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Des footballeurs prêts en trois semaines, vraiment?

Si les championnats de Super et de Challenge League devaient aller à leur terme, la préparation avant la reprise pourrait bien durer une vingtaine de jours. Suffisant?

Anthony Sauthier et Omar Alderete seront-ils toujours aussi affûtés à la reprise?
Anthony Sauthier et Omar Alderete seront-ils toujours aussi affûtés à la reprise?
Keystone

C'est un peu comme si un consensus était né à partir de rien. Comme si, en se renvoyant la balle par médias interposés, les équipes de Super et de Challenge League s'étaient mises d'accord entre elles. Ainsi, à en croire la volonté du plus grand nombre (ou du moins des plus bruyants) et pour autant que les compétitions puissent reprendre, la période qui séparera le retour des entraînements en groupe sur le terrain et la reprise des championnats devrait s'étendre sur une durée «d'entre deux et trois semaines». Avec une nette préférence pour la version la plus longue des deux. Soit une vingtaine de jours, après au bas mot un mois et demi sans ballon, pour se refamiliariser avec les automatiques et les sensations de la pelouse. Et une question, aussi: comment est-on arrivés à ce chiffre?

Disons-le d'entrée: si on le compare à une période de préparation standard, cela s'apparente à foncer droit dans le mur. Ou, pour l'écrire autrement, il n'est pas déplacé d'imaginer que les infirmeries de chaque club puissent tourner à plein régime dans les semaines qui suivront cette reprise théorique. «Les préparations estivales et hivernales habituelles se veulent en général un peu plus longues, ou au moins équivalentes. Cependant, la désathlétisation des joueurs n'est absolument pas la même, met en évidence Mathieu Degrange, préparateur physique au Servette FC. À l'intersaison et durant la trêve en hiver, un footballeur professionnel ne coupe jamais plus de quelques jours. Ici, il faudra composer avec un arrêt de plusieurs semaines.» Auquel les organismes ne sont pas habitués.

L’intégrité des joueurs, un facteur à placer dans la balance

Alors trois semaines, cela paraît bien peu pour préserver l'intégrité physique d'acteurs plus que jamais en proie aux blessures. «C'est un facteur qui doit à tout prix être placé dans la balance lorsqu'il est question de la remise en route des championnats», abonde Mathieu Degrange. Au même titre, par exemple, que les intérêts sportifs et financiers. «Dans cette optique, l'idéal aurait été de disposer de deux semaines supplémentaires.»

Sauf que, et c'est bien là tout le problème, la fin de saison risque de s'apparenter à une course contre la montre. Ce qui engendre deux problématiques complémentaires: le manque de temps à disposition des équipes pour retrouver leur meilleur niveau, ainsi que l'enchaînement des matches nécessaire afin de rattraper le temps perdu.

Préparateur physique indépendant, Johnny Ramos voit passer des dizaines de footballeurs professionnels chaque année. Et ce risque de blessures accru, il le craint. «C'est pour ça que personne ne doit attendre le feu vert de la Swiss Football League pour reprendre l'entraînement. La course contre la montre dont vous parlez, elle a déjà commencé. Les joueurs ne peuvent pas toucher de ballon, mais il est capital qu'ils bossent dur physiquement chez eux.»

«À leur retour, on veut que les joueurs soient au top»

L'idée là-derrière est claire: disposer d'éléments à la condition physique parfaitement affûtée pour rentabiliser au maximum les trois semaines de préparation qui se dessinent. En ne pensant qu'à une chose: le jeu. «Ah mais attention, nos garçons ne sont pas en vacances, assure Mathieu Degrange. À leur retour, on veut qu'ils soient au top! Trois semaines, c'est court, mais cela suffit à mettre en place une notion de progressivité, tellement importante. Dans cette optique, les joueurs auront déjà fait le nécessaire au niveau de leur forme physique. Ainsi, une fois de retour sur le terrain, on pourra pleinement se concentrer sur la progression technico-tactique.»

Des mots qui résonnent chez Andrea Binotto, entraîneur d'un Stade Lausanne-Ouchy ne disposant toutefois pas exactement des mêmes moyens que son voisin genevois. «On a pu le voir cette saison avec certains renforts en manque de compétition qui, à défaut de pouvoir jouer, s'entraînaient avec un coach personnel: à leur arrivée, ils étaient à la cave. Ce n'est pas un reproche, simplement un moyen de se rendre compte que rien ne remplace le terrain. On parle de l'aspect émotionnel, de la concentration, du stress. Cela demande du temps de bien les appréhender. »

À Stade, chaque joueur a reçu son programme d'entraînement personnalisé. Mais tout le monde n'est pas à égalité au moment de le réaliser. «Certains de mes gars travaillent, d'autres étudient. Et puis, il y a des Français, pour qui les mesures de confinement sont autrement plus sévères que les nôtres. Être prêt physiquement à la reprise, c'est capital. Mais je sais d'avance que tous ne seront pas au même niveau.» La réalité du «petit» de Challenge League, déjà contraint de jongler avec les blessés durant les derniers mois.

L'importance des matches amicaux

Si Stade Lausanne peut dans une certaine mesure être qualifié d'exception, la majorité des équipes des deux premières divisions se retrouvent logées à la même enseigne. Alors, du moment que l'équité règne, pourquoi ne pas prendre le contre-pied et raccourcir la préparation à venir au strict minimum, soit une petite semaine? «Et on fait quoi à la 60e minute du premier match, une fois que plus personne ne peut en avant?, questionne Andrea Binotto. Trois semaines, ça laisse le temps de planifier au moins deux matches amicaux. Un premier où chaque joueur repart avec une mi-temps dans les jambes. Un second lors duquel on augmente un peu le temps de jeu pour les éléments destinés à débuter en championnat.»

Trois semaines, ou juste ce qu'il faut pour créer une semblant de progressivité, assurer un spectacle digne de ce nom, ne pas envoyer les joueurs au charbon et continuer d'entretenir l'espoir que cette saison aille à son terme.

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