«Je n’étais pas venu en Suisse pour faire carrière»

FootballParapar est l’un des hommes en forme à Stade-Lausanne-Ouchy. Rencontre avec l’ailier espagnol avant la Coupe, samedi à Kriens.

Juan Manuel Parapar: «Je faisais le point à la fin de chaque saison. Souvent, j’ai songé à rentrer en Espagne, puis un nouveau défi se présentait.»

Juan Manuel Parapar: «Je faisais le point à la fin de chaque saison. Souvent, j’ai songé à rentrer en Espagne, puis un nouveau défi se présentait.» Image: CHRISTIAN BRUN

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«À la base, je devais rester en Suisse six mois. Allez, une année grand maximum», pose d’entrée Juan Manuel Parapar (28 ans). Le longiligne ailier avait quitté son Espagne natale pour retrouver sa tante et son cousin, installés à La Chaux-de-Fonds. «Je voulais simplement voir à quoi ressemblait la vie ici. J’en étais à un stade de ma vie où je ne savais pas vraiment vers quoi m’orienter. Les études? C’était une possibilité. Travailler? Sans plus… Et puis, à côté, je jouais un peu au foot.»

Début 2012, son cousin l’entraîne ainsi à rejoindre le FC Le Parc, un club chaux-de-fonnier de 4e ligue, à l’époque. «Je n’avais aucune idée où je mettais les pieds, lance l’originaire de La Corogne. Ça aurait pu être de la 1re ou de la 5e ligue, je ne faisais pas la différence. Il m’a fallu un moment pour comprendre comment fonctionnait le système de catégories en Suisse. Par contre, j’ai assez vite remarqué que je n’étais, disons, pas tout à fait à ma place. Je n’ai plus les chiffres en tête, mais j’ai dû inscrire entre 15 et 20 buts en quelque chose comme sept matches. On avait d’ailleurs été promus, mais impossible de vous dire dans quelle ligue!»

Attentes élevées

Arrivent Serrières, un essai – pas concluant – à Zurich, Yverdon Sport, Azzurri Lausanne, Guin, La Chaux-de-Fonds… «Manu» Parapar et son pied gauche enquillent les buts, marquent les esprits. Pas assez pour être repéré, ou alors à des conditions impossibles. On lui reproche souvent son inconstance, sa capacité à enflammer un match, puis à disparaître le week-end suivant. «Ce n’était pas complètement injustifié. Reste qu’à chacune de mes destinations les gens ont toujours eu beaucoup d’attentes quant à mes performances. La saison que je passe à Azzurri, je marque quand même douze fois. C’est pas mal pour un ailier, non?»

«Je faisais le point à la fin de chaque saison. Souvent, j’ai songé à rentrer, puis un nouveau défi se présentait»

Quoi qu’il en soit, l’homme se prend au jeu du semi-professionnalisme. L’idée de retourner vers sa famille en Espagne n’est jamais loin, mais Manu Parapar reste, en gardant en tête que ses qualités, un jour ou l’autre, pourraient bien finir par l’amener en ligue nationale. «Je faisais le point à la fin de chaque saison. Souvent, j’ai songé à rentrer, puis un nouveau défi se présentait. Parfois, j’arrivais à en vivre. D’autres fois, il fallait que je travaille un peu à côté.» La période où il était le plus proche de monter dans l’avion? L’été 2018, au terme d’une expérience assez compliquée à La Chaux-de-Fonds. «Là, mon choix était arrêté: je voulais rentrer.» Stade-Lausanne-Ouchy finira par l’appeler. Comme toujours, Juan Manuel Parapar finira par rester.

Le tour de force stadiste

Et c’est peut-être là le plus grand tour de force du SLO dans sa folle ascension vers la Challenge League: avoir réussi à associer et à tirer le meilleur d’éléments prometteurs de ligues inférieures. Là où Yverdon Sport ou le Stade Nyonnais misaient en partie sur des noms reluisants ayant fait leurs preuves en ligue nationale, Andrea Binotto et les Lausannois assemblaient pièce par pièce leur puzzle parfaitement pensé. Les exemples sont légion. On peut citer Axel Danner, qui a participé à toutes les ascensions depuis la 2e ligue inter, ou Yanis Lahiouel, meilleur buteur de Promotion League la saison dernière, dont YS ne voulait plus il y a dix-huit mois. Et, bien sûr, Juan Manuel Parapar ne fait pas figure d’exception dans la liste.

