Des clubs militent pour une Super League à 14 équipes

FootballLa question de la formule du championnat n’en finit pas d’alimenter le débat. Certains plaident pour la création d’une seule Ligue pro.

Le football suisse reste dans le flou sur son organisation future, partagé entre ajustements et révolution.

Le football suisse reste dans le flou sur son organisation future, partagé entre ajustements et révolution. Image: Keystone

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Á quoi ressemblera le championnat de Suisse à compter de la saison 2021-2022? La Super League comprendra-t-elle douze (ou quatorze) équipes – et non plus dix selon la formule adoptée en 2003 – comme semble le souhaiter une majorité de clubs? Existera-t-il toujours deux ligues professionnelles dans notre pays?

Au moment d’examiner la pyramide du football suisse et l’avenir de celui-ci, les questions se bousculent, plus nombreuses que les réponses. Si un changement de formule revient aujourd’hui sur la table, c’est parce qu’il est aussi lié à la renégociation des fameux droits TV. L’automne dernier, la Swiss Football League a d’ailleurs déjà présenté un nouveau modus (passage à douze clubs dans l’élite, retour d’un tour final et d’un tour de relégation, réintroduction des barrages, Challenge League inchangée). Mais devant l’hostilité des représentants de la 1re ligue, mis devant le fait accompli et s’estimant lésés, le projet a été retiré avant même d’être soumis au vote. Un camouflet pour les dirigeants de la SFL qui, en novembre dernier, ont alors créé un comité de travail pour étudier la réforme envisagée, voire présenter de nouvelles propositions. Or, à peine créé, ce groupe n’existe déjà plus après une seule séance, victime d’un lobbying politico-sportif qui a eu raison de la volonté de changement des réformistes. «La Ligue n’est pas dirigée, tonne l’une de nos antennes sous couvert d’anonymat. On est confrontés à une bande de fonctionnaires qui s’accrochent à leur poste. Leur seul objectif, c’est que rien ne bouge.»

Une carte redessinée

Pourtant, face à l’immobilisme ambiant, des clubs montent au créneau, conscients de la nécessité d’ouvrir urgemment un débat de fond. D’autres se disent prêts à emboîter le pas. Hormis la formule classique déjà discutée (passage à douze clubs dans l’élite), une tendance se dessine depuis quelques semaines, pas loin d’être révolutionnaire: derrière une Super League «gonflée» à quatorze équipes (39 matches sur trois tours), qui concentrerait le football professionnel de notre pays, la Challenge League deviendrait semi-professionnelle, avec la création de deux groupes de dix équipes définis selon des critères géographiques. Non content d’absorber l’actuelle Promotion League, qui n’a trouvé ni sa fonction ni son public, cette nouvelle Challenge League, aux critères d’admission considérablement assouplis, notamment au sujet des infrastructures, serait avant tout une ligue de formation. Au troisième échelon de la pyramide, la 1re ligue retrouverait ses trois groupes originels, de seize participants chacun, à nouveau réunis sur un seul étage. Plusieurs clubs majoritairement alémaniques (dont Grasshopper) sont à l’origine de cette donne qui, si elle devait être entérinée, modifierait sensiblement le paysage du football helvétique.

Partisan lui aussi d’une refonte majeure du championnat, Lausanne-Sport suit avec intérêt l’évolution du dossier, dont il est l’un des acteurs les plus impliqués. «La vision du LS, estime Stefan Nellen, son vice-président, c’est qu’il faut changer les choses. Dix clubs en haut de l’échelle, ce n’est pas assez. On en veut en tout cas douze, mais on n’est pas opposés à quatorze, seize ou même dix-huit s’il s’avère que c’est la meilleure solution. Ce qui importe, c’est de pouvoir dégager un consensus. Il ne servirait à rien de présenter une formule qui n’a aucune chance de passer.»

Écouter les techniciens

Soixante kilomètres plus à l’ouest, Servette plaide également pour une séparation entre professionnalisme assumé (1re division) et ligue formatrice (2e division). «Au moment de la renégociation des droits TV, explique Constantin Georges, il faut que l’on puisse offrir un produit attractif. Or il nous semble que l’on discute sur des critères qui ne sont pas objectifs. Soyons francs: en l’état, la Challenge League est une complète hérésie.» Dans son argumentaire, le directeur général du club genevois insiste sur un point crucial, trop souvent dégagé en touche selon lui: «Nous avons le sentiment que les techniciens n’ont pas voix au chapitre, alors que ce sont eux qui connaissent le mieux le dossier. Le football suisse se retrouve à la croisée des chemins. Dans ce carrefour, il s’agit de ne pas se retrouver dans une voie sans issue. Si le statu quo devait l’emporter, ce serait un immense gâchis.»

