Armand Duplantis a battu deux fois le record du monde

ExploitNouveau phénomène de l’athlétisme, le Suédois a battu le record du monde à deux reprises en une semaine.

Armand Duplantis, perchiste américano-suédois de tout juste 20 ans, capte désormais tous les regards.

Armand Duplantis, perchiste américano-suédois de tout juste 20 ans, capte désormais tous les regards. Image: GETTY IMAGES

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Depuis quelques jours, la Suède est prise de «Mondomania». Après ses deux records du monde en une semaine au saut à la perche, à 6,17 m puis à 6,18 m, il n’y en a plus que pour Armand Duplantis. Lundi matin, «Aftonbladet», l’un des gros tirages de la presse populaire suédoise, déclinait sur sept pages (!) l’histoire du nouveau champion. Une hystérie qui pourrait se poursuivre. À Liévin, dans la salle d’échauffement, décontracté dans son survêtement gris, celui que tout le monde appelle «Mondo» a expliqué comment il «encaissait» tout ce qui lui arrive. Et plus.

Êtes-vous surpris par les réactions en Suède?
Ce qui m’arrive est dingue, un peu irréel. J’avais toujours rêvé de battre le record du monde, mais sans savoir ce que cela impliquerait. La réponse des gens est incroyable. Je ne les remercierai jamais assez de leur soutien. J’ai reçu tellement de messages…

Usain Bolt a «porté» l’athlétisme pendant de nombreuses années. Êtes-vous prêt à remplir le même rôle?
Il est difficile de nous comparer; nous sommes complètement différents, nous concourons dans d’autres épreuves, nous n’avons pas le même caractère. Mais je ne demande pas mieux que d’être le porte-étendard de l’athlétisme, et certainement de la perche, que j’aime tant. Sauter est la chose que je fais le mieux, et c’est ce que l’on attend de moi. C’est quelque chose que je contrôle. Le reste, moins. Je ne suis qu’un homme.

Votre dernier record à 6,18 m a semblé tellement«facile». Était-ce le cas?
Mes meilleurs sauts ont l’air faciles, mais cela ne veut pas dire qu’ils le sont! Rien n’est évident. Après mes 6,05 m de Berlin (ndlr: pour remporter le titre à l’Euro 2018), il m’a fallu plus d’un an pour améliorer ce record personnel. Je me bats pour être le meilleur chaque jour, mais on ne sait jamais quand les choses vont se passer. Alors, j’essaie de profiter du temps présent, de tout ce qui m’arrive, et je tente d’être à chaque fois le meilleur perchiste possible. Je ne peux pas me permettre de me relâcher quand j’affronte des gars comme Sam (Kendricks). Un ou deux essais loupés et vous avez des problèmes.

Ben Broeders, le recordman de Belgique, nous a dit que vous aimiez faire le show.
Oui, j’aime quand les yeux sont tournés vers moi, vers la perche, vers ma compétition. J’apprécie chaque minute de ce que je fais pour le moment, aucun mot n’est assez fort pour décrire mon état d’esprit. Nous faisons des choses extraordinaires, depuis quelques mois maintenant. Et je veux qu’il y ait un maximum de gens de par le monde qui regardent ce que nous faisons. J’encourage tout le monde à le faire!

Jusqu’où voulez-vous repousser vos limites et exercer votre domination?
Personne ne peut dire combien de temps je garderai mon record du monde. Mais je sais que je l’ai pour l’instant, que l’on dit que je suis le recordman du monde et que l’on dira que je l’ai été un jour. Je l’ai fait, et c’est tout ce qui compte. Je me moque de ce qui arrivera demain; je sais ce qui est arrivé hier et qui je suis aujourd’hui. Je ne veux pas trop penser à l’avenir avec tout ce qui se passe pour le moment.

Usain Bolt a toujours ditqu’il voulait laisser un héritage. Et vous?
J’aimerais laisser un héritage et que l’on dise que j’ai été l’un des meilleurs perchistes de l’histoire. Mais la meilleure manière d’y arriver est de vivre dans le présent. C’est dur parce que les gens attendent tellement de moi. Mais honnêtement, je n’ai pas la moindre idée de mes limites.


Il a appris en regardant les anciens sur YouTube

En perche, il y a les gros bras et les funambules. Duplantis fait assurément partie de la seconde catégorie. Fils d’un perchiste américain et d’une heptathlonienne suédoise (dont il a pris la nationalité), né à Lafayette en Louisiane, il a baigné dès sa jeunesse dans l’univers de l’athlétisme et plus précisément de la perche, qu’il a toujours considérée comme un jeu, qu’il pratiquait d’ailleurs dans son jardin, où son père avait installé un sautoir. Si ses parents sont aussi ses coachs-entraîneurs, il a beaucoup appris des «anciens», en visionnant leurs exploits sur YouTube et en s’escrimant à les imiter.

