Feuz a menti à son médecin pour dompter le Lauberhorn

Ski alpinAprès sa troisième victoire samedi lors de la descente de Wengen, le Bernois entre un peu plus dans l’histoire du ski suisse.

Samedi, Beat Feuz a livré une démonstration sur la mythique piste du Lauberhorn. Une troisième et indiscutable victoire qui lui permet de rejoindre Franz Klammer dans la légende.

Samedi, Beat Feuz a livré une démonstration sur la mythique piste du Lauberhorn. Une troisième et indiscutable victoire qui lui permet de rejoindre Franz Klammer dans la légende. Image: Keystone

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Rien ni personne ne pouvait arrêter la marche triomphale de Beat Feuz samedi sur le Lauberhorn. Les obstacles étaient pourtant nombreux sur sa route. Les chutes de neige qui ont recouvert la piste durant la nuit, un départ rabaissé, sa récente fracture à la main et des rivaux affamés, à l’image de l’Italien Dominik Paris.

Mais le scénario semblait écrit d’avance. Juste avant le départ, les nuages ont fait place nette au soleil. Dans un décor paradisiaque, tout était alors en place pour que le 90e anniversaire de la descente de Wengen soit une fête totale.

Beat Feuz a livré une démonstration sur le sinueux tracé, allant jusqu’à toucher les filets de protection dans le Kernen-S. «Je savais qu’une erreur ne pardonnerait pas sur cette piste raccourcie, a reconnu le héros du jour. Les points clés du Lauberhorn restent mes points forts, et j’ai su en profiter.»

Au final, le skieur de Schangnau a relégué Dominik Paris à près de trois dixièmes. L’Emmentalois en a profité pour lui subtiliser la tunique rouge de leader de la Coupe du monde de descente. Un tour de force tant la pression qui l’entourait était énorme dans l’Oberland. «On s’y habitue à force, a-t-il balayé. Ce n’était pas la première fois que j’étais le favori à Wengen. Entendre la foule sur le parcours a fini de me motiver.»

Aussi bien que Klammer

De son propre aveu, Beat Feuz a fêté «l’une des plus belles victoires de sa carrière», la dixième en descente. Il rejoint ainsi l’Autrichien Franz Klammer dans la légende. «Gagner trois fois une course aussi mythique, jamais je ne l’aurais imaginé il y a dix ans.» En 2010, le visage encore joufflu, il n’avait pris que la 42e place sur le Lauberhorn pour ce qui était son baptême du feu.

Sous ses airs de Suisse alémanique débonnaire, le Bernois de 32 ans a pourtant joué avec le feu samedi. «Aujourd’hui, j’ai quand même pris des risques que je ne prendrais pas forcément tous les jours», a-t-il confié, avant d’être plus précis au micro de la SRF. «J’ai pris le départ sans mon attelle (ndlr: qui protège sa main, fracturée avant Noël). Cela n’aurait pas été autorisé. Mon médecin? Je ne lui ai justement rien dit.»

Le chenapan Feuz savoure son coup. Dans l’aire d’arrivée, il se réjouissait déjà de la cérémonie. À raison. Samedi soir, ils étaient des milliers à scander son prénom sur la place centrale de Wengen.

Dans le clan suisse, le troisième sacre de «Kugelblitz» n’était pas le seul motif de satisfaction. Le jeune Hintermann (24 ans, 8e) et Ralph Weber (10e) ont participé au tir groupé des descendeurs. Mauro Caviezel (5e) – très rapide lors des entraînements – s’est, lui, fait une frayeur dans le Kernen-S. Un grand écart qui lui a coûté cher, surtout que le Grison n’a manqué le podium que pour 11 centièmes. «La constance de Beat est incroyable, a salué le malheureux. À l’entraînement, on s’inspire beaucoup de lui. Mais en compétition, il devient encore meilleur. C’est une bête de course.»

Un anniversaire à préparer

Après un dimanche placé sous le signe du repos, les descendeurs suisses mettront le cap sur Kitzbühel mardi. Une autre course légendaire attend déjà les spécialistes de vitesse dès le week-end prochain. En cas de succès en Autriche samedi, Beat Feuz signerait alors le premier doublé suisse sur ces deux classiques depuis Didier Défago en 2009.

Mais à court terme, le père de famille avait une autre priorité. «C’est l’anniversaire de ma femme lundi, confiait-il. Il faudra que je lui fasse quelque chose de bon à manger.» Sans pour autant préciser le menu, ni l’heure du rendez-vous.

Créé: 19.01.2020, 18h26

Daniel Yule ne réalise pas le triplé

La série victorieuse de Daniel Yule a pris fin à Wengen. Après deux succès consécutifs, le slalomeur valaisan a dû se contenter d’une cinquième place dimanche, qu’il partage avec son coéquipier Ramon Zenhäusern. Les deux locomotives de l’équipe de Suisse de slalom échouent à sept centièmes d’un nouveau podium. «Faire la moue avec une cinquième place prouve que le ski est bon et que les attentes sont énormes», déclarait le maître de Madonna et d’Adelboden. Auteur d’une première manche en deçà de son niveau actuel (12e), le skieur de La Fouly a sauvé la face sur le second tracé. «C’était deux courses en une. Je suis satisfait d’avoir pu changer d’attitude entre les deux manches mais il faudrait réussir à le faire pendant la course», analysait le pointilleux Valaisan.

Dans l’aire d’arrivée, Ramon Zenhäusern, qui échoue une nouvelle fois au pied du podium (déjà deux fois quatrième cette saison), ne cachait pas une certaine frustration. «Je me suis raté sur le mur final aujourd’hui. En deuxième manche, j’ai perdu le contact avec la neige, ce qui ne m’a pas permis de tailler correctement ma courbe», pestait le Haut-Valaisan.

Dans l’Oberland bernois, Clément Noël a récidivé douze mois après son premier succès en Coupe du monde sur la Männlichen. Leader après une solide première manche, le Vosgien a tenu le choc malgré les chutes de neige qui ont fait leur apparition sur le haut lors du second tracé. «C’est un jour parfait! J’adore cette piste exigeante et l’ambiance dans la station», se réjouissait le Tricolore. Contrairement à son coéquipier Alexis Pinturault, quatrième de la manche initiale avant de partir à la faute sur le second tracé, Clément Noël réalise la bonne opération de la journée puisqu’il ravit la deuxième place de Daniel Yule au niveau du classement de la spécialité.

Du côté des Lémaniques, Marc Rochat n’a pas pu capitaliser pour la troisième fois consécutive des points en Coupe du monde, en partant à la faute en première manche. Après sa désillusion à Adelboden où il avait craqué alors que le podium lui tendait les bras, Tanguy Nef a signé le deuxième meilleur résultat de sa carrière en terminant huitième à Wengen. «Je suis à deux dixièmes du podium sur une piste qui demande de l’expérience, se réjouissait le Genevois. Là, j’étais prêt mentalement et je n’ai pas douté.» Grâce à Loïc Meillard (10e), la Suisse place quatre coureurs dans le top 10, comme la veille en descente.

Sylvain Bolt à Wengen

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