Qendresa Krasniqi, le joyau d’Yverdon Féminin

FootballJoueuse la plus en vue d’YF depuis des années, la Kosovare est liée «à vie» à son club, auquel elle doit beaucoup.

Qendresa Krasniqi, la «Messi du championnat de Suisse» selon son coach, se sent chez elle au Stade Municipal.

Qendresa Krasniqi, la «Messi du championnat de Suisse» selon son coach, se sent chez elle au Stade Municipal. Image: Jean-Paul Guinnard

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Elle aurait pu partir. Des dizaines de fois même, peut-être plus. Chaque année depuis qu’elle joue en Suisse, la conquête pour arracher Qendresa Krasniqi à Yverdon Féminin recommence. Servette, Zurich, Bâle, Young Boys: tous les plus grands clubs du pays viennent inlassablement toquer à la porte nord -vaudoise en espérant une réponse différente de la précédente. En vain. Même la relégation d’YF en LNB, l’été dernier, n’y change rien. «La Messi du championnat suisse», comme la surnomme son entraîneur Admir Bilibani, n’a qu’un club dans le cœur. Et ce n’est sûrement pas près de changer.

Qendresa Krasniqi en est consciente: elle est redevable envers Yverdon, et notamment envers Linda Vialatte, sa présidente. C’est qu’à 20 ans (elle en a 25 aujourd’hui), la jeune femme arrivait du Kosovo le bagage vide, sans connaître un seul mot de français. Pour se faire sa place et séduire la Suisse, elle ne pouvait compter que sur une seule chose: des pieds magiques, qui ont charmé tout Yverdon Féminin avant même la fin de sa semaine de test. Des pieds qui ont même convaincu à l’époque son club de lui trouver un travail, au restaurant du stade, ce qui n’est franchement pas dans les habitudes yverdonnoises.

Inconnue en Suisse à cette époque, la jeune femme s’était pourtant déjà bâti un joli CV chez elle. Trois titres de première division avec Pristina, sa ville d’origine, deux doublés coupe -championnat avec Hajvalia et, selon les dires de Ragip Murati, cinq titres de meilleures joueuses de la division. Ragip Murati? L’ancien propriétaire du FC Hajvalia, implanté professionnellement depuis de nombreuses années en Suisse romande et désormais impliqué dans la gestion d’Yverdon Féminin. Il est surtout le responsable du transfert de Qendresa Krasniqi à YF.

La reconnaissance pour les gens qui l’ont aidée et qui l’aident encore, la milieu offensive - qui peut tout aussi bien être alignée en pointe - la fait transparaître sur le terrain mieux que partout ailleurs. À coup de chevauchées fantastiques et de dribbles percutants, elle étale sa supériorité. À tel point qu’on peut imaginer, parfois, qu’elle se sent un peu seule contre toutes. «Jamais. Je possède certaines qualités, mais mes coéquipières aussi. On forme un tout, on avance ensemble. Moi toute seule, ça ne fonctionne pas», coupe la joueuse à la personnalité réservée.

«Barcelone, j’en rêve»

«Cette saison, elle s’est énervée deux ou trois fois dans le vestiaire quand ça n’allait pas. C’est bien, c’est ce que j’attends d’elle. Il faut qu’elle s’affirme. Il ne lui manque que ça pour s’ouvrir les portes d’un très grand club», souligne Admir Bilibani. Mais en a-t-elle vraiment envie? «Jouer ailleurs en Suisse, ça ne m’intéresse pas. Je me sens trop bien à Yverdon. Maintenant, bien sûr que je rêve de porter le maillot d’un grand club. Évoluer à Barcelone, par exemple, j’en rêve», lance celle qui espérait réaliser un stage, finalement avorté, dans la capitale catalane le mois dernier.

Mais pour entrer dans la cour des grands, Qendresa Krasniqi sait qu’elle doit encore travailler. Son sens du but, notamment, qui l’empêche d’avoir des statistiques à la hauteur de son talent. «C’est un problème, c’est vrai», avoue la Kosovare née en Allemagne, à côté de Dortmund, où sa famille s’était réfugiée pour échapper à la guerre. «Depuis que je suis là, on m’a toujours dit qu’il fallait que je marque. Partout, tout le temps, tout le monde. Toutes ces attentes, ça crée de la pression. Heureusement, ça se passe mieux cette saison en LNB (ndlr: neuf buts en douze matches).»

Des pleurs après la défaite

Si elle gagne à nouveau depuis quelques mois, l’internationale albanaise a surtout dû apprendre à perdre, sachant qu’Yverdon Féminin s’est longtemps battu pour sauver sa place en LNA. Une réalité qui lui était totalement étrangère avant de poser le pied en Suisse. «Au début, je pleurais après chaque défaite, sourit-elle. J’avais passé ma vie à gagner au Kosovo, le changement était tellement brusque.» Des revers, YF n’en a concédé que deux depuis le début de l’exercice. Plus que jamais mêlées à la lutte pour retrouver l’élite, les Yverdonnoises ont en plus accueilli de vrais renforts durant l’hiver. De quoi devenir une équipe encore plus compétitive dès ce samedi et la reprise du championnat de LNB. Qendresa Krasniqi n’a qu’une envie: lui indiquer la voie du succès.


Le cœur au Kosovo, les pieds en Albanie

La problématique des binationaux n’est évidemment pas propre au football masculin, et Qendresa Krasniqi en sait quelque chose. Son pays, le Kosovo, n’ayant été reconnu que très récemment par l’UEFA et la FIFA, la joueuse offensive avait choisi par défaut de porter le maillot de l’Albanie. Une sélection avec laquelle elle a d’ailleurs inscrit un but face à la Suisse lors des qualifications pour la dernière Coupe du monde.

Sauf que voilà, l’Yverdonnoise se serait bien vue rejoindre le Kosovo au moment où il a été autorisé à prendre part aux compétitions officielles. «C’est mon pays. J’y ai toute ma famille, mes amis. Et aussi énormément de personnes impliquées avec la sélection à qui je dois beaucoup.» Mais le règlement n’autorise pas de faire machine arrière, même dans ce cas de figure très spécial. À la seconde où elle est entrée sur le terrain avec la tunique albanaise sur ses épaules, Qendresa Krasniqi a scellé son destin. Et aujourd'hui, elle peine à masquer son amertume.


YF a retrouvé le goût de la victoire

Un mal pour un bien. Voilà sans doute la meilleure formule pour qualifier la relégation d’Yverdon Féminin en LNB l’été passé, après treize saisons dans l’élite. Habituées à de fréquentes séries de défaites en LNA, les Nord-Vaudoises ont retrouvé des couleurs en repartant de l’échelon inférieur.

L’heure est venue de reprendre le championnat. Samedi à 18 h, les protégées d’Admir Bilibani se déplaceront chez la lanterne rouge, Walperswil. Personne n’entend le crier trop fort du côté du stade Municipal, mais avec une 3e place à l’issue du premier tour, l’idée est assurément de se mêler à la lutte pour la promotion. Le leader, Thoune, ne se trouve après tout qu’à quatre points.

Créé: 15.02.2020, 08h28

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