Folles machines à record

Voile Trophée Jules VerneLes bateaux de la dernière tentative de record du tour du monde restent la référence.

<b>Spindrif</b> Très sécurisant et à l’aise dans le gros temps, le bateau de Dona Bertarelli est le mieux armé pour titiller le record.

Spindrif Très sécurisant et à l’aise dans le gros temps, le bateau de Dona Bertarelli est le mieux armé pour titiller le record. Image: ELOI STICHELBAUT

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Il faut grimper sur le pont des monstres! Pour prendre véritablement le pouls et la mesure de ces bateaux d’exception qui s’élancent à l’assaut des records les plus prestigieux, rien de tel qu’une balade à dos de trimaran géant. Encore faut-il avoir le pied marin et l’estomac bien accroché… Idec Sport et Spindrift 2 sont des bêtes de concours, des machines de guerre, «des missiles», dit Bernard Stamm, équipier sur le premier nommé. Les gabarits sont impressionnants: Spindrift 2, c’est 40 mètres de long, 23 mètres de large et un mât qui culmine à 42 mètres; Idec, à peine plus modeste, affiche des mensurations de 31,5 - 22,5 - 33,5. Mis à l’eau en 2007 et 2008, ils ont été modifiés, allégés, optimisés. Malgré une tentative infructueuse cet hiver, les deux maxi-trimarans restent la référence.

Il y a un mois, le marin vaudois a bouclé le Trophée Jules-Verne, coupant la ligne quelques heures après le multicoque de Dona Bertarelli et Yann Guichard. Partis à deux heures d’intervalle le 22 novembre dernier, les deux teams se sont livrés à un somptueux duel à distance. «Lors d’un record, le seul adversaire réel c’est le chrono réussi par le détenteur, rappelait récemment Dona Bertarelli lors de son passage au sein de notre rédaction. Nous avons fait notre propre course et nos propres choix. Après, il est évident nous avions toujours un œil sur la position d’Idec. Et Idec avait sans doute aussi un œil sur Spindrift 2.»

«Les gens n’ont pas bien compris, précise Bernard Stamm. Tout le monde a pensé que ce sont les deux routeurs météo qui ont choisi cette voie de la sécurité au Nord. Mais les routeurs ne décident de rien. Ils proposent et les hommes du bord disposent.»

Cette rivalité entre deux équipes aux choix et à la philosophie bien différents a nourri le débat. «Il a sans doute contribué à replacer ce Trophée Jules-Verne au centre de l’intérêt du public, estime Yvan Ravussin. Ensuite, en ce qui concerne l’émulation, elle n’a pas forcément été positive tout le temps. Peut-être que certaines décisions tactiques auraient été différentes si l’un ou l’autre bateau avait été seul. Je pense notamment à ce choix qui s’est posé à eux dans le Pacifique. Entre une route Nord, plus lente, et une route très Sud qui les aurait fait flirter avec les glaces, les deux skippers ont opté pour la première option. Il était logique que, dans ces contrées éloignées de toute terre, Spindrift 2 et Idec Sport ne soit pas trop loin l’un de l’autre, en cas de pépin. «Les gens n’ont pas bien compris, précise Bernard Stamm. Tout le monde a pensé que ce sont les deux routeurs météo qui ont choisi cette voie de la sécurité au Nord. Mais les routeurs ne décident de rien. Ils proposent et les hommes du bord disposent. C’était une juste décision de marin.»

Depuis leur retour à quai, les bateaux ont été sortis de l’eau pour une inspection complète et une mise en chantier pour effectuer tous les soins auquel ces deux montures d’exception ont droit. Loin de leur élément naturel, ils n’en nourrissent pas moins le débat. Après avoir échoué à plus de deux jours du record détenu par Loïck Peyron. C’était avec l’actuel Spindrift 2, mais sous les couleurs de Banque Populaire, que le Français avait établi le temps de référence canon de 45 jours 13 heures et 42 minutes. Après cette campagne 2015-2016, certains observateurs mettent en doute les capacités techniques. C’est sans doute Idec-Sport, le plus petit des deux challengers, qui laisse sceptique. «Il est clair qu’avec notre mât court, le même qui est utilisé lors de la navigation en solo, on était très pénalisé dans le petit temps, admet Bernard Stamm. C’est dans le contournement des bulles anticycloniques que nous avons véritablement le plus souffert. Mais nous estimons que la météo a vraiment joué en notre défaveur. Je reste persuadé qu’avec une conjonction plus favorable des différents systèmes météo que nous avons traversés, le record est prenable. Ce sera difficile, bien sûr. Mais il y a de quoi gratter.»

