Alexandre Badibanga, le grand frère du SLO

FootballPersonnalité unanimement appréciée au club, l'assistant d'Andrea Binotto sur le banc à tout vécu à Stade-Lausanne, sans jamais se mettre en avant.

Alexandre Badibanga au milieu des terrains de la Tuilière, où s'entraîne Stade-Lausanne-Ouchy.

Alexandre Badibanga au milieu des terrains de la Tuilière, où s'entraîne Stade-Lausanne-Ouchy. Image: Jean-Luc Auboeuf

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Alexandre Badibanga déboule dans la grand allée de la Tuilière. Les passants tentent bien de comprendre pourquoi il court comme ça, l'air visiblement bien pressé, mais «Badi» n'a qu'un grand sourire à leur répondre, tout en continuant sa course effrénée. Finalement, il s'explique. «C'est Mutombo, il a perdu ses lentilles!», souffle-t-il entre deux respirations, toujours sans s'arrêter. Il fera son retour sur le terrain 7, tout au fond de l'immense complexe lausannois, quelques minutes plus tard, pour le plus grand bonheur d'un Andrea Mutombo qui pouvait de nouveau y voir clair. «J'ai bientôt tout fait à Stade-Lausanne, je ne suis plus à ça près», se marre le coach assistant en reprenant son souffle.

Autant s'y habituer ainsi, sachant que l'adjoint d'Andrea Binotto sur le banc du SLO s'apprête à reprendre le foot à la fin du mois. «Les +30 du Lausanne-Sport m'ont proposé de les rejoindre. Je ne me serais pas vu accepter au début de la saison, quand les rapports entre les deux clubs étaient, disons, un peu plus tendus. C'est du passé maintenant, tout va bien. Ça fait des années que j'ai arrêté pour me focaliser à fond sur le coaching. Je suis hyper impatient.» Parce qu'avant d'être un homme de banc, Alexandre Badibanga a surtout été un redoutable attaquant, passé notamment par Anderlecht, où il avait signé son premier contrat pro à 17 ans. C'est d'ailleurs bien son sens du but qui a mis Stade-Lausanne sur sa route.

«Je revenais de deuxième division à Chypre. J'étais retourné en Belgique pour soigner une blessure. Je voyais les jours défiler, la fenêtre du mercato qui rétrécissait. Puis une connaissance à Stade m'a dit de venir tenter ma chance.» C'était il y a huit ans, quand Stade-Lausanne militait encore en 2e ligue inter. Depuis, trois promotions se sont enchaînées. Et le voyageur Badibanga, rapidement passé du terrain au banc, n'a plus ressorti ses valises.

Il personnalise l'esprit stadiste

Si le destin place sur notre trajectoire de vie une âme sœur, la sienne se trouvait assurément à Vidy. «Le SLO, c'est la famille», résume-t-il simplement aujourd'hui. Une famille au sein de laquelle il pourrait aisément prétendre au rôle de grand frère. Discret, proche des joueurs, souvent de bon conseil et d'une sympathie rassembleuse, le technicien aux racines africaines représente à lui seul une bonne partie de tout ce qui fonctionne si bien chez le néo-promu en Challenge League.

«On peut dire que j'ai trouvé ma place, oui. C'est aussi pour ça que cela marche aussi bien avec Andrea. Lui, c'est le numéro 1. Il est en première ligne. C'est lui qui passe le message aux joueurs en somme. Pour ma part, j'ai tendance à rester plus en retrait, à observer. Ce que j'aime, c'est la communication avec les gars, dans un sens comme dans l'autre. Je pense que je suis assez doué là-dedans. Quand ils ne veulent pas forcément parler de ce qui cloche avec l'entraîneur, ils viennent vers moi et, en général, j'arrive à faire en sorte de remettre la situation à plat.»

