Grandiose et irrespirable, la Laver Cup reste européenne

TennisPour le plus grand bonheur du public genevois, l’Europe s’est imposée au bout du suspense grâce à un Roger Federer intouchable.

Que du bonheur pour Rafael Nadal et l’équipe européenne à Palexpo après avoir remporté la Laver Cup ce dimanche.

Que du bonheur pour Rafael Nadal et l’équipe européenne à Palexpo après avoir remporté la Laver Cup ce dimanche. Image: ROMAIN LAFABREGUE/AFP

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Ses adeptes y voient la garantie d’un succès éternel, les grincheux un signe de sa fausseté. Comme à Prague, presque comme à Chicago, la Laver Cup genevoise aura désigné son vainqueur tout au bout d’un suspense irrespirable (13-11). Scénario palpitant, retournement de situations et triomphe européen, le public de Palexpo est rentré chez lui avec des étoiles plein les yeux. Et pourtant, il avait dû encaisser deux gros coups sur la tête pour commencer son dimanche. Les forfaits de Rafael Nadal et de Nick Kyrgios.

Ce double coup du sort aura été finalement triplement bénéfique. D’abord, il redistribua totalement les cartes. Remplacer «Rafa» par Tsitsipas (en double) puis Thiem (en simple) n’est pas exactement un échange neutre. L’Europe le vérifia à ses frais: en milieu d’après-midi, elle se retrouvait dos au mur (7-11). Ensuite, ces forfaits déclenchèrent la première polémique de l’histoire de la Laver Cup. «Je peux vous assurer que Dominic Thiem était le premier à l’échauffement ce matin, pestait Patrick McEnroe en suggérant que l’Europe avait masqué la blessure de Nadal pour influencer l’alignement du «Team World». Et maintenant que Nick est blessé, les règles nous empêchent de changer notre équipe. C’est injuste.» Enfin, les remaniements forcés lancèrent des protagonistes inattendus dans l’arène (chapeau Taylor Fritz!) et renforcèrent ainsi l’impression que cette édition de la Laver Cup allait se jouer sur un fil.

«Le cœur bien accroché»

«Cette compétition est incroyable parce que son format fait que tout se joue toujours le dimanche, validait Rafael Nadal, un verre de champagne devant lui. Mais je vous fais un aveu, il faut avoir le cœur bien accroché pour la jouer.» Du cœur et des nerfs d’acier, deux hommes en ont fait étalage un peu plus que les autres au bout de cette journée un peu folle. D’abord Roger Federer, dont le niveau de jeu contre Kyrgios samedi puis face à John Isner hier fut proche de ses meilleures prestations de l’année. Ensuite «Sascha» Zverev, lequel a su mettre de côté la crise de confiance qu’il traverse depuis des mois pour rester lucide lorsque le trophée allait se jouer sur quelques points.

L’envie d’échanger

«Je dois remercier le public parce que je n’ai jamais évolué dans une ambiance pareille, souriait l’Allemand les yeux encore brillants. Et puis je veux aussi dire un immense merci à Roger et Rafa. Sur la route des toilettes, avant le «match tie-break», ils m’ont permis de faire le plein de positivité. Ils ont été décisifs.» Ce dernier aveu renvoie à ce qui aura été le fil rouge du week-end: les séquences de coaching entre joueurs. Alors que les deux capitaines sont apparus souvent un peu figés (surtout «Ice Borg»), le «Team Europe» a probablement fait pencher la balance grâce à son envie d’échanger et de chercher des solutions tactiques. Un petit exercice dans lequel Rafael Nadal s’est imposé comme une référence absolue.

La promesse de Nadal

«Mais je vous rassure, je veux encore jouer quelques années avant de coacher», rigolait le Majorquin. À côté de lui, Roger Federer concluait la voix éraillée: «Je suis tellement content d’avoir vu Borg, McEnroe, Rafa et Rod Laver à Genève. Maintenant on va aller manger tous ensemble. Pour les plus forts, il y aura ensuite une virée de type «le meilleur gagne». Et je peux vous dire que ce ne sera pas moi.» Ce matin, on ne trouvera personne dans le monde du tennis et parmi ses admirateurs pour reprocher au «Maître» ce fléchissement tardif.


Un bonheur grandiose et les éternels soupçons

Il faudra sans doute un peu de temps pour trier les souvenirs de cette orgie de tennis. Mais deux ou trois évidences remontent déjà à la surface. La plus évidente, aucun visiteur de Palexpo n’est reparti sans admettre avoir été bluffé par les moyens pharaoniques déployés dans l’infrastructure. De la «fan zone» au très sélect «Rocket Club», tout était gigantesque et superbe. Excessif? Parfois, à l’image des 180 francs qu’il fallait dépenser pour s’offrir la veste des deux équipes. Reste que, malgré son coût, «l’univers Laver Cup» a clairement conquis son public. La formule en a-t-elle fait de même avec les sceptiques? Malgré le niveau de jeu de Federer, Isner ou Kyrgios, ceux-ci – spécialistes ou pas – sont plus durs à convaincre. «Tous ces tie-breaks, c’est louche», «l’attitude des gars sur le banc est surjouée», «vous verrez, Roger va apporter le dernier point», avons-nous çà et là entendu. Après trois éditions d’empoignades intenses, la Laver Cup n’a donc toujours pas réglé son débat identitaire: exhibition ou compétition? On a choisi son camp. Tout ce qui se passe sur le terrain appartient au monde de la compétition. Et tout ce qui se passe en dehors – show sur les bancs, placement de produit, storytelling – appartient à celui de l’exhibition. Or, la vérité du terrain est celle qui doit primer. M.A.

Créé: 22.09.2019, 23h31

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