Chez Spindrift, on partage le même optimisme. «N’oublions pas qu’au trois-quarts du parcours, au passage du cap Horn, nous avions 500 milles d’avance, dit Dona Bertarelli. Nous pensions pouvoir faire une plus grosse différence dans le Pacifique, car Loïck Peyron avait connu de grosses difficultés sur ce tronçon. Et bien, là où les dépressions auraient dû nous pousser à bonne vitesse, nous avons aussi eu droit à une succession de dorsales qui nous ont barré le chemin.» Du temps à gratter, comme le dit Bernard Stamm, il y en a donc pas mal. Dans le Pacifique, donc, et dans l’Atlantique Sud.

«C’est le secteur clé de la course, analyse Bernard Stamm. Autant lors de la descente on peut envisager dès le départ les conditions générales qui nous attendront au passage de l’anticyclone de Sainte-Hélène, autant au retour c’est la loterie.»

Les deux maxi-trimarans ont une nouvelle fois démontré qu’ils étaient taillés pour la grosse mer. Le bateau or et noir du couple Guichard-Bertarelli fait monter le curseur en gardant une bonne marge de sécurité comme aucun autre trimaran de course au large. Il a donc clairement son mot à dire. A peine revenu à sa base de La Trinité-sur-Mer, en Bretagne, le team a annoncé qu’il tenterait une seconde fois sa chance, cet automne. Idec devrait en faire de même. C’est en tout cas ce qu’espère Bernard Stamm, qui a vécu une tentative «fabuleuse» et est prêt à repartir demain. «Ces machines ont encore leur mot à dire, estime le Vaudois. La nouvelle génération de trimarans de la classe Ultim, comme le Macif de François Gabart ne vont pas tarder à être compétitifs.»

«Il y a voler et voler»

Dotés de foils, ces trimarans aspirent à s’élever autant que faire se peut au-dessus des flots. A certaines allures, la sustentation allège la masse et offre un véritable gain de vitesse de plusieurs nœuds. «Maintenant, pour faire un tour du monde, il faut un bateau polyvalent qui soit capable de passer dans les vagues des mers du Sud, rappelle Bernard Stamm. Et cette expérience-là, on ne peut pas la calculer sur des ordinateurs. Il faut aller sur le terrain.»

Yvan Ravussin, lui, a déjà eu la chance de naviguer sur Macif. Il est très dubitatif quant à l’actuelle capacité de le lancer sur un Jules-Verne. C’est un bateau conçu et pensé avant tout pour une navigation en solitaire et pour des Transats. Bernard Stamm, abonde mais nuance. «Je ne suis pas prophète en disant que les bateaux du futur du Jules-Verne voleront. Mais il y a voler et voler. On maîtrise la technique à certaines allures et sur une mer plutôt plate. Donc, en attendant, les trimarans actuels restent la référence.»

Rendez-vous est pris cet automne pour un nouveau duel autour du globe.

Créé: 09.02.2016, 09h59

Pour les marins, la météo a le dernier mot

Bernard Stamm Equipier sur Idec Sport de Francis Joyon. Record
du Jules-Verne battu en 2005 sur Orange 2

«En gros, un Trophée Jules-Verne ressemblera toujours un peu à une loterie. Même quand tu arrives à battre le record, tu ne peux pas t’empêcher de te dire que si la météo avait été différente à tel ou tel endroit, tu aurais pu aller encore plus vite. C’est ce que j’avais ressenti en 2005 avec Orange. Des conditions parfaites, ça n’existe pas. Mais de bonnes conditions, oui. Chez Idec, nous avons la conviction de pouvoir gratter ce record. Les bateaux vont encore être améliorés ce printemps. En tout cas, moi, je suis prêt à repartir cet automne.»

Dona Bertarelli Equipier-barreur sur Spindrift 2
et propriétaire du bateau

«L’équipe repartira cet automne, c’est sûr. Moi, je dois encore réfléchir à la question. Comme il y a un an, je vais me laisser du temps pour me décider. Mais avec ou sans moi, là n’est pas la question. Sur cette première tentative, nous avons acquis, avec Yann, la certitude que les choix opérés sur le bateau, notamment en raccourcissant le mât et en l’allégeant, étaient les bons. Aucune équipe n’a réussi à battre le record à sa première tentative. Il est donc logique que Spindrift 2 reparte. En espérant que cette fois Eole soit un peu plus avec nous.»

Yvan Ravussin Equipier de Loïck Peyron sur Banque Populaire V lors du record en établi en 2011-2012

«C’est clairement Spindrift 2 qui demeure l’arme fatale. Pour moi, ce n’est pas – encore – uniquement une question de bateau qui explique que le record n’a pas été battu. On a pu constater que dans sa configuration actuelle, avec un mât plus court et malgré un poids global moindre, Spindrift 2 allait moins vite que nous en 2012 quand le vent était inférieur à 20 nœuds. Pour le reste, il a démontré
son potentiel et sa capacité inégalable à maintenir une vitesse constante élevée tout en étant stable et sécurisant. Il n’y a que ce bateau, à l’heure actuelle, qui soit capable d’offrir ce confort.»

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