Une oreille attentive qui s'est forgée au fil des années, sans compter les heures ni jamais chercher la lumière. «Quand Binotto m'envoie un message vocal de deux minutes à 2h du matin, je dois être là pour y répondre, glisse-t-il dans un sourire, la passion tellement perceptible dans son regard et sa voix. Mais quand les choses tournent bien, comme c'est le cas pour nous depuis quelque temps, ce n'est pas à moi que revient la reconnaissance. Personnellement, je n'ai aucun souci avec ça. Vraiment. Mais pour la plupart des assistants, ce n'est pas une position facile à tenir. D'ailleurs, en huit ans, vous êtes le premier journaliste à m'interviewer...»

«Je regarde l'heure sur mon natel»

Stade-Lausanne-Ouchy s'étant incliné à Winterthour le week-end ayant suivi l'entretien, il se pourrait aussi qu'on soit le dernier. Parce que oui, Alexandre Badibanga est superstitieux. Et ce à un degré déjà bien avancé. «Encore un truc qu'on partage avec Andrea. En marge de chaque match, je pense qu'on possède une vingtaine de tics chacun. Les miens? Bon... Déjà, il y a les plus basiques. Par exemple, je me rends chez le coiffeur tous les vendredis à 9h. On mange aussi aux mêmes endroits, aux mêmes heures.» Et puis, des fois, ils poussent un peu le vice. «Après notre défaite contre Aarau (ndlr: le match de reprise, le 25 janvier), j'ai cassé la montre que je mettais tous les jours depuis six ans. Je n'ai pas eu le temps de la réparer ou d'en acheter une autre avant notre déplacement du week-end suivant à Wil. Et là, on gagne! Moi, je me dis que ce n'est pas un hasard, alors je la répare pas. Et on gagne encore contre GC! Du coup, depuis trois semaines, je regarde l'heure sur mon natel.»

Et quand viendra pour lui celle de la fin de l'aventure Stade-Lausanne? «Lorsque je vois le travail qu'on abat avec tout le staff, à quel point on en fait deux fois plus que certains autres, je suis certain qu'on pourra un jour atteindre la Super League ensemble. Déjà, j'estime que c'est un comble qu'Andrea n'y soit pas encore. Sa sensibilité, son intelligence, il a tout pour réussir. Mais il faut reconnaître qu'on forme une bonne équipe. Stade? Même sans nous, cela peut rester un bon club de milieu de Challenge League.»

L'idée de devenir calife à la place du calife, par contre, «BDBG» la rejette. «Si on devait être séparés, je ne dirais peut-être pas ça. Mais en l'état, je suis prêt à signer pour suivre Andrea sur les quinze prochaines années minimum.» Rendez-vous en 2035.


L'histoire du «Badishow»

Pour mieux coller à son statut de club professionnel, Stade-Lausanne a arrêté de diffuser les images de ses chants de victoire sur les réseaux sociaux. Ce qui ne veut pas dire qu'après chaque succès, les Stadistes n'ont plus le droit au célèbre «Badishow», un cri rythmé et entraînant devenu une tradition intouchable au sein du vestiaire. Justement, son instigateur a accepté de revenir au commencement de l'histoire.

«Tout est parti de mes petits frères. Quand je jouais en Belgique, ils n'arrêtaient pas de me chanter ça. Lorsque j'ai débarqué à Stade, en août 2012, Andrea venait d'arriver, juste un mois auparavant. Premier match, on joue Azzurri Lausanne. Vu que je n'étais pas à 100% de mes capacités, il me demande quelle mi-temps je veux disputer. Je demande la deuxième. Il me fait commencer... Je passe 45 minutes affreuses, à courir partout comme un lièvre sans toucher un ballon.»

Arrive le deuxième match de la saison, contre Chippis. «Cette fois, le coach décide de me lancer pour les vingt dernières minutes. C'était parfait, tout le monde était raide, à bout de souffle. Et là, je claque un doublé et on gagne. Vu que j'étais le petit nouveau, l'équipe m'oblige à lancer un chant en arrivant dans le vestiaire. Du coup, je leur demande simplement de taper dans les mains...» L'histoire était en marche.

Créé: 21.02.2020, 15h42

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