La formidable épopée du Kosovo de Bernard Challandes

FootballLa sélection de Pristina est à deux matches d’un billet pour l’Euro 2020. Son sélectionneur raconte la folle soirée de mardi.

En battant l’Azerbaïdjan, le Kosovo a terminé en tête de son groupe de la Ligue des nations.

En battant l’Azerbaïdjan, le Kosovo a terminé en tête de son groupe de la Ligue des nations. Image: Reuters

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Accueillie d’abord avec froideur, sinon beaucoup de scepticisme lors de son lancement, la toute nouvelle Ligue des nations a fini par obtenir l’adhésion, balayant les critiques dans leur totalité. Avec des matches à rebondissements, un suspense total et un jeu d’une intensité fort louable, il faut bien admettre que ce ballon d’essai a atteint sa cible. Surtout, l’intérêt a été complet jusqu’au dénouement dans chaque division, ce qui ne gâche rien. Et c’est justement cette sectorisation, en fonction de l’échelle des valeurs, qui a permis au «petit» Kosovo d’écrire mardi soir l’une des pages les plus émouvantes de sa jeune histoire.

En remportant haut la main sa finale du groupe 3 (4-0 contre l’Azerbaïdjan), la sélection de Bernard Challandes a été promue en division C. Les protégés du Neuchâtelois se retrouvent aussi qualifiés pour le Final Four de leur catégorie, où ils affronteront en demi-finale la Macédoine en mars 2020 (match unique). Les voici donc à deux rencontres d’un billet historique pour l’Euro 2020. «Je serais un idiot de ne pas y croire, convient leur coach. La Macédoine, ce n’est ni le Brésil ni la France. Le rêve de se qualifier existe. On a plus d’une année pour continuer à progresser.»

«Le rêve de se qualifier existe. On a plus d’une année pour continuer à progresser»

Cette perspective reste extraordinaire pour une sélection dont le premier match officiel, autorisé par la FIFA, remonte au 5 mars 2014 contre Haïti. Le Kosovo disposera d’une première chance de qualification via la voie classique des éliminatoires, dont le tirage au sort aura lieu le 2 décembre à Dublin.

Dans l’enceinte de Pristina, rebaptisé stade Fadil Vokrri en hommage à l’entreprenant président de la Fédération kosovare décédé subitement en juin dernier, les Bleu et Jaune, qui n’ont plus perdu depuis le 9 octobre 2017, ont connu une soirée de rêve marquée par un triplé d’Arber Zeneli, l’attaquant ouvrant le score après 63 secondes déjà.

Feu d’artifice et bon vin

«La capacité du stade était limitée à 13'000 spectateurs mais on aurait pu en mettre au moins 50'000, reprend Challandes. Avant même le coup de sifflet final, il y a eu un feu d’artifice tiré derrière les tribunes, depuis l’extérieur, comme si on avait gagné la Coupe du monde!» Dans sa carrière, le technicien de 67 ans a déjà remporté des titres (dont celui de champion de Suisse décroché avec Zurich en 2009) et fêté plusieurs promotions, mais ce qu’il a pu ressentir mardi dépasse tout ce qu’il a connu jusqu’à présent. Sans doute la fierté du peuple pour ses footballeurs y a-t-elle contribué. «En termes d’émotions, c’est très fort. Une équipe nationale, c’est autre chose qu’un club. Sans parler qu’ici, on sent un réel attachement affectif. Le rôle social est important. Les familles sont à fond derrière les joueurs, elles n’hésitent pas à venir à l’hôtel, tout le monde se soutient. Cela fait partie de la culture du Kosovo.»

La nuit a donc été courte pour les héros de Pristina, parmi lesquels figuraient les «Suisses» Benjamin Kololli et Hekuran Kryeziu, les deux éléments du FC Zurich. Après les obligations médiatiques et une fête improvisée au retour à l’hôtel, Bernard Challandes a ouvert une bouteille de Châteauneuf-du-Pape, savourée avec des amis venus de Neuchâtel. «Je me suis couché à 4 heures du mat», précise-t-il.

Jeunesse prometteuse

Invaincu depuis sa prise de pouvoir le 2 mars, le Neuchâtelois présente un bilan de sept victoires et deux nuls en neuf rencontres, ce qui ne manque pas d’impressionner. Plus encore que les chiffres, la manière affichée témoigne des progrès réalisés. «L’équipe a changé de dimension, avec une affirmation de son potentiel. Elle pratique un bon football. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a du talent, y compris chez les jeunes joueurs. Nos moins de 17 ans ont par exemple été meilleurs que la Suisse. Mais on sait toujours qui l’on est…»

Bernard Challandes rentrera ce jeudi chez lui, en Suisse, conscient d’avoir contribué à l’avènement sportif du petit État balkanique. Champion du groupe 3 en Ligue D, le Kosovo a du reste bouclé sa campagne de «LDN» avec la meilleure différence de buts de tous les engagés européens (+13). «Ce que l’on a réalisé, ça donne aussi de la crédibilité au pays.» Où quand foot et politique font bon ménage.

Créé: 22.11.2018, 08h00

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