«La vérité, c’est qu’on se sent bien dans cette équipe. On joue un jeu porté vers l’offensive avec des footballeurs à l’aise techniquement. Lorsqu’on reçoit un ballon en tant qu’ailier ou attaquant, on sait que ce sera dans de bonnes conditions», souligne l’Espagnol. Un environnement compétitif mais sain, propice pour progresser, se transcender. «Nos défauts, ceux qui nous empêchaient peut-être d’évoluer à ce niveau jusque-là, n’ont pas soudain disparu en arrivant à Stade. Mais on bosse chaque semaine pour combler ces lacunes. À titre personnel, je suis un joueur qui travaille surtout dans un sens du terrain. Les retours défensifs, bon… Maintenant, avec la Challenge League vient un certain niveau d’exigence, et notre coach insiste beaucoup là-dessus. Si je veux qu’il me fasse confiance le week-end, il faut que j’accepte de mettre plus d’énergie en phase défensive, quitte à ce que ça me coûte un peu de lucidité une fois à l’autre bout du terrain.»

Sa fameuse botte secrète

Un compromis qui ne l’a pas empêché de montrer la voie à suivre vendredi dernier, en ouvrant la marque face au Lausanne-Sport, ni de réussir «sa spéciale» lors du deuxième match, contre Winterthour. Cette fameuse botte secrète? Il fixe son vis-à-vis côté droit, entre dans le terrain, s’ouvre l’angle sur son pied gauche et enroule une merveille de balle dans la lucarne. Plus d’un défenseur de 1re ligue en est resté médusé. Aujourd’hui, le temps est venu pour ceux de Challenge League d’y goûter. «On peut dire qu’il s’agit de ma marque de fabrique, oui, sourit-il humblement, sans s’emballer. Le derby face au LS? Je crois que tout ce qu’on pouvait, on l’a fait juste. Il faut être conscient que tout ne se passera pas aussi parfaitement chaque week-end. Par contre, je peux vous assurer que, sans cette victoire arrachée six jours plus tôt à Schaffhouse (ndlr: 0-1 de Marco Delley à la 90e), jamais on ne bat Lausanne. Ou, en tout cas, pas de cette manière.»

Preuve que le moteur du SLO est surtout alimenté de confiance et d’euphorie. En atteste cette folle série de 23 matches sans défaite la saison dernière, tout comme, dans le sens inverse, cette difficulté à engranger des points au début du présent exercice. «Grâce à la victoire à Schaffhouse, on a retrouvé cette sérénité qui nous caractérisait», assure l’ailier au numéro 10.

Être performants sur la durée, Manu Parapar et les Stadistes vont devoir apprendre à le devenir. Mais sur un match, les Lausannois ont prouvé à plus d’une occasion être capables de renverser n’importe qui. Sion, battu 2-1 à Samaranch au deuxième tour de la Coupe de Suisse il y a deux ans, s’en souvient encore. Une caractéristique qui pourrait, ce n’est pas interdit de le penser, faire de Stade-Lausanne la bonne surprise de l’édition 2019-2020. Pour ça, il faudra éviter l’obstacle Kriens, samedi (17 h 30) au Kleinfeld.

Créé: 11.09.2019, 21h48

Bio express

Juan Manuel Parapar

Né le 14 mai 1991, à La Corogne, en Espagne.

Poste: ailier droit.

Arrivé en Suisse: début 2012, au FC Le Parc, en 4e ligue neuchâteloise.

Parcours: quatre saisons en 1re ligue, à Serrières, Yverdon Sport et Azzurri Lausanne.
Trois saisons en Promotion League, avec La Chaux-de-Fonds puis Stade-Lausanne.
Il effectue sa première expérience en ligue nationale avec le SLO cette année. Il a inscrit 12 buts avec Azzurri en 2015-2016, sa saison la plus prolifique.

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