Si elle bénéficie déjà de l’apparent soutien des techniciens et autres formateurs, notamment ceux de l’ASF, cette formule du «14, 2 x 10 et 3 x 16» ravit également Fritz Aeschbach, l’inoxydable président du FC Échallens, qu’il dirige depuis vingt ans. «Aujourd’hui, analyse notre interlocuteur, il existe un potentiel de 14 clubs en Super League, aussi bien en regard des moyens économiques que de la question des stades. Le vrai problème vient de la Challenge League. Sous sa forme actuelle, il n’y a pas la substance pour survivre dans cette catégorie, et trop de contraintes. Il faut arrêter de créer des bombes à retardement qui finissent toujours par exploser et, pour cela, abaisser les critères d’admission.»

Dans ce dossier épineux constitué d’intérêts disparates, le boss des Trois-Sapins occupe une position en vue liée à son rôle au sein du conseil de l’Association (toutes les sections y sont représentées, de même que le comité central), appelé à donner son aval à toute réforme. «Aujourd’hui, constate M.Aeschbach, le nombre croissant de joueurs étrangers en Challenge League freine la formation de nos espoirs.»

Du côté de la Maladière, Jean-François Collet, nouveau propriétaire de Xamax (et par ailleurs vice-président de la SFL), défend le projet initial. «J’ai toujours été pour une Super League à douze. À dix, il y a trop de clubs en danger, avec des conséquences financières potentiellement dramatiques. Chaque année, c’est chaud et pas très sain.» Pour le successeur de Christian Binggeli, le temps «manque pour entamer une complète restructuration du foot suisse.»

Réunion lundi à Berne

Une certitude s’impose: quelle que soit la formule discutée, poser la question du mode de championnat équivaut à ouvrir la boîte de Pandore. Les sujets de réflexion, de divergences – et souvent de fâcheries – se multiplient. «Nous avons une occasion aussi unique qu’obligatoire de revoir cette formule dans son intégralité, si nous voulons envisager avec légitimité et optimisme un véritable avenir pour le football suisse, estime Pablo Iglesias, directeur sportif du LS. Quelle que soit la décision finale, celle-ci ne devra pas se limiter à une seule vision, mais tenir compte de plusieurs paramètres importants, comme celui de la formation de nos jeunes joueurs.»

Clivante, la question de la formule doit supposément faire l’objet d’une assemblée extraordinaire de la Ligue ce printemps encore. Lundi prochain déjà, à Berne, en marge de la Cérémonie des oscars du football suisse qui se tiendra au Kursaal, une nouvelle réunion de travail – et probablement de crise – doit réunir, sous l’égide de la SFL, tous les acteurs de Super et de Challenge League. Impossible de savoir ce qui pourrait en sortir

Créé: 15.01.2020, 21h47

«On n’a pas le temps de faire la révolution»

Trois questions à Claudius Schäfer, CEO de la Swiss Football League



Claudius Schäfer, dans la recherche d’un nouveau mode de championnat, quelle position défend la Swiss Football League?
Compte tenu des interrogations liées aux futurs droits TV, il s’agit de savoir rapidement dans quelle direction l’on souhaite aller. Deux variantes existent: le statu quo ou le passage à douze clubs en Super League. Il faut trouver le chemin qui plaise à une grande majorité des clubs, tout en sachant que changer quelque chose comporte toujours des risques.

Certains clubs plaident en faveur d’une concentration du professionnalisme dans une seule Super League ouverte à quatorze clubs, la Challenge League devenant une ligue de formation…
Un tel changement de paradigme poserait énormément de questions. Or on n’a pas le temps de faire la révolution. Aujourd’hui, il faut avancer avec les réponses dont on dispose. À plus long terme, y aura-t-il encore deux ligues professionnelles en Suisse dans cinq ans ou dix ans? Cela invite à s’interroger aussi sur le sens futur de la Challenge League.

À vos yeux, une formule idéale existe-t-elle?
Chaque formule possède des avantages et des inconvénients. Si je pouvais vous dire ce qui serait le mieux pour l’avenir du football suisse, je serais superman! Ancien président des Rangers et de la Fédération écossaise, Campbell Ogilvie a glissé un jour: «Après 25ans dans le football, je peux vous dire que le mode de championnat choisi sera, pour beaucoup de gens, le mauvais.» Je peux très bien le comprendre.

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