Aliou Niang a trouvé une famille à Concordia

Football vaudoisLe Sénégalais de 20 ans a dormi sous les ponts lausannois avant d'être sauvé par la solidarité de ce club pas comme les autres.

Footballeur amateur, Aliou Niang suit un apprentissage de constructeur métallique.

Footballeur amateur, Aliou Niang suit un apprentissage de constructeur métallique. Image: Florian Cella

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Les joueurs de Concordia se sont cotisés en secret, il y a quelques semaines, pour offrir un beau cadeau à leur avant-centre: un billet aller-retour pour Dakar, afin qu’il puisse revoir sa famille. «Cela fait cinq ans que je ne suis pas retourné chez moi», glisse Aliou Niang de sa douce voix. Assis à la terrasse de la buvette du Centre sportif de la Tuilière, le Sénégalais n’en revient toujours pas de la surprise que lui ont fait ses coéquipiers.

«C’est incroyable, ils sont tellement gentils…» L’attaquant n’a pourtant pas rempli sa part du contrat puisque les joueurs de Concordia (2e ligue régionale) lui avaient demandé, pour qu’il puisse bénéficier du cadeau, de marquer un hat trick lors du match face à Stade-Lausanne-Ouchy II. «Le coach n’était pas au courant. J’ai marqué deux buts et il m’a sorti à la 60e!» sourit l’avant-centre. Évidemment, ses coéquipiers lui ont tout de même offert le billet d’avion. Bien leur en a pris puisque le match suivant, contre Jorat-Mézières, le Sénégalais a claqué quatre buts! «J’aime bien leur rendre leur amitié par des buts», glisse-t-il joliment.


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Si Aliou Niang suscite ce très fort élan de sympathie auprès des joueurs de Concordia, ce n’est pourtant pas grâce à ses buts, mais surtout en raison de son parcours et de sa force de caractère. Le jeune homme, aujourd’hui âgé de 20 ans, a en effet passé plusieurs nuits sous les ponts de Lausanne avant de trouver ce qu’il appelle «sa famille Concordia».

Aliou a débarqué en Suisse à 18 ans, en provenance d’Italie. «Je voulais trouver du travail à Lausanne, alors j’ai pris le risque.» Il a laissé son père et son frère en Italie, alors que sa mère est au Sénégal. À Lausanne, le jeune homme galère et alterne les nuits dans les structures d’accueil et dans la rue. «La Marmotte, c’était vraiment dur. J’étais avec des gens bizarres, c’était compliqué psychologiquement. Ensuite, je suis allé dans un Sleep-In, c’était un peu mieux.» Et puis un jour, à la Riponne, sans perspectives, démoralisé, il lâche qu’il sait un peu jouer au football. «Je n’étais pas du tout dans un grand club à Dakar, mais je jouais quand même…»

Ses connaissances de la rue l’orientent vers le nord de la ville, sans plus de précisions. Il débarque quelque part entre la Blécherette et le Bois-Gentil et croise un homme vêtu du training de l’ES Malley. «Un Noir. Je m’approche et je parle avec lui, je ne sais pas si c’était l’entraîneur ou un assistant. Il était d’accord que je m’entraîne, mais je n’avais pas de chaussures. Je suis revenu un peu après, mais il n’était plus là et je suis tombé sur Concordia.» Alors, Aliou Niang a joué pour le club à l’étoile blanche, d’abord avec les juniors, puis avec l’équipe première. En 2019, il en est à 10 buts en 7 matches! «J’aurais pu marquer plus au premier tour, mais j’ai été blessé. J’avais commencé par trois buts en trois matches», explique celui qui se verrait bien atteindre les finales de 2e ligue avec Concordia avant de profiter, au mois de juin, de son billet d’avion pour l’Afrique.

Une famille d’accueil en or

En attendant, il va devoir bosser, car ce n’est pas en 2e ligue régionale qu’il gagne sa vie. Concordia, club purement amateur et attaché à son rôle social, ne rémunère ni ne défraie ses joueurs. «Je n’ai pas trouvé d’argent ici, j’ai trouvé des amis», lance le jeune homme. Des amis qui se sont mobilisés pour lui. Ainsi, le gardien Christophe Isely a activé son réseau familial et Aliou Niang dort désormais dans une famille d’accueil. «Ils sont tellement gentils, je ne sais pas comment les remercier. Si vous pouviez juste les citer dans votre article, ça me ferait tellement plaisir. Je dors gratis, je mange gratis. Ils m’offrent tout. Ce sont les Burnand, Marie-Béatrice et Bernard. Ils ont deux filles, Aline et Célia. Tout le monde m’aide. Quand j’entends dire que les Suisses sont égoïstes et individualistes, je sais que ce n’est pas vrai. Ces gens ne me doivent rien et ils me donnent tout.»

Désormais, chaque matin, Aliou part au boulot, celui de constructeur métallique. «Je suis en apprentissage», précise-t-il fièrement. Son quotidien est fait de soudure et de limage, y compris sur le chantier. Et le soir, il «va au foot», comme n’importe quel jeune de son âge. «Des fois, je suis tellement fatigué… je ne sais pas comment je fais», se marre-t-il.

En juillet, cela fera deux ans qu’il a débarqué en Suisse. Son permis B est dans les tuyaux, sa vie est désormais sur les bons rails. Depuis la terrasse où il nous raconte tout ça, Aliou voit s’élever le chantier du futur stade du Lausanne-Sport. Aimerait-il y évoluer un jour? «Je rêve de jouer plus haut, c’est sûr. Je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. Mais ce que je sais, c’est que je suis déjà reconnaissant à la Suisse de m’avoir offert un présent.»

Créé: 24.04.2019, 23h06

«Pour nous c'est simplement normal»

Pablo Soutullo se souvient bien du jour où il a vu débarquer Aliou Niang avant un entraînement. «Je lui ai dit qu’il pouvait aller jouer avec les juniors.» Le coach de Concordia a vite été conquis par la mentalité et l’attitude de ce gamin si humble. «On ne savait pas que c’était un bon footballeur, on savait juste que c’était un garçon qui aimait le football, comme nous tous, explique le technicien. Ce n’est pas parce qu’il marque des buts qu’il s’est intégré chez nous. Ça, c’est accessoire. Aider un gamin dans sa situation, c’est simplement normal pour nous. Concordia est un club à l’image de son président: généreux et prêt à aider.»

David Clément et Concordia jouent en effet un grand rôle social à Lausanne. «Notre club accueille beaucoup d’enfants du haut de la ville, poursuit Pablo Soutullo. Leurs parents n’ont parfois pas de grands moyens, mais notre président se démultiplie. On est tous très admiratifs de l’énergie qu’il met et du temps qu’il donne pour ces jeunes. Pour Aliou, finalement, on n’a rien fait d’exceptionnel, à part être là quand il est arrivé. Son histoire est tellement spéciale… Quand j’entends qu’en 2018, à Lausanne, un jeune doit dormir dans un arrêt de bus ou sous un pont, c’est choquant.»

Cet été, après les finales, Aliou reverra sa mère pour la première fois depuis cinq ans grâce au billet d’avion offert par ses coéquipiers. «Tout le monde a participé, même les étudiants. On a tous mis 30 ou 50 francs, chacun comme il voulait. C’est quoi? Un repas au restaurant? Ça ne va pas changer notre vie. Mais un petit peu la sienne… On est fiers d’être chacun un petit caillou sur le chemin de sa vie», glisse joliment Pablo Soutullo.

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