Très vite, dans le système scolaire US, il s’est fait une réputation de «phénomène». Sa grande force, c’est sa vitesse, nettement supérieure à la moyenne chez les perchistes, et la manière dont il parvient à la transformer lorsqu’il plante et plie la perche pour se propulser vers les sommets. À Glasgow, son saut à 6,18m était très «propre» et est apparu moins crispé que celui de Torun à 6,17m. Sans doute parce que le record du monde lui appartenait et qu’il ne chassait plus celui d’un autre, le Français Renaud Lavillenie (l’un de ses modèles et amis) en l’occurrence. Certains le trouvent encore largement perfectible. «Il y a beaucoup de choses sur lesquelles il peut progresser», expliquait la semaine dernière l’entraîneur français Damien Inocencio au «Monde». «Techniquement, il lui reste des défauts et, physiquement, ce n’est pas un monstre.»

À l’instar de ce qui se passe dans les épreuves combinées, le terme de «confrérie» n’est pas un vain mot quand on parle des perchistes. Il n’est pas rare de voir les sauteurs s’entraider et se donner des conseils, notamment lors de concours en plein air, quand il faut dompter le vent en plus de la barre. Le danger relatif que ces athlètes courent quand ils s’élancent à l’assaut d’une barre fixée à six mètres explique sans doute cela. En quelques mois, Duplantis s’est érigé en vrai boss de la discipline, et le respect que lui témoignent ses «rivaux» est unanime.

Il faut dire que, dans la génération actuelle, il est un vrai phénomène puisque, à 20 ans, il a déjà sauté six fois à plus de six mètres, ce que personne n’a fait avant lui, pas même Bubka, qui avait 21 ans quand il a atteint pour la première fois cette hauteur mythique. Dans la liste de ses concurrents actuels, seul Lavillenie a sauté plus que lui au-delà des six mètres – dix-sept fois. Mais il a 33 ans et n’y est plus arrivé depuis 2016. Ce qui incite également à penser que Duplantis ne va pas s’arrêter, c’est le nouveau statut de professionnel qu’il a embrassé depuis l’été dernier. Il est libre comme l’air et a pu signer avec Puma, où il a pris la place d’un certain Usain Bolt comme chef de file.

Créé: 20.02.2020, 10h22

Avis de trois experts

Sarah Atcho


Athlète suisse, spécialiste du sprint

«Bien sûr qu’il possède tous les atouts pour devenir un grand champion. Il l’est d’ailleurs déjà! C’est une bonne personne qui a la tête sur les épaules, un étudiant sérieux et un athlète talentueux. Mais je le vois mal forcer sa nature pour faire le show à la Bolt. Il n’a pas besoin de ça pour ravir le public. Passer 6,18 m, c’est déjà bien suffisant pour être spectaculaire. D’ailleurs, pourquoi ne vouloir encenser qu’une star, qu’un ambassadeur? Bolt à la retraite, on a dit que c’était le désert derrière lui. Faux. L’athlétisme est un sport de diversité, qui ne doit pas seulement être l’apanage du sprint et de son roi.»

René Auguin


Manager de Renaud Lavillenie, l’ex-recordman du monde

«A-t-il la personnalité pour devenir une star? Je n’en suis pas sûr. Certes, c’est encore un gamin et c’est déjà un immense champion, qui va encore grimper beaucoup plus haut. Mais les records ne font pas un palmarès. En fait, il va falloir attendre les Jeux de Tokyo. S’il gagne le titre olympique, Duplantis atteindra une autre dimension. Mais de là à marquer l’histoire comme Bolt, il y a un saut qu’il aura du mal
à franchir, même si son règne peut durer dix ans. Les disciplines mythiques de l’athlétisme restent le 100 m, le 1500 m et le marathon. Ce n’est pas pour rien si Nike en a fait ses trois principales cibles marketing.»

Jacky Delapierre


Organisateur du meeting Athletissima

«Comme Bolt, il a un incroyable talent et il ne se fixe aucune limite. Un perchiste se bonifie avec le temps, sa marge de progression est donc encore immense. Cela dit, il faut voir comment Duplantis gérera sa nouvelle notoriété. Aux Jeux de Tokyo, on en saura plus. L’imaginer en icône populaire, en faire le nouveau Bolt, je n’y crois pas trop. Il n’a pas son charisme, ni la culture «guerrière» du sprinter qui veut être le seul au monde. La perche, c’est un milieu où l’on est tous potes, où l’on partage son talent et ses émotions. Et c’est une discipline de rigueur. Impossible de faire le guignol au bout de la piste pour épater la galerie.»

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