Azzurri, les dessous d’un improbable imbroglio

FootballDes joueurs qui se soulèvent, un match de 1re ligue perdu sur tapis vert, un président nébuleux. La polémique est vive à Chavannes.

Antonio D’Attoli, un président sulfureux et charismatique. «Dès qu’on entrait dans le cadre du football, il devenait quelqu’un d’autre», dit de lui un ancien entraîneur d’Azzurri 90 Lausanne.

Antonio D’Attoli, un président sulfureux et charismatique. «Dès qu’on entrait dans le cadre du football, il devenait quelqu’un d’autre», dit de lui un ancien entraîneur d’Azzurri 90 Lausanne. Image: JEAN-LUC AUBOEUF

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Du haut de «sa» tour, attenante au terrain principal du centre sportif de Chavannes, Antonio D’Attoli avait bâti son personnage, président sulfureux et charismatique. Lors des matches à domicile d’Azzurri 90 Lausanne, l’homme fort du club s’y faufilait et, surplombant la foule, il ne manquait pas de faire savoir tout ce qui lui déplaisait.

La mi-temps venue, il descendait, le plus fréquemment pour aller rendre une visite, rarement courtoise, à ses joueurs au vestiaire. «Travailler avec lui, c’était compliqué, confie un ancien entraîneur. En dehors, on passait de bons moments, mais dès qu’on entrait dans le cadre du football, il devenait quelqu’un d’autre.»

Ça, c’était l’Azzurri de la première moitié de la décennie. Celui, emmené par un président puissant et omniprésent, qui rémunérait ses joueurs comme des pros et qui visait ouvertement la Ligue nationale. Selon ses dires, Antonio D’Attoli a injecté 3,5 millions de francs dans le club ces sept dernières années. Sauf que les Lausannois ne sont jamais parvenus à quitter la case 1re ligue pour l’étage supérieur.

Rêve de grandeur avorté

Changement de décor à l’été 2017. Le président, confronté à des problèmes d’ordre personnel et désabusé par le manque de résultats, décide de réduire la voilure et, peu à peu, son implication. Azzurri recule dans la hiérarchie, mais finit à chaque fois par se sauver. L’équipe est jeune, la plupart des éléments n’ont pas ou peu d’expérience à ce niveau, mais ils s’en sortent vaillamment. Les défraiements des joueurs tombent parfois avec un peu de retard mais, en fin de compte, ils finissent par arriver.

Des salaires impayés

Moins d’argent, plus de jeunes. Le credo est le même cette saison. Le début d’exercice est compliqué (sept matches, trois points), mais tout le monde était parfaitement conscient qu’il en serait ainsi. Arrive, fin septembre, le déplacement à Terre Sainte, boycotté par plusieurs joueurs cadres de l’équipe. En cause, des rémunérations impayées.

«On n’a pas vu le président depuis le mois de juillet. On attend toujours l’argent qu’il nous doit pour notre engagement depuis la reprise. On n’est plus d’accord de jouer dans ces conditions», nous expliquait l’un des joueurs il y a une semaine. Entre-temps, un autre événement est venu secouer la lanterne rouge du groupe 1 de 1re ligue.

Le 12 octobre, Azzurri est censé se rendre à Lancy. Sauf que, la veille du match, le club apprend que l’ASF lui a retiré le droit de jouer. L’objet de la discorde: une facture impayée. «J’ai parlé à un membre de la Première Ligue le mercredi matin précédant la rencontre. Il m’a assuré qu’on avait jusqu’à vendredi midi pour payer. Mais la décision de nous boycotter est tombée le mercredi déjà. On s’est moqué de nous», gronde Antonio D’Attoli. Avec deux points au compteur, contre neuf pour le premier non relégable, la «une» se retrouve dans une situation délicate.

Du côté de la Première Ligue, on assure qu’Azzurri 90 Lausanne n’en est pas à son coup d’essai, que les paiements en retard sont monnaie courante depuis des mois. «De toute façon, on est habitués à ne recevoir ni cadeaux ni faveurs, rétorque le président lausannois. Azzurri fonctionne seul, sans l’aide de personne. L’eau chaude dans les douches? On paie. L’éclairage des terrains? On paie aussi.»

Et les joueurs? «Dix-huit, à qui on n’a rien à reprocher et qui ont accepté de se battre pour l’équipe jusqu’au bout, recevront tout à la fin du mois. Par contre, ils sont quatre ou cinq à avoir manqué de respect au club, allant même jusqu’à avantager l’adversaire sur le terrain. Je pèse mes mots. Vous trouvez normal de payer ces gens-là? Moi pas.»

Retour aux affaires

Pris dans la tempête secouant le club italophone de Chavannes, Antonio D’Attoli était même sur le point de se retirer. Le 11 octobre, il annonce d’ailleurs son départ sur Facebook. Trois jours plus tard, au terme d’une longue séance avec son comité, il revient sur sa décision. «Je ne pouvais pas laisser tous les gens qui s’investissent pour Azzurri et qui comptent sur moi. Pas dans ces conditions. Pas en étant tout en bas», explique le principal intéressé.

Le retournement de situation est largement lié à son rachat, il y a quelques jours, d’AD Conseil, l’entreprise qu’il avait déjà dirigée jusqu’en 2015, au temps de la période dorée du club. Les comptes de la boîte servant en partie à financer le club, ce retour aux affaires est aussi synonyme d’ambition footballistique retrouvée. Le feuilleton Azzurri est loin d’être terminé.

Créé: 24.10.2019, 07h27

Retour des «Galactiques» sur le terrain?

Cinq ans. C’est le temps que se donne encore Antonio D’Attoli, pourtant si proche d’un départ il y a quelques jours, à la tête de son club de cœur. C’est devenu une habitude, presque un trait de caractère: avec l’homme fort d’Azzurri, tout peut aller très vite. Dans un sens comme dans l’autre.

Avec son retour à la tête de son entreprise, c’est toute une ambition qu’il a retrouvée. Même s’il convient de prendre la nouvelle avec les pincettes nécessaires. «On a sept points de retard sur la barre? Je ne me fais pas de soucis, on se sauvera», assure le président, bien décidé à ramener son équipe fanion sur le devant de la scène. «Mais on ne le fera pas n’importe comment. On travaille avec des jeunes, qui réalisent un travail admirable. On va continuer avec eux, tout en les épaulant avec quelques éléments d’expérience qui sauront les guider.» Aucun nom n’est dévoilé pour l’instant, mais il est question de joueurs qui connaissent bien la maison. «Et qui se souviennent qu’à une époque de leur vie, Azzurri leur a tendu la main.»

Difficile, pour l’heure, de parler d’un retour à l’ancien régime lausannois, même si l’idée est bien de raviver l’emblématique couleur bleu azur du club. «Sans commettre les mêmes erreurs que par le passé et sans jeter l’argent par les fenêtres, continue Antonio D’Attoli. Pour l’instant, on va essayer de bien finir l’année (ndlr: il reste trois matches). Mais le second tour devrait déjà être très intéressant.» F.V.

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