaction?
La règle est ce qu’elle est. On la connaissait et on était prêts à l’appliquer. Je respecte toujours les règles. Et puis, pour être franc, je ne pourrais même pas vous dire si j’étais content ou pas d’arriver au tie-break. C’est ainsi que cette finale s’est terminée. Voilà tout.

Est-ce plus dur de perdre comme ça qu’en trois petits sets?
Je ne peux pas vous dire. Au final, cela ne change pas tellement. Mais si tu prends 6-2, 6-2 et 6-2, tu es déçu, triste, fâché aussi. Là, je ne sais pas vraiment comment je me sens. Je sais juste que j’ai laissé passer une chance incroyable. Et je n’arrive pas à y croire.

Créé: 15.07.2019, 06h51

«Quand la foule chantait «Roger», j’entendais «Novak». J’ai joué contre Roger et le stade, je devais puiser la force en moi»

Novak Djokovic, vainqueur de Wimbledon 2019 (Image: Keystone )

«Le tie-break à 12-12, c’est une bêtise. Dans le tournoi, je peux comprendre. Mais en finale cela n’a pas de sens»

Marc Rosset, ex-tennisman et consultant RTS (Image: Keystone )

«C’est peut-être la déception la plus profonde de sa carrière. Perdre avec balle de match, cela va être dur à encaisser»

Tim Henman, ancien No 4 mondial (Image: Keystone )

«Il s’est passé beaucoup de choses étranges dans cette finale»

Pat Cash, vainqueur de Wimbledon 1987 (Image: Keystone )

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